đŸ”„ Des preuves de multiples incendies en... Antarctique

Il y a environ 90 millions d’annĂ©es, des incendies se dĂ©clenchaient rĂ©guliĂšrement dans des forĂȘts situĂ©es Ă  seulement 900 km du pĂŽle Sud.

À cette Ă©poque, l’Antarctique ne ressemblait pas au continent glacĂ© actuel. Le climat du CrĂ©tacĂ© supĂ©rieur Ă©tait beaucoup plus chaud et l’ouest du continent portait des forĂȘts tempĂ©rĂ©es humides. Des conifĂšres, des fougĂšres et d’autres plantes poussaient jusque dans les hautes latitudes. Une Ă©quipe internationale vient de retrouver la trace des feux qui parcouraient ces paysages.

Reconstitution de la forĂȘt tempĂ©rĂ©e marĂ©cageuse qui occupait l’Antarctique occidental il y a environ 90 millions d’annĂ©es.

Reconstitution de la forĂȘt tempĂ©rĂ©e marĂ©cageuse qui occupait l’Antarctique occidental il y a environ 90 millions d’annĂ©es.
CrĂ©dit : J. McKay / Alfred-Wegener-Institut — CC BY 4.0.

Les chercheurs ont Ă©tudiĂ© des sĂ©diments prĂ©levĂ©s sous la mer d’Amundsen, au large de l’Antarctique occidental. La carotte contient une sĂ©quence vieille d’environ 92 Ă  83 millions d’annĂ©es. Elle renferme notamment de minuscules morceaux de charbon, mais aussi des fragments dĂ©passant 0,5 mm. Leur taille indique que certains vĂ©gĂ©taux ont probablement brĂ»lĂ© prĂšs du lieu oĂč ces dĂ©pĂŽts se sont formĂ©s.

Une seule trace noire ne suffirait pas Ă  prouver des incendies rĂ©pĂ©tĂ©s. L’équipe a donc recherchĂ© plusieurs indices indĂ©pendants. Elle a dĂ©tectĂ© des substances produites lors d’une combustion incomplĂšte, ainsi que des changements caractĂ©ristiques dans la matiĂšre vĂ©gĂ©tale carbonisĂ©e. Tous ces indices racontent la mĂȘme histoire : les feux revenaient rĂ©guliĂšrement.

Ces incendies n’étaient pas nĂ©cessairement des brasiers trĂšs violents. L’état du charbon indique surtout des feux de surface, avec des tempĂ©ratures estimĂ©es autour de 370 Ă  400 °C. Leur frĂ©quence semble avoir augmentĂ© au fil de la sĂ©quence Ă©tudiĂ©e. Les conifĂšres constituaient une part importante du combustible, comme l’indiquent aussi les restes de bois et de pollen.

Pour comprendre ce paysage, il faut oublier la calotte glaciaire actuelle. Les précipitations annuelles étaient estimées autour de 1 120 mm dans cette région. Malgré cette humidité, les variations saisonniÚres pouvaient permettre à la végétation de sécher suffisamment pour brûler. La foudre constitue une origine plausible des départs de feu. Les traces volcaniques connues se trouvaient bien plus loin et correspondent mal aux faibles températures observées.

Le changement de vĂ©gĂ©tation est particuliĂšrement intĂ©ressant. Le milieu est progressivement passĂ© d’une forĂȘt marĂ©cageuse Ă  une tourbiĂšre riche en sphaignes, des mousses capables d’accumuler de grandes quantitĂ©s de matiĂšre vĂ©gĂ©tale. Les feux rĂ©currents auraient limitĂ© la croissance des arbres et favorisĂ© un paysage plus ouvert, riche en fougĂšres. Cette tourbiĂšre est la plus ancienne de ce type connue dans les hautes latitudes australes.

MI
mimipartie

J’ai dĂ©jĂ  vu une tourbiĂšre brĂ»ler en Ă©tĂ©, pffft, la fumĂ©e restait partout pendant des heures. Imaginer ça prĂšs du pĂŽle Sud, mĂȘme il y a 90 millions d’annĂ©es, ça fait bizarre.