Henry de Monfreid, lors d'une escale à Assab (Érythrée), parle ainsi de ce palmier :
« [...] je vois circuler des bouteilles mousseuses. C'est du vin de palme. Je l'ai goûté, ce n'est pas désagréable, ça rappelle le cidre un peu dur ; frais ce serait bon.
Ce liquide est la sève fermentée d'un palmier appelé doum, qui n'est autre que le coroso ; c'est, dans le règne végétal, un type dans le genre du chameau dans le règne animal. Ce palmier ne demande pour vivre que du sable aride et le souvenir de la pluie. Dans ces conditions de sobriété, il lance dans le ciel bleu de longues tiges qui bifurquent comme d'étranges candélabres et de terminent par de petits plumeaux de feuilles en lames de sabre.
On coupe la tête de jeunes pousses à l'extrémité des rameaux et, aussitôt, la sève afflue et s'écoule ; on suspend, pour la recuillir, un cornet de feuilles de palmier roulées en spirales. Cela fait une sorte de panier étanche pouvant contenir de trois quarts de litre à un demi-litre. On le vide chaque matin de ce qu'il a recueilli en vingt-quatre heures, soit environ un quart de litre, un peu moins si le sous-sol est très sec.
Que de fois j'ai eu recours à cet arbre providentiel; on enfonce le couteau dans le tronc ; on tète ensuite, à même la blessure, cette sève saumâtre et fade quand elle n'est pa fermentée ; elle désaltère, faute de mieux.
Le fruit est une grosse pomme brune, la chair n'a qu'un demi-centimètre d'épaisseur, filandreuse et douceâtre ; on peut, à la rigueur la sucer. Mais c'est le noyau, gros comme un œuf et dur comme de l'ivoire qui a le plus de valeur ; il sert à faire des boutons, dit de coroso [...].
La feuille appelée « tafi », donne toutes les nattes, tapis, sacs d'emballage employés depuis Port Soudan jusqu'à Zanzibar. Les Danakil et les Somalis en tissent des objets d'ornement tels que les tapis de prière, corbeilles, etc. Enfin le tronc, quand on lui a tout pris, fruits, feuilles et sève, sert à faire des poutres ou des chevrons.
C'est pour un arbre une belle carrière de servitude ! »