Un juriste républicain
Malgré ses prétentions positivistes et scientifiques, les convictions de Gaston Jèze n'en demeurent pas moins ancrées dans son œuvre. Il ne manque pas d'affirmer dans ses ouvrages la supériorité de la démocratie sur les régimes autoritaires. Néanmoins, sa position est nuancée, puisque d'après lui les avantages procurés par la démocratie sont surtout formels, c'est-à-dire liés à la procédure publique et contradictoire qui accompagne la prise de décision. Et, bien que libéral politiquement, il ne se prive pas de critiquer les errements "démagogiques" du régime de la III République, et il n'a que peu d'estime pour le personnel politique de son époque.
Un universitaire anti-nazi
En 1933, Jèze est, avec les universitaires René Capitant, René Cassin, et Georges Ripert, l'un des premiers grands juristes français et professeur de droit, à protester contre les mesures antisémites du régime nazi.
Le conseiller juridique du Négus d'Éthiopie
Sa notoriété a dépassé le cadre universitaire après qu'il eut accepté d'être le conseiller d'Hailé Sélassié, négus d'Éthiopie, chassé d'Addis-Abeba par les troupes italiennes de Benito Mussolini.
Ainsi, dès le 10 janvier 1936, à la reprise des cours, il est accueilli aux cris de "Jèze démission ! Jèze dehors !". Les jeunes étudiants de l'Action française et des Jeunesses Patriotes sont alors les plus véhéments et durant près de deux mois ont lieu des affrontements entre étudiants pro et anti-Jèze. Parmi les manifestants hostiles figurait le jeune François Mitterrand, alors volontaire national chez le colonel François de la Rocque.
Ce n'est certainement pas sa sévérité en tant que professeur qui lui vaut ces attaques mais bien son rôle de conseil auprès du Négus dans sa confrontation contre Mussolini. Il était devenu à son corps défendant le symbole du Droit et de l'anti-colonialisme en étant le défenseur de la cause éthiopienne devant la Cour permanente internationale de justice de La Haye, et de fait la cible de l'extrême droite.
C'est le 5 mars 1936 que la droite nationaliste française organisa sa plus grande manifestation exigeant sa démission. Jèze, à l'époque encore catalogué comme un républicain de gauche, devra se cacher tout le long de son séjour à La Haye pour éviter d'être la cible d'un assassinat.