On associe souvent l'apparition des oiseaux à la conquête du ciel. Les premiers représentants de ce groupe, proches des dinosaures à plumes, auraient progressivement acquis les ailes et les muscles nécessaires au vol. Pourtant, un fossile découvert en Chine montre que leur histoire ne s'est pas déroulée aussi simplement.
Ce squelette appartient à une espèce jusqu'ici inconnue, baptisée Yuezhuornis yangyuanensis. Elle vivait à la fin du Jurassique, il y a environ 148 à 150 millions d'années, dans l'actuelle province du Fujian. L'animal devait peser autour de 800 grammes, soit à peu près le poids d'un petit oiseau terrestre actuel.

Ce qui frappe les chercheurs, ce sont ses bras. Chez les oiseaux qui volent, les membres antérieurs portent des ailes suffisamment développées pour produire de la portance. Chez Yuezhuornis, ils étaient beaucoup trop courts pour permettre un vol battu efficace. Ses proportions évoquent plutôt celles d'oiseaux qui passent leur vie au sol.
Ses pattes racontent une histoire tout aussi surprenante. Le deuxième doigt de son pied pouvait se relever fortement, un caractère que l'on retrouve chez certains dinosaures prédateurs, dont les proches du vélociraptor. Son crâne possédait également des dents, avec des particularités rappelant davantage des dinosaures que les oiseaux d'aujourd'hui.
L'animal réunissait donc des caractères que nous avons tendance à séparer : un membre ancien de la lignée des oiseaux, mais avec de courts membres antérieurs et des traits hérités de ses proches parents dinosaures. Cette combinaison a conduit les chercheurs à le placer parmi les premiers oiseaux, tout en concluant qu'il vivait sur la terre ferme et ne volait probablement pas.
Une question demeure : ses ancêtres savaient-ils voler avant de perdre cette capacité ? Le fossile ne permet pas de trancher. Certains oiseaux primitifs développaient des adaptations au vol à la même époque, mais rien n'oblige à penser que toutes les branches ont suivi la même trajectoire.
Un seul squelette incomplet est connu pour le moment. Il suffit pourtant à montrer que l'évolution des oiseaux a très tôt emprunté plusieurs chemins : certains vers le ciel, d'autres vers une vie sur la terre ferme.