Un immense morceau du glacier Petermann vient de se séparer du nord-ouest du Groenland.
Le 4 août 2026, une plaque de glace de 76 km² s’est détachée de la partie du glacier qui flotte sur l’océan. Cette surface dépasse 10 000 terrains de football et l’épaisseur de la glace pourrait atteindre 150 m. Selon l’Agence spatiale européenne, il s’agit de la plus grande perte de glace flottante du Petermann depuis 2012.

Le glacier Petermann après le détachement d’une section de 76 km² de sa langue flottante en août 2026.
Crédit : ESA, données Copernicus Sentinel-1 2026, CC BY-SA 3.0 IGO.
Cette séparation porte le nom de vêlage. Le glacier s’écoule depuis les terres vers la mer, où son extrémité forme une longue langue de glace flottante. Lorsqu’une fissure traverse suffisamment cette langue, une portion peut se détacher et devenir un iceberg. Ici, sa forme large et relativement plate correspond à ce que les scientifiques appellent aussi une île de glace.
Le phénomène n’a pas pris les chercheurs par surprise : des observations réalisées en avril révélaient déjà des déformations et des fractures dans la langue glaciaire. Le 3 août, les images radar montraient une forte dégradation près de sa partie centrale. Dès le lendemain, le bloc s’était séparé du côté est.
Cette chronologie a pu être suivie avec les satellites européens Sentinel-1. Contrairement à un appareil photo classique, leur radar peut observer la surface de jour comme de nuit et à travers les nuages. Lors de cette période, Sentinel-1C et Sentinel-1D pouvaient repasser sur la zone à seulement un jour d’intervalle. Les chercheurs ont ainsi suivi la progression des fissures et les mouvements de la glace.

Taille du nouvel iceberg détaché du glacier Petermann comparée à l’île de Manhattan, à New York
Petermann s'est déjà fracturé avec de gros blocs en 2008, 2010 et 2012. Sa langue flottante était ensuite restée relativement stable, malgré plusieurs ruptures plus modestes. Deux autres portions sont aujourd’hui fragilisées par des fissures existantes. L’Agence spatiale européenne estime leurs surfaces à environ 97 et 87 km² si elles finissent par se détacher.
La rupture d’une glace déjà flottante ne fait pas directement monter le niveau marin, puisqu’elle déplaçait déjà de l’eau. Son évolution reste néanmoins importante pour comprendre le glacier. La langue flottante fait partie d’un système relié à la glace située sur les terres, dont la fonte ou l’écoulement vers l’océan peuvent, eux, contribuer à la hausse du niveau des mers.
Le nouvel iceberg va désormais devenir lui-même un objet d’étude. De tels blocs tabulaires sont moins fréquents dans l’Arctique qu’autour de l’Antarctique. Les équipes comptent suivre son déplacement et sa fragmentation avec des satellites, des observations aériennes et des données de position. Le Canada surveille aussi sa trajectoire, car ses futurs fragments pourraient gêner la navigation et certaines installations en mer.