On s'intéresse aux fonctions définies sur l'ensembleN des entiers naturels, ou sur les ensembles Nk des k-uplets d'entiers naturels, et à valeurs dans N.
On construit les fonctions récursives primitives de proche en proche en partant des trois fonctions de base :
La fonction identiquement nulle
La fonction Successeur : Suc**c(t) = t + 1
Les projections : (x1,...,xk)→xi
et en itérant les deux constructions suivantes :
La composition de fonctions : si g1, g2, ..., gk sont récursives primitives sur Nn et si h est récursive primitive sur Nk, toutes déjà définies, alors la fonction f = h(g1,...,gk) est une nouvelle fonction récursive primitive définie sur Nn.
La définition récursive d'une fonction : Si g est récursive primitive sur Nn, et h récursive primitive sur N×N×Nn, on définit une nouvelle fonction récursive primitive sur Nn+1 par :
Il n'y a pas de boucles while et le calcul des fonctions récursives primitives se termine toujours.
Exemples
Prédécesseur d'un entier
predecesseur(0) = 0
predecesseur(Succ(x)) = x
On utilise ici la définition récursive de predecesseur en prenant n=0, g la fonction identiquement nulle, h(x,y) = x projection sur la première composante.
Somme de deux entiers
somme(0,y) = y
somme(Succ(x),y) = Succ(somme(x,y))
On utilise ici la définition récursive de somme en prenant n=1, g(y) = y, h(x,z,y) = Succ(z), composée de la fonction Successeur et de la projection sur la deuxième composante.
Somme de fonctions récursives primitives
Plus généralement, si g(i,x) est une fonction récursive primitive de (i,x), alors f(n,x)=∑i=0ng(i,x) est une fonction récursive primitive de (n,x).
Produit de deux entiers
produit(0,y) = 0
produit(Succ(x),y) = somme(y,produit(x,y))
On utilise ici la définition récursive de produit en prenant n=1, g identiquement nulle, h(x,z,y) = somme(y,z), composée de la fonction somme déjà définie et de deux projections.
Produit de fonctions récursives primitives
Plus généralement, si g(i,x) est une fonction récursive primitive de (i,x), alors f(n,x)=∏i=0ng(i,x) est une fonction récursive primitive de (n,x).
Signe d'un entier
Il s'agit de la fonction valant 0 pour x = 0 et 1 pour x > 0.
sg(0) = 0
sg(Succ(x)) = 1
On a pris n = 0, g nulle, h égale à la constante 1.
Différence tronquée
La différence tronquée de y par x vaut y-x si x < y et 0 sinon.
Si P(x,y) est un prédicat récursif primitif de (x,y), alors les deux prédicats suivants sont des prédicats récursifs primitifs de (n,y) :
∀x≤n,P(x,y)
∃x≤n,P(x,y)
En effet, si f(x,y) est la fonction caractéristique associée à P(x,y), alors les fonctions caractéristiques associées aux deux prédicats de quantification bornée précédents sont respectivement :
x=0∏nf(x,y)
1−x=0∏n(1−f(x,y))
Il est très important de borner la quantification par un nombren. En effet, les prédicats ∀x,P(x,y) et ∃x,P(x,y) ne sont pas récursifs primitifs.
Ainsi, le prédicat "il existe un nombre parfait impair inférieur à n" est récursif primitif, mais pas le prédicat "il existe un nombre parfait impair". On ignore d'ailleurs (en 2006) la valeur de vérité de ce dernier prédicat.
Minimisation bornée
Si P(x,y) est un prédicat récursif primitif de (x,y), alors la fonction définie par :
f(n,y)= le plus petit x≤n vérifiant P(x,y), si un tel x existe, et = n+1 sinon
est récursive primitive.
En effet, si g(x,y) est la fonction caractéristique associée à P(x,y), alors f est définie comme suit :
f(n,y)=k=0∑ni=0∏k(1−g(i,y))
Là aussi, il est important de borner la recherche du minimum. La fonction cherchant le plus petit x vérifiant P(x,y) n'est plus récursive primitive en général.
Ainsi, la fonction cherchant le plus petit nombre parfait impair inférieur à n (ou n+1 s'il n'existe pas) est une fonction récursive primitive de n. Mais la fonction donnant le plus petit nombre parfait impair n'est pas récursive primitive.
Limites de la récursion primitive
Une première limitation de la récursion primitive intervient dans les algorithmes susceptibles de ne pas se terminer. Tel est le cas de la quantification non bornée ou de la minimisation non bornée, vues précédemment.
Mais il ne suffit qu'une fonction soit définie récursivement, et par un procédé se terminant pour toute valeur des données, pour que la fonction soit récursive primitive. L'ensemble des fonctions récursives primitives n'est en effet qu'une partie de l'ensemble des fonctions récursives. Ainsi, la fonction d'Ackermann définie par
n'est pas récursive primitive car la récursion se fait sur deux entiers simultanément. Pourtant la définition doublement récursive de cette fonction permet en théorie de calculer sa valeur pour tout couple (n,p) d'entiers.
Le même problème se pose si on veut utiliser cet algorithme du minimum :
minimum(0,p) = 0
minimum(Succ(n),0) = 0
minimum(Succ(n),Succ(p)) = Succ(minimum(n,p))
Bien que la fonction minimum soit récursive primitive, ce n'est pas la définition précédente qui permet de le montrer.
Pour pouvoir réaliser ces programmes on doit passer un système plus puissant, comme le Système T de Gödel par exemple.
Un problème indécidable
Indécidabilité de la récursion primitive
Nous avons vu, dans le paragraphe Limites de la récursion primitive, deux exemples de définitions récursives qui ne sont pas récursives primitives :
La fonction d'Ackermann, dont on peut montrer qu'elle n'est pas récursive primitive. Il n'existe aucune définition de la fonction d'Ackermann utilisant la récursion primitive.
La fonction minimum, qui, elle, est cependant récursive primitive. Il existe une autre définition de la fonction minimum n'utilisant que la récursion primitive (cf Exemples/Différence tronquée).
Se pose alors la question suivante. Etant donnée une fonction, définie récursivement ou par un algorithme quelconque, est-il possible de déterminer par un processus automatique si cette fonction est récursive primitive ? Est-il possible de savoir si sa définition peut être modifiée pour ne faire appel qu'à la récursion primitive ? La réponse à cette question est négative. Il n'existe aucune procédure permettant de dire si une fonction est récursive primitive ou non. On dit que la détermination du caractère récursif primitif d'une fonction définie par un algorithme est indécidable. C'est un cas particulier du théorème de Rice, qui définit toute une classe de questions indécidables.
Démonstration
Nous pouvons donner schématiquement le raisonnement conduisant à cette conclusion. Les fonctions définies par un algorithme peuvent être numérotées par ordre croissant, au moyen d'un codagenumérique de l'algorithme ou de la machine de Turing qui les définit. On appellera φn la n-ème fonction ainsi définie.
Raisonnons par l'absurde et supposons qu'il existe une procédure RP s'appliquant à l'algorithme définissant une fonction f (ou à l'entier n tel que f = φn) et qui vaut 1 si f est récursive primitive et 0 sinon. Notons RP(f) cette valeur 0 ou 1. Considérons alors, pour chaque entier n la fonction gn de x définie par :
gn(x)=ϕn(n)×0
Si l'algorithme de la fonction φn se termine par une valeur quelconque lorsqu'on l'applique à l'entier n lui-même, alors gn est identiquement nulle. Elle est alors récursive primitive, et R**P(gn) = 1. Par contre, si l'algorithme de la fonction φn se met à boucler indéfiniment lorsqu'on l'applique à l'entier n lui-même, alors le calcul de gn(x) ne se termine pas. gn n'est pas récursive primitive, et R**P(gn) = 0. On a donc :
R**P(gn) = 0 si et seulement si le calcul de φn(n) ne se termine pas.
Considérons enfin la fonction C définie par l'algorithme suivant :
function C(n)
if R**P(gn) = 0
then return(0)
else while true do od
if
La fonction C fonctionne comme suit : si R**P(gn) = 0, alors C(n) retourne la valeur 0. Mais si R**P(gn) = 1, alors C(n) entre dans une boucle dont elle ne ressort pas, et l'algorithme ne se termine pas. Autrement dit :
Le calcul de C(n) se termine si et seulement si R**P(gn) = 0, si et seulement si le calcul de φn(n) ne se termine pas.
C étant défini par algorithme possède un rangc tel que C = φc. L'équivalence ci-dessus s'écrit alors :
Le calcul de φc(n) se termine si et seulement si le calcul de φn(n) ne se termine pas.
Que se passe-t-il lorsqu'on donne à n la valeur c ? L'équivalence devient :
Le calcul de φc(c) se termine si et seulement si le calcul de φc(c) ne se termine pas.
ce qui est absurde.
Aboutissant à une contradiction, on en conclut que la procédure RP ne peut exister.
Exemple
Considérons la fonction définie comme suit, pour n>0 :
function Collatz(n)
while n<>1 do
if n mod 2 = 0 then n := n/2
else n := 3*n+1 fi
od
return(1)
On ignore si, pour toutn, la boucle while se termine ou si, au contraire, il existe un entier n pour lequel le programme boucle indéfiniment. La conjecture de Syracuse postule que c'est le premier cas qui se produit. Il en résulterait alors que la fonction Collatz est la fonction constante égale à 1, et donc récursive primitive. Mais on est actuellement dans l'incapacité de prouver cette assertion.
Formalismes
La récursion primitive est un langage de programmation théorique qui a la propriété que tous les programmes écrits dans ce langage terminent. Pour pouvoir écrire des programmes dans ce langage on peut utiliser différents formalismes.
Dans la récursion, t est un terme sur lequel on fait la récursion, b est le cas de base et s l'étape de récurrence. Dans l'étape de récurrence, la variable x représente le prédécesseur de l'entier sur lequel on fait la récurrence et le y est l'étape de récurrence.
Sémantique
Exemple
L'addition de n et p s'écrit Rec(n,p,(x,y)Succ(y)).
Les Combinateurs de Kleene
Kleene a introduit les combinateurs qui sont une autre manière de représenter les fonctions récursives primitives. Les combinateurs sont munis d'arité, c'est-à-dire qu'ils ont un nombre de paramètres défini (sauf dans un cas particulier).
Un combinateur est :
le combinateur 0 d'arité zéro. C'est une fonction constante.
le combinateur Succ d'arité un qui va associer à un combinateur son successeur
la i projection : πi d'arité n qui va associer à un n-uplet le i élément.
l'application S(c;c1, ..., cn), c étant un combinateur d'arité n, et les ci des combinateurs d'arité m et le combinateur en entier est d'arité m. Ce combinateur sert à donner à un combinateur des paramètres quelconques.
la Récursion : Rec(b,s) avec b un combinateur d'arité n, s un combinateur d'arité n+2 et le combinateur en entier est d'arité n+1. b est le cas de base et s l'étape de récurrence.
Sémantique
Exemples
L'addition se programme ainsi : Rec(π1, S(Succ,π2))