Le mouvement NO TAV est né spontanément à la suite des premières réunions publiques sur le projet qui se sont tenues depuis le début des années 1990.
Il y a eu de nombreuses manifestations contre le TAV, les plus importantes se sont tenues le 31 mai 2003 avec une marche de Borgone Susa à Bussoleno et le 4 juin 2005 avec autre une marche de Suse à Venaus rassemblant des dizaines de milliers de participants. Le soir du 5 novembre 2005 a été organisée une retraite aux flambeaux de Suse à Mompantero avec environ 15 000 participants. Le 16 novembre il y eut encore une marche de Bussoleno à Suse avec envion 50 000 participants.
Des occupations permanentes des lieux ont été organisées à Bruzolo et Borgone Susa, là où devaient commencer les premiers sondages en 2005 ainsi qu’à Venaus où devrait commencer la galerie de reconnaissance géologique (qui sera transformée par la suite en galerie de service) du tunnel de base.
Au début du mois de novembre 2005, une foreuse a été installée dans le territoire de Mompantero. Pour l'expropriation des terrains, il a fallu l'intervention des forces de l'ordre, à cause de la ferme opposition des membres du mouvement NO TAV, des maires et des citoyens. Il y eut des moments de forte tension entre des manifestants et les forces de l'ordre, qui ont conduit à des plaintes contre certaines personnes. Les forces de l'ordre ont ensuite installé des barrages dans toute la commune de Mompantero que seuls les résidents, après vérification d'identité, pouvaient franchir ; la tension était telle que les élèves se rendant à l'école devaient être escortés par des carabiniers. Le 4 novembre 2005, on a même trouvé un engin explosif à base de dynamite sur la route qui mène à Giaglione, zone non concernée par les chantiers ; les membres du mouvement NO TAV ont cependant immédiatement condamné cet acte et s'en sont dissociés.
La contestation des NO TAV Val di Susa
Différentes raisons expliquent ces contestations :
- Compte tenu de la durée des travaux (estimée à au moins 12 ans), on peut prévoir en transit par les routes de la vallée un grand nombre de poids lourds nécessaires pour le transport d'environ 16 millions de m³ de matériaux extraits pour le creusement du tunnel.
- Il a été démontré que les montagnes du Val de Suse, qui devraient être traversées par de longs tunnels, sont formées de roches contenant de l’amiante et de l'uranium. Les opposants au creusement craignent que, à l’occasion des travaux et du transport des matériaux, ces substances puissent se répandre dans l'environnement, même dans des conditions atmosphériques ordinaires, jusqu'à la banlieue de Turin. Ce point est toutefois très controversé en ce sens que d'un côté les manifestants s'opposent même aux carottages nécessaires à l'étude des caractéristiques géologiques des montagnes concernées, et de l'autre ils échafaudent des scénarios mal établis scientifiquement (en effet tant l'uranium que l'amiante sont dangereux en cas d'inhalation et pour l'amiante il n'existe pas de seuil minimum, c’est pourquoi même une seule fibre inhalée peut provoquer un mésothéliome). Il faut rappeler que la concentration de cette substance est considérée comme l’une des causes d'un taux élevé de malformations et maladies diverses qui ont touché en particulier la population du Val de Suse, bien que cela n’a pas encore été démontré scientifiquement.
- La nouvelle ligne à grande vitesse sera affectée seulement au transport de marchandises. Selon une étude effectuée par le groupe NO TAV, il apparaîtrait que son utilisation équivaudrait à celle de la ligne historique, sauf qu’il faudrait amortir sur de nombreuses années les dettes nées de sa construction (les coûts dépasseraient en fait les bénéfices possibles pendant de nombreuses années).
- Il serait plus économique d'aménager la ligne classique que de construire une nouvelle ligne à double voie.
- Risques de débordement de la Doire Ripaire dus aux travaux dans la zone et divers problèmes hydrauliques à cause des excavations.
- La construction d’une nouvelle ligne électrique (beaucoup plus importante que celle existante, qui avait déjà dans le passé été la cause d’un certain mécontentement de la population du Val de Suse) s’intègrerait mal dans la région traversée (dans laquelle se trouve aussi un château – sans parler à nouveau des problèmes d’ordre géologique).
- Problèmes concernant les nuisances acoustiques déjà rencontrées pour la ligne à grande vitesse du centre de l’Italie, aggravées du fait de la configuration locale (une vallée entourée de hautes montagnes).
- Les tunnels projetés auront des dizaines de kilomètres de long et en cas d’accidents ou de problèmes techniques, il est probable, vu ce qui s’est produit dans les autres tunnels alpins, que se produiront des situations d’urgence particulièrement difficiles à gérer (selon certains totalement ingérables).
- Si l’entretien des lignes actuelles par les chemins de fer italiens laisse à désirer, il est à présumer que la ligne à grande vitesse connaîtra le même destin, et pour cette raison les NO TAV réclament, au lieu de la construction d’une nouvelle ligne, l'entretien et pourquoi pas l'amélioration de la ligne existante.
L'opinion publique et le monde politique sont perplexes à propos de ces manifestations : les uns appuient les contestataires, les autres les critiquent soutenant qu'il s'agit de manifestations typique du « syndrome du NIMBY ». Ces travaux sont importants pour le développement des infrastructures de transport italiennes et européennes, mais si les objections émises étaient fondées, les NO TAV demandent s’il n’y aurait pas lieu de mettre la santé publique et l'environnement au dessus d’un développement technologique inconditionnel.
Manifestations dans le Val de Suse
Pour empêcher la réalisation des carottages, des milliers de personnes (principalement des habitants des lieux, mais aussi des personnes originaires d'autres régions) ont occupé les chantiers. Pour permettre l’avancement des travaux, les autorités ont envoyé la police en tenue anti-émeute (bouclier et matraque) pour disperser les manifestants pendant la nuit du 6 décembre, dans ce qui a été qualifié de « contact physique » par la préfecture de police et de « massacre de manifestants pacifiques, de femmes et de pensionnés » par les manifestants.
La préfecture de police nie que la police ait employé des méthodes violentes et affirme que les manifestants ont provoqué les forces de l'ordre, les attaquant avec des bâtons et leur lançant des pierres. Selon les manifestants, la police a chargé le piquet d’occupation frappant violemment tous ceux qui s’y trouvaient, « principalement femmes et personnes âgées », même si ceux-ci « n'opposèrent aucune résistance » et levèrent « les mains en l'air ». Selon Indymedia, le préfet de police adjoint, Sanna, menant le forcement d'une barricade, aurait dit « massacrez les tous » (lien). Les manifestants dénoncent entre autres les coups subis par les journalistes et les photographes présents sur les lieux des affrontements, qui auraient été ainsi empêchés de témoigner sur ces événements.
Des milliers de personnes se sont jointes à la manifestation et ont reconstitué le piquet d’occupation, occupant à nouveau les chantiers le 8 décembre. La préfecture de police a préféré ne pas envoyer la police et enlever quelques barrages.
Le ministre Lunardi a commenté les accusations des manifestants ainsi : « qu'ils disent et qu'ils fassent ce qu'ils veulent, la TAV se fera ».
Selon le ministère de l'Intérieur, se sont infiltrés dans ce mouvement quelques 1000 « antagonistes » violents, dans le seul but de déstabiliser la situation. A l’appui de cette thèse, il y a l’attaque dont a été victime dans un train le député européen de la Ligue du Nord, Mario Borghezio, frappé le 17 décembre 2005 ainsi que deux policiers par des dizaines de « no-global » qui menaçaient de le jeter du train en marche.
Le ministre de l’intérieur, Pisanu, s’est par la suite excusé officiellement auprès des « citoyens pacifiques du Val de Suse qui ont subi des dommages physiques lors du dégagement du chantier de Venaus »