Marthe Richard
Prostitution
À Nancy, Marthe Richard devient apprentie cullotière, à quatorze ans, puis elle on la retrouve inscrite en 1905, soit deux ans plus tard, comme prostituée. Elle rencontre en 1907, et épouse Henri Richer, riche industriel, mandataire aux Halles.
Aviatrice
Marthe Richer obtient son brevet de pilote le 7 juin 1913 (n°1369). Elle a, auparavant, fait un peu d'aérostation, et est membre de la Stella, un aéroclub féminin créé en 1908 par l'aéronaute de l'Aéronautique Club de France Marie Surcouf qui regroupe les premières aéronautes sportives puis les premières aviatrices. Par la suite, elle participe à des meetings aériens dont celui de Nantes, de Château-Gontier et de Pornic. Elle se blesse grièvement le 31 août 1913 à La Roche-Bernard en atterrissant sur un terrain non approprié. Elle passe trois semaines dans le coma et en gardera des séquelles à vie.
Elle reprend son entrainement le 5 février 1914 sur son tout nouveau Caudron G.3 pour participer au meeting de Zurich.
Elle donne à penser à la presse de l'époque qu'elle a volé depuis Le Crotoy, en baie de Somme, jusqu'à Zurich avec son avion. En fait, elle accompagne un certain « Poulet » et ils n'atteignent que la Bourgogne d'où, démontant leur avion, ils le convoient par train jusqu'à la campagne zurichoise d'où ils décollent.
Espionne
En 1914, elle participe à la fondation de l'Union Patriotique des Aviatrices Françaises dans le but de devenir pilote militaire ; c'est un échec.
En 1916 elle se retrouve veuve de guerre. Elle devient, grâce à son amant (jeune anarchiste russe appartenant au Deuxième Bureau), espionne sous les ordres du capitaine Ladoux. Pour approcher l'attaché naval allemand à Madrid, Von Krohn, elle en devient sa maîtresse. En rentrant en France, elle découvre que son nom est rayé du service et le capitaine Ladoux emprisonné.
En 1926, elle épouse le Britannique Thomas Crompton, directeur financier de la fondation Rockefeller, mécène de la restauration du Petit Trianon, qui meurt subitement en 1928 à Genève. Elle mène alors grand train à Bougival.
En 1930, le capitaine Ladoux, libéré et rétabli au poste de commandant, publie ses Mémoires romancées. Le volume sur Richer intitulé « Marthe Richard espionne au service de la France » ne fut, lui, qu'invention. Celle-ci, réclamant la moitié des énormes droits d'auteur amassés, reçoit le conseil d'écrire ses propres mémoires... affabulées. Elle publie, sous le pseudonyme de Richard donc, un best-seller : Ma vie d'espionne au service de la France (adapté au cinéma en 1937) et devient brusquement une héroïne. Sous la pression médiatique, son amant Édouard Herriot, chef du gouvernement de l'époque, obtient le 17 janvier 1933 la légion d'honneur à M veuve Crompton dans la catégorie Affaires étrangères.
Seconde Guerre mondiale
Alors que pendant la Seconde Guerre mondiale, tout le monde admire son courage, elle n' est pas inquiétée par l'occupant nazi, pour la simple et bonne raison qu'elle est inconnue des services allemands. Vexée par cette indifférence, elle finit par se rendre dans les locaux de la Gestapo où elle déclare : « Messieurs, je suis Marthe Richard, celle qui vous a fait tant de mal au cours de la dernière guerre ». L'officier lui fait répéter son nom, qui ne lui dit rien, et pour cause, sa vie d'« espionne » durant la Première guerre n'est que pure affabulation. Elle se rapprocha d'ailleurs de certains membres de la Gestapo, ainsi que de François Spirito, un mafieux marseillais et collaborateur.
Élue de la Résistance
En 1945, héroïne des deux guerres, elle est élue conseillère dans le 4 arrondissement de Paris sur la liste de la Résistance Unifiée (proche du MRP). Bien que mentionnés sur des documents officiels, ses hauts faits de résistance ont aussi rencontré beaucoup de scepticisme avec trop de contradictions troublantes.
La fermeture des maisons closes
Elle dépose le 13 décembre 1945 devant le conseil municipal un projet pour la fermeture des maisons closes. Sa proposition est votée et le préfet Charles Luizet décide de fermer les maisons du département de la Seine dans les 3 mois. Encouragée, Marthe Richard commence une campagne de presse pour le vote d'une loi généralisant ces mesures.
Le 9 avril 1946, le député Marcel Roclore présente le rapport de la Commission de la famille, de la population et de la santé publique, et conclut à la nécessité de la fermeture. Le député Pierre Dominjon dépose une proposition de loi dans ce sens.
Votée le 13 avril 1946, le fichier national de la prostitution est détruit et environ 1400 établissements sont fermés, dont 180 à Paris : le Chabanais ([[2 arrondissement de Paris|2 arrondissement]], connu depuis 1820), le Sphinx, la Rue des Moulins, le One-two-two mais aussi les sinistres maisons d’abattage comme le Fourcy et le Charbo... Beaucoup de tenanciers de maisons closes se reconvertirent en propriétaires d'hôtels de passe. La prostitution est alors une activité libre ; seules sont interdites son organisation et son exploitation - le proxénétisme - et ses manifestations visibles.
Ceci vaut à Marthe Richard le pseudonyme humoristique de « Veuve qui Clôt », en référence à la maison de Champagne.
Controverses
En 1948, on découvre que M Crompton étant anglaise par mariage (sa réintégration fut refusée en 1937) et que son élection était donc illégale ainsi que les votes auxquels elle avait participé. L'affaire n'a cependant pas de suites.
Après quoi, le directeur du Crapouillot Jean Galtier-Boissière remet en cause les services à la nation de Marthe Richard et l'inspecteur de la Sûreté nationale Jacques Delarue, « spécialiste » des faux héros de guerre, qui enquête pendant deux ans avant de l'accuser d'organisation de malfaiteurs, de vol de bijoux et de recel en juin 1954. A nouveau, l'affaire ne connaît pas de suites.
Puis elle fonde un prix de littérature érotique, le prix Tabou, publie des livres dont Appel des sexes dans lequel elle revient un peu sur ses positions. Elle est aussi l'auteur de souvenirs, adaptés avec succès au cinéma (Edwige Feuillère y tenait le rôle).
Elle fait des conférences sur sa « vie d'espionne » et meurt à 93 ans en 1982 à son domicile. Elle est enterrée au cimetière du Père-Lachaise.