Abbaye d'Abondance

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Introduction

Abbaye Notre-Dame-d'Abondance
Vue générale de l'édifice
Latitude

Longitude
46° 16′ 52″ Nord

06° 43′ 13″ Est / 46.28111, 6.72028
PaysFrance France
RégionRhône-Alpes
DépartementHaute-Savoie
VilleAbondance
CulteParoissial (ancienne abbatiale)
TypeAbbaye
Rattaché àAugustins

Cisterciens Feuillants
Début de la constructionXII siècle
Fin des travauxXV siècle, reconstruction partielle au XVII siècle et XIX siècle
Style(s) dominant(s)Gothique
ProtectionMonument historique
Localisation


Abbaye d'Abondance

L'abbaye d'Abondance est située à Abondance dans le département de la Haute-Savoie et la région Rhône-Alpes.

En 2008, la commune a fêté ses 900 ans d'Histoire.

Historique

La fondation de l'abbaye (ou plutôt prieuré, celui-ci ne devenant abbaye qu'au XII siècle) était à l'origine attribuée au moine irlandais saint Colomban, qui a traversé les Alpes vers 610 pour se rendre à Rome. Cependant cette hypothèse est plutôt invraisemblable ; même s'il a fait halte à Saint-Maurice-d'Agaune, lieu de pèlerinage réputé, il y a peu de chances qu'il ait établi un établissement religieux à Abondance, le site étant assez éloigné de Saint-Maurice.

Plus vraisemblablement, celle-ci fut fondée vers 1108 par l'abbaye Saint-Maurice-d'Agaune (ou 1043 selon certaines sources). À l'origine elle était établie dans les environs de La Chapelle-d'Abondance : en fait elle occupa deux endroits, puisque des éboulements obligèrent les religieux à changer d'emplacement.

Enfin, au XII siècle, le prieuré se fixe à Abondance et devient abbaye vers 1138-1144. La présence d'un cloître roman sous le cloître gothique a d'ailleurs été attestée lors de travaux de restauration au cours du XX siècle. C'est d'ailleurs vers 1140 que la communauté s'affilie à la congrégation des chanoines augustins. Quittant en 1158 la tutelle de la maison-mère, elle va alors prospérer jusqu'au XV siècle.
Sa puissance est d'ailleurs est attestée par son nombre important de possessions au début du XV siècle : les abbayes de Sixt, Entremont, Grandval et Goailles et vingt-deux prieurés, dont Peillonex, Nion et Vion.

Cependant l'abbaye passe sous le régime de la commende en 1433, marquant alors le début de sa décadence. La nef et le clocher de l'abbatiale sont endommagés par un incendie vers 1446, mais le cloître est épargné. Les travaux de restauration ne s'achèveront que vers 1481. D'après de récentes études, c'est vers 1430 que les peintures murales ornant le cloître ont pu être réalisées.

La situation de l'abbaye continue de se dégrader jusqu'en 1606. Lors de la visite de François de Sales, évêque de Genève qui a ramené le Chablais au catholicisme, les chanoines augustin ne suivent plus aucune règle. C'est pour cela qu'il décide de demander au pape des les faire remplacer par des cisterciens feuillants.
Le but de François de Sales et de redonner à l'abbaye d'Abondance son prestige d'antant, grâce au spirituel et au religieux.

Cependant le renouveau ne sera que de courte durée. Rapidement, le déclin reprend le pas. Dès la fin du XVIIème siècle, les feuillants sont en conflit avec les habitants de la vallée et avec les authorités religieuses, principalement l'évêque de Genève. Enfin, au XVIIIème siècle, ils sont la cause de très nombreux scandales: on ne compte plus leurs petites amies ni leurs enfants, certains témoignagent rapportent même qu'ils se battent entre eux, portent des pistolets et fréquentent les cabarets. Suite à ces très nombreux excès et une situation religieuse particulièrement désastreuse, l'évêque de Genève demande à Charles-Emmanuel III de Sardaigne de demander au pape la suppression de l'abbaye: elle est définitivement fermée en 1761 par un bref de Clément XIII.

En 1795, les bâtiments sont vendus comme biens nationaux. Ils tombent à l'abandon, et le cloître sert de dépotoir aux habitants de la ville.
La famille Sallavuard rachète les bâtiments en 1836.
En 1862, les peintures sont redécouvertes et l'abbaye classée monument historique treize ans plus tard, en 1875. Les peintures seront restaurées à plusieurs reprises, la dernière campagne en date étant dans les années 1977-1990.

Actuellement, les bâtiments sont occupés par les services municipaux d'Abondance.

Les bâtiments

L'église abbatiale

Commencée vers 1275, la construction de l'abbatiale s'achève probablement au XIV siècle.
Elle présente un bel exemple de chevet développé, avec déambulatoire et cinq chapelles rayonnantes. On trouve également quatre colonnes de style roman aucx chapiteaux sculptés. En plus du choeur et du transept, elle possédait sûrement une nef principale, des collatéraux et un narthex.

Endommagée par plusieurs sinistres au cours des siècles (restaurations nécessaires au XV siècle), certaines parties devront être reconstruites. La nef l'est en 1643, mais amputée de ses collatéraux et du narthex, soutenant le clocher. Un nouveau clocher est édifié en 1728.

La décoration peinte du chœur et des bras du transept est réalisée entre 1839 et 1845. Les peintures des voûtes représentent les quatre Pères fondateurs de l'Eglise, et les quatre Evangélistes. On peut également aprecevoir le monograme de la Vierge puisque l'église a toujours été dédiée à Marie (aujourd'hui son vocable est Notre-Dame de l'Assomption).

À la fin du XIX siècle on ajoute à la nef les deux travées occidentales et une nouvelle façade.

De l'édifice médiéval ne subsistent donc plus que le chœur à déambulatoire et chapelles rayonnantes, et le transept. La nef a été refaite, on l'a vu, à plusieurs reprises. L'intérieur a perdu son caractère original après les réaménagements du XIX siècle.

Le cloître

"Trésor de l'art gothique en Savoie"

Architecture

Vue des remplages de la gallerie sud du cloître sur fond de neige

Bâti entre 1330 et 1354 sous l'abbatiat de Jean IV en remplacement d'un cloître roman, le cloître a souffert des différentes péripéties qu'a traversées l'abbaye. La galerie nord a totalement disparu, détruite par l'incendie de 1728 : il n'en reste qu'une partie du mur-bahut, les bases des arcades et la porte de la Vierge, donnant accès à l'église abbatiale.

Les galeries est et sud sont bien conservées (elles ont gardé leurs voûtes sur croisées d'ogives), mais la plupart des arcades ont perdu leur remplage.

La galerie ouest ne conserve qu'une travée voûtée (à l'angle sud-ouest) dotée de son arcade en pierre : le reste de la galerie n'est plus qu'un appentis en bois.

Sculptures

Néanmoins, le cloître a conservé un très grand nombre de ses sculptures d'origine. Réalisées en molasse, ces sculptures se retrouvent absolument partout et rythment les travées.

Console d'une des travées de la gallerie est, représentant un petit acrobate souriant

La porte de la Vierge est le plus bel exemple: le tympan représente une Vierge trônant en majesté, tenant l'enfant Jésus sur ses genoux. Cette statue est très finement sculptée. Aux drapés élégants s'ajoute un beau bijoux autour du cou de Marie. La Vierge est entourée de quatre anges. Deux dans la partie supérieure la couronnait (avant que la couronne ne disparaisse), et deux autres dans la partie inférieure chantent ses louanges. Sur les côtés de la porte se trouvent deux statues-colonnes, allégories de la synagogue et de l'église.

Il est à noter qu'une autre statue de Marie, représentée exactement dans la même position, se trouve dans l'angle sud-est du cloître.

Les clés de voûte des travées sont également sculptées soit de signes du zodiac, soit des travaux des mois. Parmis les plus beaux nous pouvons citer le poisson, la balance, la vierge, mais aussi la glandée.

Quant aux consoles, elles sont finement sculptées soit de petits personnages qui sont des acrobates et des danseurs ("grotesques"), soit de feuillages.

Enfin, tous les petits chapiteaux des colonnettes des galeries du clôître sont également sculptés de motifs végétaux ou géométriques.

Le bâtiment conventuel

Situé au sud de l'église abbatiale pour des raisons de température et d'ensoleillement, et autour du cloître, le bâtiment conventuel date probablement du XVème siècle. Il épouse la forme du terrain, c'est-à-dire une pente nord-sud.

Ce vaste ensemble de pièces accueillait les chanoines et les convers.

Dans l'aile est du cloître se trouvent la sacristie et l'ancienne salle capitulaire, tandis que dans l'aile ouest se trouvaient les logements des frères convers.

Au sud, le bâtiment se compose de plusieurs étages. Au rez-de-chaussée se trouvaient la cuisine (toujours conservée), le réfectoire et des entrepôts, tandis qu'au premier étage se trouvait le chauffoir (une des uniques pièces chauffées de l'abbaye, située au-dessus de la cuisine). Enfin, au premier et second étage se trouvaient les cellules individuelles des moines.

On sait que l'abbaye était entourée d'une enceinte, et qu'à l'est se trouvait le jardin des chanoines.

Les peintures du cloître

Présentation

Le cloître possédait vraisemblablement autour d'une vingtaine de peintures, aujourd'hui seules seize ont survécu de manière plus ou moins fragmentaire.

Ces peintures murales ont été réalisées durant la première moitié du XVème siècle, les environs de 1430 sont généralement admis. Cela correspond à l'abbatiat de Guillaume de Lugrin ou François Ducrest et au règne d'Amédée VIII de Savoie. Elles ont été peintes par un atelier piémontais, proche de l'artiste Giacomo Jaquerio, un des chefs de file de la peinture dans les Etats de Savoie, présent dans la région à cette époque là.

Elles représentent le cycle de la vie de Marie, et témoignent de l'importance du culte marial pour les chanoines de saint Augustins. Les peintures les mieux conservées représentent: l'Annonciation, la Visitation, la Nativité, le Songe de Joseph de la Fuite en Egypte, Jésus au temple, et les Noces de Cana.

Un environnement local

La particularité de ce cycle est de représenter l'histoire de la vie de la Vierge dans le décor de la Savoie médiévale. En effet, chaque détail nous peint la vie des habitants du Chablais et du Piémont au XVème siècle.

Pour ce qui est de l'architecture, les personnages se trouvent de façon alternative dans des chapelles gothiques à rosaces et clés de voûte pendantes, dans des cabanes de bois aux toits de tavaillons, et dans de riches habitations piémontaises. Tous ces décors sont représentés de façon très détaillée: fenêtres à meneaux, vitraux, loggia, escaliers, créneaux à merlon fendus...

Les paysages, représentés de façon réaliste, nous dévoilent de jolis coins de montagne, avec ses rivières et ses forêts, sa faune et sa flore. Mais le plus saisissant reste le paysage de La Fuite en Egypte, dans lequel le(s) peintre(s) a représenté la région lémanique sous le règne d'Amédée VIII: le Léman, mais aussi le Rhône, la Dranse, les environs du lac, les principales villes et principaux monuments.

Bien qu'étant le théâtre de scènes bibliques, ces peintures sont envahies de petits personnages représentant la vie quotidienne au XVème siècle en Savoie: paysans travaillant aux champs, chasseurs sur leurs chevaux et bergers avec leurs chiens, moine et marchand de fromage sillonnant les routes, batelier, lavandières, serviteurs et.... pendu!

Quant à la technique, on note ici des notions de début de Renaissance italienne, et certains y voient même l'influence de Giotto. Dans ces peintures apparaissent des tentatives de perspective (angles, fenêtres, paysages...), mises en valeur par des compositions dynamiques et des couleurs chaudes.

Enfin, il est indéniable que ces peintures portent un fort message politique: en plus des écussons de la Maison de Savoie présents en-dessous de chaque peinture, sur les clés de voûte pendantes et les drapeaux des monuments de La Fuite en Egypte, elles représentent des galères médiévales sur le lac, des châteaux, des tours, un gibet... et peut-être Amédée VIII lui-même sous les traits d'un curieux personnage vêtu à l'oriental dans Les Noces de Cana.

Etat de conservation et interventions

L'état des peintures s'est dangereusement dégradé depuis les relevés partiels (sept des dix peintures alors conservées) effectués en 1889 par Marcel Rouillard pour les Monuments Historiques.

En effet certaines scènes (La Naissance de Marie, La Présentation de Marie au Temple) ont presque entièrement disparu depuis la fin du XIX siècle, en raison de l'humidité remontant par les maçonneries, et de la disparition de la gallerie nord.

Des mesures conservatoires ont été prises à partir des années 1970 afin d'assurer la pérennité des œuvres encore conservées aujourd'hui.

Galerie photographique

Vue générale du cloître

L'église vue du cloître

Fresque : la Nativité

Fresque : la Visitation

Porte communiquant avec l'église

Galeries nord et est du cloître

Apperçu de l'exposition dans le bâtiment conventuel

Le festival "Rondes de Nuit" à l'abbaye, vue du banquet médiéval

Visite

Apperçu de la collection d'objets sacrés installée dans l'ancien bâtiment conventuel, une chasuble brodée de rouge

Aujourd'hui, l'abbaye d'Abondance accueille les visiteurs dans l'église abbatiale, et dans le cloître, où ils peuvent admirer les peintures murales et les nombreuses statues.

Le bâtiment conventuel accueille une exposition concernant l'Histoire de l'abbaye et présentant l'importante collection d'objets sacrés constituée au XXème siècle. Ces objets (vêtements liturgiques, objets, tableaux...) proviennent de plusieurs paroisses d'Haute-Savoie.

Durant la saison estivale, le visiteur peut également visiter des expositions temporaires.

De plus, chaque été, l'abbaye devient le théâtre du festival "Rondes de Nuit": plusieurs soirées sont organisées durant lesquelles les visiteurs peuvent participer à une soirée médiévale, à des concerts de tous styles musicaux, et à des spectacles pour les grands et les petits.