Un morceau de notre patrimoine gĂ©nĂ©tique vient dâĂȘtre retrouvĂ© lĂ oĂč personne ne lâattendait : dans un virus humain.
Les chercheurs ont découvert deux copies de BC200 dans le virus du molluscum contagiosum, responsable de petites lésions de la peau généralement bénignes. BC200 est un gÚne humain particulier : il produit une molécule surtout présente dans les neurones.

Coupure de lâADN.
Image Wikimedia
Son histoire remonte Ă environ 40 millions dâannĂ©es. Un Ă©lĂ©ment mobile de lâADN, capable de produire de nouvelles copies de lui-mĂȘme ailleurs dans le gĂ©nome, est apparu chez lâancĂȘtre de plusieurs primates. Avec le temps, cette sĂ©quence est devenue BC200 et a acquis une fonction utile.
Les chercheurs ont retrouvĂ© des centaines de copies de ce gĂšne au cours de lâĂ©volution de diffĂ©rents primates. Certaines insertions varient mĂȘme entre humains actuels.
Pourtant, une fois quâun gĂšne devient utile, sa mobilitĂ© devrait se rĂ©duire : il ne devrait plus ĂȘtre capable de se dĂ©placer dans le gĂ©nome.
Le passage dans un virus est particuliĂšrement intĂ©ressant. Les deux copies dĂ©couvertes dans le virus du molluscum contagiosum proviennent bien de lâĂȘtre humain. Selon lâĂ©tude, elles auraient Ă©tĂ© acquises sĂ©parĂ©ment au cours de lâhistoire rĂ©cente de notre espĂšce.
Le virus infecte des cellules de la peau. Les chercheurs pensent donc que BC200 sâest retrouvĂ© dans lâADN viral au moment oĂč le virus utilisait la machinerie cellulaire pour se multiplier. Le virus aurait ainsi emportĂ© avec lui un fragment gĂ©nĂ©tique provenant directement de son hĂŽte humain avant de contaminer un autre humain.
Cette découverte change aussi la maniÚre de considérer BC200. Un gÚne ayant acquis une fonction utile à la cellule était généralement considéré comme stabilisé dans le génome. Ici, les deux propriétés coexistent : BC200 remplit une fonction biologique et conserve sa capacité à engendrer de nouvelles insertions. La frontiÚre entre gÚne ordinaire et élément mobile devient donc moins nette.
Reste Ă savoir ce que fait BC200 une fois installĂ© dans le virus. Les chercheurs veulent dĂ©terminer si le molluscum contagiosum exploite cette sĂ©quence pour modifier les cellules quâil infecte. Ils comptent aussi rechercher son activitĂ© dans certaines cellules cancĂ©reuses, oĂč BC200 est anormalement prĂ©sent, afin de vĂ©rifier si ses dĂ©placements peuvent y produire de nouvelles mutations.