Résultats du modèle en couches : nombres « magiques » et « semi-magiques »
Le modèle en couches standard — conceptualisé notamment par les physiciens allemands Maria Göppert-Mayer et J. Hans D. Jensen, qui ont partagé le prix Nobel de physique 1963 — propose l'organisation des nucléons en niveaux d'énergie quantifiés comme présenté dans le tableau ci-dessous (tenant compte du couplage spin-orbite, le spin étant indiqué en indice) dont dérivent les nombres magiques de nucléons dans le noyau atomique par un principe d'Aufbau cumulatif similaire à celui des électrons dans l'atome :
| Sous-couche 1s 1/2 | 2 états | → 1 nombre magique = 2 |
| Sous-couche 1p 3/2 | 4 états | | nombre semi-magique : 6 |
| Sous-couche 1p 1/2 | 2 états | → 2 nombre magique = 8 |
| Sous-couche 1d 5/2 | 6 états | | nombre semi-magique : 14 |
| Sous-couche 2s 1/2 | 2 états | | nombre semi-magique : 16 |
| Sous-couche 1d 3/2 | 4 états | → 3 nombre magique = 20 |
| Sous-couche 1f 7/2 | 8 états | → 4 nombre magique = 28 |
| Sous-couche 1p 3/2 | 4 états | | nombre semi-magique : 32 |
| Sous-couche 1f 5/2 | 6 états | | nombre semi-magique : 38 |
| Sous-couche 2p 1/2 | 2 états | | nombre semi-magique : 40 |
| Sous-couche 1g 9/2 | 10 états | → 5 nombre magique = 50 |
| Sous-couche 1g 7/2 | 8 états | | nombre semi-magique : 58 |
| Sous-couche 2d 5/2 | 6 états | | nombre semi-magique : 64 |
| Sous-couche 2d 3/2 | 4 états | | nombre semi-magique : 68 |
| Sous-couche 3s 1/2 | 2 états | | nombre semi-magique : 70 |
| Sous-couche 1h 11/2 | 12 états | → 6 nombre magique = 82 |
| Sous-couche 1h 9/2 | 10 états | | nombre semi-magique : 92 |
| Sous-couche 2f 7/2 | 8 états | | nombre semi-magique : 100 |
| Sous-couche 2f 5/2 | 6 états | | nombre semi-magique : 106 |
| Sous-couche 3p 3/2 | 4 états | | nombre semi-magique : 110 |
| Sous-couche 3p 1/2 | 2 états | | nombre semi-magique : 112 |
| Sous-couche 1i 13/2 | 14 états | → 7 nombre magique = 126 |
| Sous-couche 2g 9/2 | 10 états | | nombre semi-magique : 136 |
| Sous-couche 3d 5/2 | 6 états | | nombre semi-magique : 142 |
| Sous-couche 1i 11/2 | 12 états | | nombre semi-magique : 154 |
| Sous-couche 2g 7/2 | 8 états | | nombre semi-magique : 162 |
| Sous-couche 4s 1/2 | 2 états | | nombre semi-magique : 164 |
| Sous-couche 3d 3/2 | 4 états | | nombre semi-magique : 168 |
| Sous-couche 1j 15/2 | 16 états | → 8 nombre magique = 184 |
Les nombres dits « semi-magiques » correspondent à la saturation d'une sous-couche nucléaire, tandis que les nombres dits « magiques » correspondent à la saturation d'une couche nucléaire. Tous les nombres semi-magiques sont loin d'avoir été observés, tout dépend du degré de dégénérescence des sous-couches nucléaires ; les nombres magiques, en revanche, sont assez clairement mis en évidence par l'expérience. Les noyaux constitués par un nombre magique de protons et un nombre magique de neutrons sont particulièrement stables, ceux qui sont radioactifs ayant une radioactivité inférieure à celle attendue à partir de la formule de Weizsäcker issue du modèle de la goutte liquide :
- hélium 4 avec 2 protons et 2 neutrons, stable
- oxygène 16 avec 8 protons et 8 neutrons, stable
- silicium 42 avec 14 protons et 28 neutrons, plus stable que calculé bien qu'il ait deux fois plus de neutrons que de protons ; le nombre 14 apparaît ici comme semi-magique et marquerait la saturation de la sous-couche nucléaire 1d 5/2 en plus des deux couches nucléaires sous-jacentes
- calcium 40 avec 20 protons et 20 neutrons, stable
- calcium 48 avec 20 protons et 28 neutrons, stable malgré son excès de neutrons
- nickel 48 avec 28 protons et 20 neutrons, moins radioactif qu'attendu malgré son très fort excès de protons
- étain 100 avec 50 protons et 50 neutrons, plus stable qu'attendu (l'étain 50Sn a d'ailleurs dix isotopes stables, alors que ses voisins l'indium 49In et l'antimoine 51Sb n'en ont respectivement qu'un et deux), avec la particularité d'être fortement déficitaire en neutrons et pourtant d'avoir un isotope Sn avec un noyau à halo de neutron autour d'un cœur Sn, ce qui s'observe normalement pour les noyaux ayant un excès de neutrons.
- rhodium 103 avec 45 protons et 58 neutrons, seul isotope stable du rhodium qui, avec 45 protons, aurait une sous-couche 1g 9/2 remplie à moitié (d'où une moins grande stabilité) et ne serait stable qu'avec le nombre « semi-magique » de 58 neutrons
- étain 132 avec 50 protons et 82 neutrons, moins radioactif que calculé
- plomb 208 avec 82 protons et 126 neutrons, le plus lourd de tous les nucléides stables
La multiplication d'observations de ce genre appuie le modèle en couches du noyau atomique de façon convainquante depuis un bon demi-siècle.
Îlot de stabilité et nombres magiques
Les nombres magiques jouent un rôle déterminant dans les stratégies suivies par les différentes équipes en quête de l'îlot de stabilité, un ensemble hypothétique de nucléides superlourds (Z≫100 et N≫250) qui seraient remarquablement stables malgré leur masse élevée, avec des périodes radioactives excédant peut-être la minute. La tentation première serait de cibler un noyau doublement magique constitué de 126 protons et 184 neutrons, c'est-à-dire l'unbihexium 310, mais les choses ne sont pas si simples.
En effet, si la situation est relativement claire pour les six premiers nombres magiques ainsi que pour le septième nombre magique de neutrons, il semble que le septième nombre magique de protons soit peut-être différent de 126 en raison de l'effet du grand nombre de neutrons dans de tels noyaux, ce qui déplace d'autant l'hypothétique îlot de stabilité :
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la théorie MM (pour Microscopic-Macroscopic) suggère de rechercher un îlot de stabilité concentré autour de l'ununquadium 298, dont le noyau à 114 protons et 184 neutrons serait « doublement sphérique », à la suite du plomb 208
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la théorie de champ moyen relativiste (RMF, pour Relativistic Mean-Field Theory) suggère plutôt un îlot de stabilité diffus autour des noyaux Ubn, Ubb ou Ubh selon les paramètres retenus, c'est-à-dire avec 184 neutrons mais respectivement 120 protons, 122 protons ou 126 protons.
Cependant, des calculs fondés sur l'effet tunnel montrent que, si des noyaux doublement magiques ou sphériques seraient, dans ces régions, probablement stables du point de vue de la fission spontanée, ils devraient cependant subir des désintégrations α avec une période radioactive de quelques microsecondes. C'est la raison pour laquelle on se concentre plutôt aujourd'hui sur la recherche d'un îlot de relative stabilité centré autour du darmstadtium 293 et défini par Z ∈ [104 ; 116] et N ∈ [176 ; 186].