Changer légèrement d’altitude pourrait éviter certaines traînées blanches derrière les avions et réduire rapidement leur effet sur le climat.
Ces lignes blanches sont des traînées de condensation. Elles apparaissent lorsqu’un avion traverse, en altitude, une zone suffisamment froide et humide. La vapeur d’eau issue des moteurs contribue alors à former de minuscules cristaux de glace. Beaucoup de traînées disparaissent vite, mais certaines persistent, s’étalent et deviennent de fins nuages artificiels.

Un Boeing 747 laisse plusieurs traînées de condensation dans le ciel.
Crédit : Gunnar Ries / Wikimedia Commons — CC BY-SA 3.0.
Le problème vient surtout de ces traînées persistantes. Elles peuvent retenir une partie de la chaleur qui repart normalement vers l’espace. Selon Google et Cathay Pacific, elles pourraient représenter environ un tiers de l’impact climatique total de l’aviation.
Google cherche donc à prévoir les zones où une traînée persistante risque de se former. Son système combine des modèles d’intelligence artificielle, des observations par satellite et des données météorologiques. Les informations obtenues sont transmises aux équipes chargées du vol. Le pilote peut alors modifier légèrement son altitude pour contourner une zone favorable aux traînées.
Cette méthode a été testée avec Cathay Pacific depuis la fin de 2025. Plus de 100 vols avaient été retenus pour l’essai et plus de 80 ont effectivement suivi des trajectoires d’évitement. D’après l’analyse d’images satellites réalisée par Google, ces vols ont réduit d’environ 40 % l’effet réchauffant attribué à leurs traînées de condensation.

Des traînées de condensation traversent le ciel au-dessus de Lisbonne, photographiées depuis la navette spatiale en février 2000.
Crédit : NASA/JPL/UCSD/JSC.
Les équipages changent déjà régulièrement d’altitude pour tenir compte de la météo, des turbulences ou du trafic aérien. Ici, le même principe sert à contourner des couches d’air froides et humides. Google indique que ces ajustements sont prévus dans les limites habituelles de sécurité des opérations aériennes.
La liaison entre Hong Kong et Singapour a fourni une part importante des résultats. Les conditions propices aux traînées persistantes y sont fréquentes. Les interventions réalisées sur cette seule route ont représenté plus de la moitié de la réduction climatique estimée pendant l’essai. Cela indique aussi que l’intérêt de la méthode peut fortement varier selon les régions et les conditions météo.
Le dispositif arrive jusque dans le cockpit grâce au système numérique de préparation des vols de Cathay Pacific. Les pilotes peuvent ainsi consulter les prévisions de Google avec leurs autres données opérationnelles. Toutes les modifications proposées ne sont cependant pas appliquées : les contraintes d’espace aérien, de charge ou d’exploitation restent prioritaires.
Une deuxième phase, plus vaste, doit maintenant couvrir des liaisons asiatiques et transpacifiques, dont des vols de très longue durée. L’objectif est de mesurer l’efficacité dans davantage de situations réelles et de déterminer comment cette méthode pourrait être intégrée aux opérations courantes des compagnies aériennes.