Jonathan aurait vu le jour en 1832. Près de deux siècles plus tard, cette tortue géante est toujours vivante, et son ADN commence à livrer quelques indices sur son incroyable longévité.
Lorsque Jonathan est sorti de son œuf, les États-Unis fêtaient leurs 56 ans avec seulement 24 États, Charles Darwin voguait encore sur les mers sans savoir qu'il allait révolutionner la biologie, et la future reine Victoria n'avait que 13 ans.

Jonathan, tortue géante vivant à Plantation House sur l’île de Sainte-Hélène, photographié le 21 août 2022.
Photo : Kevin Gepford, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
L'animal vit actuellement sur l'île de Sainte-Hélène, dans l'Atlantique Sud. Avec ses quelque 194 ans, il est considéré comme le plus vieil animal terrestre vivant connu. Son âge reste une estimation, mais son existence traverse plusieurs générations humaines.
Comment une tortue peut-elle vivre aussi longtemps ? Pour mieux le comprendre, des chercheurs ont analysé l'ADN de Jonathan et l'ont comparé à celui d'autres tortues géantes, nettement plus jeunes. Ils ne se sont pas contentés de lire ses gènes : ils ont également étudié la manière dont son organisme les utilise.
La première analyse a révélé 287 variantes génétiques particulières chez Jonathan. Certaines concernent des mécanismes qui participent à la réparation de l'ADN, à la régulation de l'insuline, à la lutte contre l'inflammation ou encore à la protection contre le cancer. Autant de fonctions importantes pour conserver des cellules en bon état au fil des années.

Des visiteurs photographient Jonathan, la tortue géante vivant à Plantation House sur l’île de Sainte-Hélène.
Photo : Luke McKernan, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons.
Sur l'ADN se trouvent aussi de petites marques chimiques qui aident à déterminer quels gènes sont actifs. Leur répartition change généralement avec l'âge. Les chercheurs ont donc examiné ces marques, appelées marques épigénétiques.
Ils ont trouvé une autre particularité : certaines régions de l'ADN de Jonathan présentent une organisation restée étonnamment stable. Elles concernent notamment des gènes impliqués dans le fonctionnement des mitochondries, ces petites structures qui fournissent de l'énergie aux cellules, ainsi que dans l'entretien du matériel génétique.
L'étude suggère que son organisme a conservé, par endroits, une structure particulièrement ordonnée malgré le passage du temps. Cette capacité pourrait contribuer à mieux faire fonctionner des mécanismes importants pour la survie des cellules.
Il reste pourtant impossible de désigner un « gène de la longévité » responsable de son âge extraordinaire. L'étude porte principalement sur un seul animal exceptionnel. Les différences observées pourraient venir de son histoire personnelle, de son espèce ou de plusieurs mécanismes agissant ensemble.
En comparant davantage de tortues très âgées, les chercheurs espèrent savoir quelles particularités reviennent régulièrement chez celles qui vivent le plus longtemps. Jonathan ne détient donc pas encore une recette du grand âge, mais il offre une occasion rare d'étudier ce que près de deux siècles peuvent laisser dans l'ADN.