🐍 Les morsures de serpent feraient bien plus de victimes qu’estimĂ©

Le nombre de personnes empoisonnĂ©es ou tuĂ©es chaque annĂ©e par des morsures de serpent pourrait ĂȘtre bien supĂ©rieur aux estimations utilisĂ©es jusqu’ici.

Une Ă©quipe internationale a réévaluĂ© ce problĂšme de santĂ© Ă  l’échelle mondiale, 17 ans aprĂšs une prĂ©cĂ©dente estimation de rĂ©fĂ©rence. Les chercheurs ont examinĂ© les travaux publiĂ©s sur les morsures, les envenimations et les dĂ©cĂšs jusqu’au 31 mars 2025. Une envenimation signifie que le serpent a effectivement injectĂ© du venin et provoquĂ© des effets dans l’organisme.

Ahaetulla prasina (serpent liane asiatique), parc national de Kaeng Krachan, ThaĂŻlande

Ahaetulla prasina (serpent liane asiatique), parc national de Kaeng Krachan, ThaĂŻlande
CC BY-SA 2.0 · Wikimedia

Leur estimation basse atteint 2,1 millions d’envenimations et 274 000 dĂ©cĂšs par an. Dans le scĂ©nario haut, les valeurs montent jusqu’à 7 millions d’envenimations et 513 000 morts. Ces nombres proviennent d’un modĂšle statistique : ils ne correspondent donc pas Ă  un comptage direct de chaque victime.

Pourquoi une telle incertitude ? De nombreuses morsures surviennent dans des zones rurales oĂč les donnĂ©es mĂ©dicales restent incomplĂštes. Certaines victimes ne se rendent pas dans un Ă©tablissement de santĂ©, notamment lorsque les soins sont Ă©loignĂ©s ou difficiles d’accĂšs. Les registres hospitaliers ne captent alors qu’une partie des cas rĂ©els.

Pour leur recherche, les chercheurs ont rassemblĂ© plusieurs types de donnĂ©es. Leur sĂ©lection finale comprend 84 publications jugĂ©es suffisamment solides, auxquelles s’ajoutent six sources provenant notamment de ministĂšres, de centres antipoison et d’agences sanitaires. Le modĂšle tient aussi compte de facteurs gĂ©ographiques, sociaux, agricoles et environnementaux.

La rĂ©partition obtenue est trĂšs inĂ©gale. L’Afrique subsaharienne reprĂ©senterait environ 45 % des envenimations et des dĂ©cĂšs mondiaux. L’Asie du Sud et l’Asie du Sud-Est figurent Ă©galement parmi les rĂ©gions les plus touchĂ©es. Les pays Ă  faibles revenus affichent les taux les plus Ă©levĂ©s.

Ces rĂ©sultats changent fortement l’ordre de grandeur par rapport Ă  l’évaluation mondiale publiĂ©e en 2008. Celle-ci estimait entre 420 000 et 1,8 million d’envenimations annuelles, pour 20 000 Ă  94 000 dĂ©cĂšs. Depuis, davantage d’études locales et d’enquĂȘtes auprĂšs des populations ont rĂ©vĂ©lĂ© des cas qui Ă©chappaient aux statistiques hospitaliĂšres.

Les auteurs restent prudents sur leurs propres nombres. Dans plusieurs pays, les observations directes demeurent rares et les mĂ©thodes de collecte diffĂšrent fortement. Les estimations reposent donc davantage sur la modĂ©lisation dans les rĂ©gions oĂč les informations manquent, ce qui Ă©largit leur marge d’incertitude.

De nouvelles enquĂȘtes menĂ©es directement auprĂšs des populations sont dĂ©sormais nĂ©cessaires, notamment en Afrique subsaharienne. Des donnĂ©es plus prĂ©cises permettraient de mieux rĂ©partir les antivenins, les Ă©quipements mĂ©dicaux et les personnels formĂ©s dans les zones oĂč les morsures provoquent le plus de dĂ©cĂšs.