L'objectif est de construire un surcorps ∗R de R possédant des nombres infiniment grands et infiniment petits. Ce surcorps devra rester totalement ordonné et vérifier que tout nombre x non infiniment grand s'écrit x*+ε avec x* un nombre réel et ε un nombre infinitésimal.
Cette construction fait assez naturellement intervenir des suites de nombres réels ; ainsi la suite (1 / n) s'interprète comme un nombre infiniment petit et (n) comme un infiniment grand. Les nombres réels sont préservés dans les suites constantes. L'addition et la multiplication des suites fournissent de bonnes bases pour obtenir une structure de corps. Malheureusement il manque l'ordre total : il n'est pas clair si le nombre hyperréel défini par la suite oscillante (1, -1, 1, -1, ...) est strictement positif ou strictement négatif. On observe cela dit qu'étant donné deux suites de réels, les ensembles d'indices où l'une est supérieure à l'autre sont complémentaires. Choisir un ordre total sur les nombres hyperréels est donc équivalent à choisir une partie de N dans chaque couple de parties (A;N∖A). Ce dernier choix amène directement à la notion d'ultrafiltre sur N, de laquelle découle toute la construction qui suit.
La construction des hyperréels se fait à partir d'un ultrafiltre U sur N qui ne contient aucune partie finie de N (on dit que c'est un ultrafiltre libre). On ne peut malheureusement pas exhiber un tel ultrafiltre U, dont l'existence repose sur le raffinement du filtre des parties cofinies de N par le lemme de Zorn, et donc en définitive sur l'axiome du choix.
On construit l'ensemble M des suites de réels (zn) dont l'ensemble des indices n où zn = 0 est un élément de l'ultrafiltre. On peut écrire de manière condensée M={a∈RN ∣ a−1({0})∈U}. Un tel ensemble M est un idéal maximal de l'anneau commutatif des suites de réels RN. Donc l'anneau quotient RN/M est un corps ordonné commutatif qui contient R. Cet ensemble (muni des lois induites par le quotient) est un surcorps de R totalement ordonné. Il contient par exemple l'infiniment petit (1,1/2,1/3,...,1/n,...) (ou plus précisément la classe d'équivalence de cette suite). On perd par contre le théorème de la borne supérieure sur les nombres hyperréels.
On note que le cardinal de ∗R est 2ℵ0 et donc cet ensemble est équipotent à R ; cependant, on peut montrer que l'ensemble exact obtenu dépend de l'ultrafiltre choisi : tous les systèmes de nombres hyperréels construits ainsi ne sont pas isomorphes entre eux.