Comme professionnel
Les débuts
Sa première publication dans le journal Spirou a lieu dans le numéro 549 du 14 octobre 1948 sous le pseudonyme de « Mitak », il s'agit d'une nouvelle intitulée Les trois chances. Il opte l'année suivante pour le pseudonyme de « Mitacq ». Selon son frère ainé Adolphe, la signature 'Mitacq' a été choisie par Michel pour sa sonorité, en référence au "tic-tac", évoquant le mouvement de balancier de la pendule. Par la suite il ferra à plusieurs reprises des illustrations pour Spirou. A coté de cette collaboration il scénarise une histoire publiée dans l'Hebdomadaire des grands récits et dessiné par M. Mimme, intitulé Louis Bellejoie, ainsi que plusieurs histoires scouts dans les journaux Plein-Jeu et Carrefour.
Il entre à la World's Press en 1951, une agence dirigé par Georges Troisfontaines qui fourni de nombreuses histoires et rubriques au journal Spirou. Il va alors dessiner, jusqu'en 1954, une vingtaine d'histoires de la série Les Belles Histoires de l'oncle Paul, avec les conseils d' Eddy Paape et des scénario d'Octave Joly, ainsi que des planches éducatives de la rubrique Le coin des petits curieux dans le journal Spirou. Parallèlement il fait des illustrations pour La Libre Junior et un illustre seul le n 3 de Marabout-Junior pour son ami scout Jean-Jacques Schellens.
La Patrouille des Castors
Il se bat au sein de la World's Press pour pouvoir dessiner une série sur les scouts. Jean-Jacques Schellens lui écrit un scénario regroupant une quarantaine de brèves séquences où la patrouille, au nombre de quatre, part dans différentes explorations. Une première demi-planche d'essai est envoyée à la World's Press et après une année d'attente la série est accepté. En 1953, Charles Dupuis accepte finalement lui aussi ses personnages. Puis, tout en poursuivant son travail de peintre en bâtiments dans l'entreprise familiale la journée, Michel décide de se lancer comme professionnel en bandes dessinées, sa passion de toujours. Il suit les cours du soir de dessin et peinture au chevalet à l'Academie de St Gilles à Bruxelles, en 1954. C'est alors qu'il découvre Joseph Gillain (alias Jijé) et Sirius.
Le 25 novembre 1954 débute dans les pages du journal Spirou n 867 « Le Mystère de Grosbois », première aventure de la Patrouille des Castors ( 'De Beverpatroelje', en néerlandais ), un récit scénarisé par Jean-Michel Charlier. Jean-Jacques Schellens avait été écarté du projet par Georges Troisfontaine, patron de la World's Press, qui souhaite s'appuyer sur un scénariste connu plutôt qu'un débutant. Remodelés par Charlier, les personnages deviennent une patrouille de six composée de : Poulain (chef de patrouille), Tapir (le faire-valoir et personnage préféré de Mitacq), Mouche (le benjamin, inventé par Mitacq à la fin des années quarante), Chat (second de patrouille), Faucon (l'intellectuel) et Lapin (qui apparait seulement dans cette première histoire, personnage abandonné car manquant de caractère propre). Un trop grand nombre de personnages étant difficile à manipuler - tant au niveau du dessin que du scénario - dans des cases, Michel Tacq décide, au troisième épisode, de limiter le nombre de scouts à 5. Le succès est immédiat et la première aventure des Castors, paraît sous forme d'album en 1955 (1957 pour la France), signé M.Tacq puis Mitacq.
Pour le second épisode de La Patrouille des Castors qui parait à partir du n 902 du 28 juillet 1955, il n'hésite pas à multiplier les essais graphiques pour ce démarquer de l'influence de Pierre Joubert de plus des consignes ont été donnés par la direction de Dupuis pour que les histoires ce situe désormais en France, les lecteurs français étant devenus majoritaire à la lecture du journal. C'est donc en Bretagne que ce déroule ce second épisode une région que ne connait pas du tout Mitacq ce qui est d'autant plus difficile à dessiner. Le dessin est tout de même encore un peu confus et alterne par moment entre le réalisme et la caricature. C'est dans la troisième histoire des Castors qu'il trouvera définitivement son style en s'éloignant de l'influence graphique de Pierre Joubert. Mitacq ne fait pas que dessiner les Castors, il suggère des idées d'histoire, des ambiances et rassemble des documents sur les sujets traités. C'est lui qui notamment à l'idée de ce servir du héros de Rudyard Kipling, l'enfant sauvage Mowgli.
En 1957, Mitacq est invité au jamboree de Sutton Coldfield, en Angleterre. Là, il rencontre des scouts du monde entier, y compris des pays de l'Est, en pleine guerre froide. C'est à la suite de ce voyage qu'il demande à Charlier d'envoyer les Castors derrière le rideau de fer. Un pays imaginaire l'Esturie est crée pour l'occasion, mixe entre la Belgique et un pays de l'Europe de l'Est de l'époque, pour contourner la censure française qui empêchait de publication les bandes dessinées évoquant l'actualité. Il collabore aussi avec le journal Risque-Tout, qui appartient aussi au édition Dupuis, où il fournit trois récits de quatre planches de la Patrouille des Castors. Pour maintenir son rythme de publication il faut appel pour l'épisode n 6 à l'aide d'un vielle ami Eddy Paape qu'il connait depuis son arrivé à la World's Press. Ce dernier réalise l'encrage et les décors des planches 4 à 11, mais cette collaboration pris fin rapidement. Paape étant trop occupé avec ses propres séries. Autre rencontre, celle avec des scouts africains, il en profite pour faire des croquis de leur uniforme qu'il réutilise pour l'épisode suivant Le secret des Monts Tabou. Pour cette histoire, Mitcaq utilise pour la première fois, à partir de la planche 39, un stylo à encre de Chine pour les décors délaissant le pinceau qu'il utilisait auparavant depuis le début de sa carrière.
Frappé par la tragédie de Tignes, où après la seconde guerre mondiale des habitants de Tignes avaient été expulsés par les CRS pour la construire un barrage à la place de leurs habitations, Mitacq reprend cette idée pour l'album Le hameau englouti qui lui permet de parler d'un sujet qui lui tiens à cœur : le déracinement obligatoire.
Chez Pilote
Sa collaboration avec Jean-Michel Charlier se poursuit aussi dans le journal Pilote où il dessine les aventures de Jacques Le Gall, dès le premier numéro le 29 octobre 1959, avec la technique du lavis, pour certains épisodes, dans laquelle Mitacq excelle. Ce grand frère de la Patrouille des Castors est grand adolescent roux à qui il arrive diverses aventures rocambolesques ou fantastiques. Malgré de bonnes critiques, cette série s'arrête au bout de six épisodes pour cause de bataille éditorial.
Un professionnel accompli
A cette époque, Michel voyage dans toute l'Europe occidentale : France, Angleterre, Ecosse, Espagne, Portugal, Pays - Bas, Allemagne, Grand - Duché de Luxembourg, Italie, Danemark...,souvent à moto. Conscientisé, sa bande dessinée d'aventures devient engagée avec des valeurs de démocratie, de solidarité et de justice et, plus tard, de défense de l'environnement. La censure, encore bien active à cette époque, exercera, cependant, son contrôle sur certains textes ou dessins concernant les armes à feu, les filles, la critique de certaines dictatures...obligeant Mitacq à masquer ses idées <ToutMitacq1/Le Mystère de Grosbois>.
Mitacq se rendait régulièrement aux musées pour se documenter : Musée d'Histoire Naturelle à Bruxelles, Musée de l'Afrique à Tervueren...ou en situations réelles : championnat de motocross, terrains d'aviation, exploration de grottes... <ToutMitacq2/Sur la piste de Mowgli> Un carnet avec des croquis de personnes dont la tête l'inspirait ou de paysages rencontrés, des maquettes d'avions, de motos, de 2CV...complétaient une documentation (articles, images, photos) imposante. Il aimait dédicacer les albums lors des foires du livre et recevoir du courrier des petits lecteurs des cinq continents, qui l'arrachait au travail. Sensibilisé à l'écologie très tôt, Mitacq recyclait le papier et le carton dès les années 1980.}}
Dès 1960, Mitacq n'hésite pas à s'auto-parodier en lançant une courte série humoristique La Patrouille des Zom qui paraitra le temps de trois courts mini-récit sur scénario d'Yvan Delporte, rédacteur en chef du journal Spirou. Le premier récit est réalisé en un jour et une nuit. Mitacq ayant été prévenu à la dernière minute il mis sa famille à contribution, ainsi son frère se chargea du lettrage et sa sœur des indications de couleurs. A partir de 1965, les cinq scouts de la Patrouille des Castors deviennent scouts-pionniers.
En 1968, suite au retard pris par son scénariste pour La Patrouille des Castors, il crée sur des scénarios de Jacques Stoquart, Beckers, Maurice Tillieux et André-Paul Duchâteau, la série Stany Derval, un journaliste-reporter, entouré de jolies femmes que Michel aime spécialement dessiner et passionné, comme lui, de motos, de spéléologie et d'alpinisme. Cette série publiée pour la première fois dans le journal Spirou n 1561 du 14 mars 1968 sera animé épisodiquement jusqu'en 1979 avec près de trois cents planches.
En 1985 et en 1986, il forme de jeunes dessinateurs en République de Centre Afrique et au Ruanda. A cette époque, Michel a aussi l'occasion de visiter Israël où choqué par le formalisme de certains gardiens de lieux religieux, des amis ont témoigné qu'il se déshabilla devant l'un d'entre eux pour remplacer son short par un pantalon. Idéaliste et généreux, il mettra, par ailleurs, souvent son talent au service d'associations et de causes humanistes.
Dès 1987, il collabore avec Wasterlain dont il appréciait la finesse et la pertinence comme scénariste.
MiTacq, dessinateur réaliste, aime le dessin de Gillain, Giraud, Hermann et des Espagnols Victor de la Fuente, Gimenez, Marotto, Blasco. Il admire Franquin qui lui fera quelques croquis et les illustrateurs : René Follet et René Hausman.
Farouchement indépendant, Mitacq fait partie communément de l'école belge de dessinateurs de B.D. nommée Ecole de Marcinelle, avec comme chef de file : Jije (voir 'La maison de la bande dessinée' à Bruxelles).
Il découvre, enfin, l'Europe de l'Est à travers un voyage à Prague, après la chute du mur de Berlin.
En 1994, Michel meurt, à l'âge de 67 ans, d'un cancer et Simonne, son épouse, un an plus tard, à 59 ans, d'une maladie du coeur.
Mitacq travaillait sur sa table de dessinateur devant un miroir-triptique surlequel on pouvait lire ces phrases du petit prince de St Exupéry : "Je n'ai pas besoin de te voir pour t'aimer" et "On ne voit bien qu'avec le coeur, l'essentiel est invisible pour les yeux".