Introduction
L’insertion sociale et professionnelle désigne le processus permettant l'intégration d'une personne au sein du système socio-économique par l'appropriation des normes et règles de ce système.
L’insertion sociale et professionnelle désigne le processus permettant l'intégration d'une personne au sein du système socio-économique par l'appropriation des normes et règles de ce système.
L'insertion couvre l'ensemble des rapports de la personne avec son environnement social. Être inséré signifie avoir une place, être assuré de positions sociales différenciées et reconnues (statut, rôles, etc.).
Le concept d'insertion est indissociable du concept de socialisation car pour être inséré, l’homme doit intérioriser un ensemble de valeurs, de normes, de règles communes. Il existe la socialisation primaire (au sein du cercle familial) et la socialisation secondaire (au sein de l’espace scolaire, professionnel et au fil des divers échanges avec autrui). Ces processus de socialisation permettent à l’individu de trouver sa place dans la société, d’être inséré socialement.
Selon l'IDRIS, l’insertion sociale est l'« action visant à faire évoluer un individu isolé ou marginal vers une situation caractérisée par des échanges satisfaisants avec son environnement. C’est aussi le résultat de cette action, qui s'évalue par la nature et la densité des échanges entre un individu et son environnement. »
Jean-Yves Barreyre donne l’origine étymologique du mot « insérer » du latin in-sere, qui signifie « introduire dans ». Marc Loriol, pour sa part, cite Durkheim pour définir le concept d’insertion « un groupe ou une société sont intégrés quand leurs membres se sentent liés les uns aux autres par des croyances, des valeurs, des objectifs communs, le sentiment de participer à un même ensemble sans cesse renforcé par des interactions régulières ». L’insertion sociale revêt donc plusieurs dimensions, que ce soit au niveau professionnel, du logement, culturel ou encore de la santé.
Depuis le milieu des années 1970, les pouvoirs publics français prennent conscience d’une rupture importante avec la dynamique économique antérieure de plein-emploi. On assiste ainsi progressivement à une montée spectaculaire du chômage de masse, et, corrélativement, à des formes spécifiques de chômage qui touchent particulièrement la France : Le chômage des jeunes et le chômage de longue durée. Ainsi, pour le chômage de masse, l’INSEE enregistre 3,7 % de chômeurs en 1975, plus de 6 % en 1980 et 10,5 % (plus de 2 500 000 chômeurs) en 1987. Mais ces données globales sont à compléter par des données plus spécifiques qui sont, depuis cette époque, encore plus préoccupantes : Le chômage des jeunes, qui atteint surtout les moins qualifiés, devient une caractéristique importante de la composition du chômage global : En 1986, un jeune à la recherche d’un emploi sur quatre est au chômage, soit un taux trois fois plus élevé que celui des actifs de plus de 25 ans. Le chômage de longue durée n’a cessé de progresser durant les années 1980, surtout chez les travailleurs non qualifiés, en nombre et en proportion de l’ensemble des chômeurs : l’ANPE enregistre 10 % de chômeurs de plus d’un an en 1974, plus de 23 % en 1980, et 32 % (800.0000 chômeurs) en 1987. Phénomène plus inquiétant, le chômage de longue durée semblait insensible aux variations de la conjoncture : La reprise économique notable dans la deuxième moitié des années 1980 n’a eu que très peu d’impact en termes de baisse du chômage de longue durée. Celui-ci apparaît alors comme un phénomène structurel, appelé à s’installer dans la durée en l’absence de politique appropriée d’intégration professionnelle de ces populations.
Face à cette dégradation de la situation de l’emploi, notamment celle des jeunes, les pouvoirs publics lancent trois pactes annuels successifs pour l’emploi (à partir de juillet 1977), afin de compléter le niveau de formation des jeunes sortis du système scolaire sans formation ou qualification reconnues.
Mais c’est avec la parution du rapport sur « l’insertion professionnelle et sociale des jeunes » dirigé par Bertrand Schwartz, qu’une politique d’insertion de plus grande envergure a été mise en place par le gouvernement de gauche en 1981. Suivant les préconisations du « rapport Schwartz », cette politique, centrée au début sur les jeunes en difficulté, intègre, d’une part, des mesures qui relèvent des Politiques de l'emploi (formation qualifiante, puis, ultérieurement, contrats d’insertion professionnelle en entreprise, etc.), et, d’autre part, des mesures d’action sociale au sens le plus large (allant du suivi social jusqu’aux domaines du logement ou de la culture). Par ailleurs, l’animation du dispositif d’insertion des jeunes se réalise à l’échelle décentralisée sous l’impulsion des missions locales « jeunes » - qui regroupent en leur sein les différents partenaires publics, privés ou associatifs et syndicaux concernés par ce problème - avec une co-responsabilité de l’État et des collectivités locales.
Robert Castel caractérise ainsi le sens du changement introduit par les politiques d’insertion par rapport aux politiques antérieures d’intégration : « Il marque le passage de politiques menées au nom de l’intégration à des politiques conduites au nom de l’insertion. Par politiques d’intégration, j’entends celles qui sont animées par la recherche de grands équilibres, l’homogénéisation de la société à partir du centre. Elles procèdent par directives générales dans un cadre national (…) J’interpréterai ici les politiques d’insertion à partir de leurs différences, et même, en forçant un peu le trait, de leur opposition par rapport aux politiques d’intégration. Elles obéissent à une logique de discrimination positive : elles ciblent des populations particulières et des zones singulières de l’espace social, et déploient à leur intention des stratégies spécifiques (…) Les politiques d’insertion peuvent être comprises comme un ensemble d’entreprises de mise à niveau pour rattraper cette distance par rapport à une intégration accomplie (un cadre de vie décent, une scolarité normale, un emploi stable, etc.) ».
La loi sur le Revenu minimum d’insertion, a été votée en décembre 1988, lors d’une période de reprise de l’économie et de l’emploi : Le faible impact de cette embellie sur la résorption du chômage de longue durée imposait en effet une réaction plus globale pour faire face à des situations structurelles d’exclusion sociale d’une partie des chômeurs.
Cette loi introduit deux innovations majeures vis-à-vis des adultes chômeurs ou précaires à très faibles ressources :
Premièrement, l’instauration d’une disposition permettant d’assurer à chacun un minimum de ressources de subsistance, ainsi qu’un accès aux droits sociaux essentiels (couverture maladie et aide au logement), transforme un système d’aide sociale facultatif en un droit garanti par la loi.
Deuxièmement, l’instauration d’un volet sur l’insertion, formalisé par un contrat d’insertion entre l’ayant droit et les pouvoirs publics, engagement nécessaire en principe pour bénéficier du droit à l’allocation du RMI.
Après trois années d’application de cette loi, la Commission Nationale d’Évaluation du RMI, soulignait, d’une part, des avancées notables en termes de protection sociale et de suivi social de catégories de populations auparavant inconnues des services sociaux ; mais pointait, d’autre part, les problèmes rencontrés sur le plan de l’insertion professionnelle des ayants droit : « Les enquêtes mettent en évidence la difficulté de l’articulation entre le volet insertion du RMI et les milieux économiques, alors même qu’une partie des entreprises manifeste une relative ouverture face à l’embauche de bénéficiaires du RMI ».
La loi de 2009 sur le Revenu de solidarité active (RSA), impulsée par Martin Hirsch, est née d’un constat : les conditions de la pauvreté, liées essentiellement à la privation d’emploi à l’époque de l’instauration du RMI, se sont considérablement modifiées avec l’amplification du travail précaire et/ou à temps partiel. Ainsi en 2008, selon Martin Hirsch : « Plus de 7 millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté, dont deux millions d’enfants et quatre millions d’adultes d’âge actif. Parmi eux, la moitié est pauvre parce qu’exclue du monde du travail, l’autre moitié reste pauvre bien que travaillant ».
En conséquence, le changement principal introduit par le RSA par rapport au RMI consiste, d’une part, à l’attribution d’une allocation complémentaire sous conditions de ressources à des travailleurs en emploi, mais à faibles revenus ; d’autre part, pour les allocataires éligibles au RSA et sans emploi au départ, l’accès à un emploi faiblement rémunéré entraîne le maintien d’une partie de l’allocation (en fonction d’un plafond de ressource correspondant au total (salaire+allocation), et donc une amélioration du revenu global.
Sur le plan des politiques d’insertion, les changements concernent essentiellement, au-delà du RSA, la réorganisation du service public de l’emploi par la fusion en 2008 entre l’ANPE et L’UNEDIC au sein du Pôle emploi, ce qui est supposé favoriser le suivi individualisé des chômeurs et des précaires jeunes ou adultes.
En marge des politiques d’insertion, les pouvoirs publics ont soutenu des démarches innovantes, plus expérimentales, comme l’opération « Nouvelles qualifications » et la démarche « d’insertion par l’offre et la demande (IOD) ».
Cette expérience a comporté deux phases. La première, entre 1984 et 1989, s’est centrée sur les jeunes peu qualifiés. Elle a concerné plusieurs centaines de jeunes accueillis dans plus de 300 entreprises. La deuxième phase, de 1989 à 1992, a procédé à une généralisation des acquis de la phase antérieure – sur les méthodes d’insertion qualifiante et de réorganisation du travail au sein de l’entreprise – en direction de la requalification des salariés en activité.
Il faut d’abord noter que, sous une forme ou sous une autre, les politiques d’insertion professionnelle et sociale des jeunes et des adultes ont été relancées par tous les gouvernements successifs depuis le début des années 1980.
Sur le plan de l’insertion sociale, certains chercheurs soulignent l’importance du rôle des instances de l’insertion dans le soutien aux chômeurs, leur évitant une rupture complète avec le monde social. Ainsi, Stéphane Beaud et Michel Pialoux, insistent-ils sur « l’aide tangible que les professionnels de l’insertion apportent aux jeunes : tant matérielle (contacts avec les employeurs, petits contrats, rémunération, soutien dans les démarches administratives – inscription à l’ANPE, droit à la couverture sociale) que morale ( remise en confiance des plus fragiles, appui psychologique, etc.)[11] Dans le même sens, pour Robert Castel : « Il serait tout à fait mal venu de critiquer d’une manière unilatérale ces politiques. Elles ont à coup sûr évité bien des explosions et bien des drames, même si cette action n’est pas facilement ‘ évaluable ‘. Elles ont aussi fonctionné comme des laboratoires où s’est expérimenté un redéploiement de l’action publique. »
Sur le plan de l’insertion professionnelle, en revanche, l’appréciation relevée dans nombre d’analyses est beaucoup plus mitigée, malgré certains effets positifs concernant surtout les chômeurs les plus qualifiés. Il faut préciser, cependant, que l’ambition des politiques d’insertion professionnelle est « de freiner la progression du chômage et d’en atténuer les conséquences », en complément des politiques plus globales, macroéconomiques et structurelles. Dans cette perspective, les critiques convergent sur deux points :
Sur le plan général, la coupure entre la sphère de l’insertion et celle de la production renforce une orientation de traitement social du chômage, au détriment d’un traitement plus économique. Simon Wuhl montre qu’à l’observation, le modèle d’insertion professionnelle de coopération, c’est-à-dire d’interaction entre les acteurs de l’insertion et ceux de la production, est très peu développé dans les orientations locales.
Sur le plan de l’accès aux mesures d’insertion professionnelle, la logique générale observée n’inverse pas la tendance sélective du marché du travail particulièrement défavorable aux moins qualifiés. Florence Lefresne relève par exemple que dans le cas des jeunes, les mesures d’insertion qualifiante en entreprise (les contrats en alternance), les plus performantes en termes d’intégration professionnelle pérenne, accueillent de plus en plus les diplômés ; en revanche, les jeunes les moins formés sont relégués dans les dispositifs plus éloignés du monde de l’entreprise, avec les chances d’accès à l’emploi les plus faibles.
Une critique importante de la politique d'insertion professionnelle est qu'elle n'aurait pas réellement d'effet sur la quantité d'emploi mais ne ferait varier que les individus occupant ces emplois. Cela ne remet donc pas en cause les politiques d'insertion ciblant des publics discriminés (en fonction du sexe, du handicap, de la couleur de peau, du nom, de l'age...) mais les politiques visant à faire de l'insertion généralisée qui au final rendraient inefficaces les insertions ciblées.
Une autre critique porte plus sur la dimension politicienne de cette volonté affichée de développer l'insertion professionnelle comme cela fut fait en France, en 2007, via la loi LRU qui a ajoutée aux missions de l'université l'insertion professionnelle ou via le développement de la préoccupation constante de la notion d'insertion professionnelle au sein du lycée et par certains aspects au collège qui servirait en réalité a sorti de l'école les élèves en échec scolaire et d'influer sur le contenu des programmes. Le monde de l'éducation estime dans sa grande majorité que l'enseignement ne doit pas avoir une vision utilitariste et que d'autres aspects sont autrement plus importants tel que former des citoyens, transmettre des connaissances ou développer l'esprit critique.