La méthode de Tschirnhaus, imaginée et mise au point par Ehrenfried Walther von Tschirnhaus, est une tentative de résoudre le point clé de la théorie des équations à savoir trouver une méthode générale de résolution de l'équation polynomiale. Cette méthode tente de ramener l'équation que l'on veut résoudre à d'autres équations de degré moins élevé. Cette méthode échoue de façon certaine pour les équations de degré supérieur ou égal à cinq qui ont un groupe de Galois non résoluble.
Le principe de la méthode consiste à faire un changement de variable en posant :
y=bn−1xn−1+bn−2xn−2+⋯+b1x+b0
Une transformation de ce type se nomme transformation de Tschirnhaus.
En éliminant x entre cette relation et l'équation à résoudre, on obtient une équation de degré n et d'inconnue y dont les coefficients dépendent de bn−1,bn−2,bn−3,…,b1,b0. On va alors essayer de déterminer bn−1,bn−2,bn−3,…,b1,b0 de façon à obtenir une équation en y plus simple à résoudre, par exemple de la forme :
yn−c=0
Pour cela, dans l'équation en y, on pose égal à 0, tous les coefficients des monômes de degré 1 à n-1. On obtient ainsi un système de n-1 équations à n inconnues bn−1,bn−2,bn−3,…,b1,b0. Ces valeurs, une fois obtenues, sont reportées dans la relation :
y=bn−1xn−1+bn−2xn−2+⋯+b1x+b0
Où y prendra successivement pour valeur l'une des n racines de c.
Nous nous sommes donc ramené à la résolution de n équations en x de degré n-1. Nous pouvons renouveler ainsi l'opération jusqu'à obtenir des équations de degré suffisamment bas pour pouvoir les résoudre.
Application à la résolution des équations cubiques
Nous allons exposer la méthode sur l'exemple suivant :
x3+x−2=0
Posons :
y=ax2+bx+c(∗)
Les deux équations précédentes se mettent sous la forme :
{x3=2−xy−c−bx=ax2
Nous devons éliminer x entre ces deux équations. Pour cela, nous remplaçons la première équation par le produit membre à membre de ces deux équations. Après simplification, nous obtenons :
{bx2=ax+xy−cx−2ay−c−bx=ax2
Cette façon de procéder permet de diminuer le degré de l'une des équations par rapport à x. Nous allons donc réitérer le processus jusqu'à ce que x ait disparu de l'une des équations. D'autre part, comme nous faisons des produits membre à membre, nous risquons d'introduire des solutions parasites. Il nous sera donc nécessaire à la fin de la résolution de vérifier que toutes les solutions trouvées vérifient bien l'équation à résoudre.
Après un nouveau produit membre à membre, nous obtenons :
{a2x+axy−acx+b2x=2a2+by−bcy−c−bx=ax2
Après un nouveau produit membre à membre en remplaçant cette fois la deuxième équation, nous obtenons :
Il nous suffit de reporter ces trois valeurs de y dans (***) pour obtenir successivement les trois équations du second degré suivantes :
(621−27)x2+3x+421−18=1021−42
(621−27)x2+3x+421−18=21−521+(157−213)i
(621−27)x2+3x+421−18=21−521−(157−213)i
Qui se simplifient sous la forme :
(221−9)x2+x+8−221=0
(221−9)x2+x+321−13+(57−73)i=0
Il ne nous reste plus qu'à résoudre ces trois équations pour en déduire les valeurs possibles de x. Les trois discriminants de ces équations du second degré sont respectivement :
Comme nous avons fait des produits membre à membre au début, nous risquons d'avoir introduit des racines parasites. Nous devons donc vérifier que les valeurs obtenues pour x vérifient bien l'équation à résoudre. Nous constatons que seulement trois des six valeurs obtenues sont bien solution de l'équation. Ces valeurs sont :
x1=1
x2=2−1+i7
x3=2−1−i7
Méthode particulière pour les équations du quatrième degré
Considérons l'équation générale du quatrième degré suivante : a4x4+a3x3+a2x2+a1x+a0=0
En divisant par a4 et en posant
x=z−4a4a3
on se ramène à une équation de la forme :
z4+cz2+dz+e=0
Considérons la transformation de Tschirnhaus suivante :
y=z2+pz+2c
En éliminant z entre les deux relations précédentes, nous obtenons l'équation du quatrième degré en y suivante :