Pierre-Amand Landry (né le 1 mai 1846 à Memramcook, au Canada, et mort le 28 juillet 1916 à Dorchester), était un enseignant, un avocat, un juge et un homme politique canadien.
Origines
Amand Landry, le père de Pierre-Amand. Portrait datant de 1870.
Pierre-Amand Landry naît le 1 mai 1846 à Memramcook, au Nouveau-Brunswick. Son père est Amand Landry et sa mère est Pélagie Caissie (Casey); il est le quatrième d'une famille de neuf enfants et le fils aîné. Memramcook est l'une des plus anciennes localités acadiennes et la famille Landry est établie en Acadie depuis les origines. L'un de ses ancêtres est le gouverneur de l'Acadie Charles de Saint-Étienne de La Tour (1593-1666). Le premier ancêtre acadien des Caissie ou Casey est Roger Kessey, né en Irlande vers 1648.
Son père est tout d'abord instituteur avant d'acheter une ferme; il est l'un des hommes les plus influents du village. L'année de la naissance de son fils Pierre-Amand, il se fait élire député de la circonscription de Westmorland à l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick. Il est le premier acadien de la province a avoir occupé un poste aussi important.
Éducation et premiers emplois
Albert James Smith.
Vue de Memramcook à partir des marais.
Pierre-Amand Landry fait ses études primaires à l'école de Memramcook-Ouest. Son père souhaite qu'il suive une carrière politique et il l'inscrit à la Fredericton Collegiate School en 1856. Après deux ou trois ans d'études, il obtient un brevet d'enseignement de troisième classe. Son séjour lui permet aussi de se familiariser avec la culture anglaise. De plus, il se rend régulièrement à l'Assemblée législative lorsque son père participe aux débats et il est donc initié précocement aux joutes politiques.
Afin de poursuivre ses études, Pierre-Amand enseigne durant quelques années au sud-est de la province. Il retourne aux études en 1864, l'un des premiers élèves inscrit au Collège Saint-Joseph de son village natal; il s'y perfectionne en art oratoire.
En 1867, il fait un stage de clerc dans le cabinet d'avocat de Albert James Smith, qui avait été démis de sa charge de premier ministre de la province l'année précédente.
Reçu procureur en 1869 et admis au Barreau en 1870, il est le premier Acadien à être avocat. Il déménage à Dorchester, le chef-lieu du comté de Westmorland, où il installe son cabinet.
Il épouse Bridget Annie McCarthy à Saint-Jean le 17 septembre 1872. Le couple a onze enfants, dont quatre morts en bas âge.
Député provincial
Son père, Amand Landry, se retire de la vie politique juste avant l'élection provinciale de 1870. Âgé de 24 ans, son fils Pierre-Amand décide de prendre sa relève et il est choisi comme candidat pour la circonscription électorale de Westmorland. L'élection se produit en pleine Question des écoles du Nouveau-Brunswick. Le premier ministre sortant, George Edwin King, proposa de réformer le système scolaire en 1869, en instaurant les commissions scolaires et une taxe scolaire. Face à l'opposition des journaux catholiques comme Le Moniteur acadien et The Morning Freeman, il retira le projet juste avant l'élection. Le projet fait toutefois des remous durant la campagne, créant des tensions ethniques et religieuses, entre les Acadiens et Irlandais catholiques et les Anglais et Écossais protestants. Cette situationpousse les Acadiens à défendre leurs intérêts publiquement. Landry propose l'instauration de deux réseaux scolaires distincts, l'un laïc et l'autre catholique, financés par le gouvernement. Conscient de son influence, King lui propose un poste de commissaire des Travaux publics s'il se joint au parti du Gouvernement, ce qu'il refuse. Pierre-Amand Landry est finalement élu le 5 juillet 1870.
En avril 1871, le gouvernement King réintroduit le projet de la Loi 87, ou Loi des écoles communes (Common Schools Act). Un article est ajouté, proposant de rendre les écoles laïques. Malgré l'opposition des catholiques, le projet de loi est adopté par la majorité des députés, qui sont protestants. Les catholiques refusent alors de payer la taxe scolaire, malgré les pressions du gouvernement, et demandent l'aide du gouvernement fédéral, sans succès.
La réforme scolaire est toujours l'enjeu principal lors de l'élection provinciale de 1874. Sollicitant l'appui de la majorité protestante afin d'empêcher les catholiques d'abroger la loi, le gouvernement obtient une majorité importante; Landry est l'un des députés perdant son siège.
Affaire Louis Mailloux
Caricature de la fusillade de Caraquet.
Pierre-amand Landry reprend sa carrière d'avocat peu après sa défaite électorale. La Question des écoles du Nouveau-Brunswick dégénère en janvier 1875. lors de l'affaire Louis Mailloux, à Caraquet, ou deux personnes sont tuées et neuf Acadiens accusés de meurtre. Il est nommé assistant de l'avocat de la défense, Samuel Robert Thomson. Tous deux réussissent à faire libérer les accusés. Un compromis est ensuite trouvé, permettant entre autres l'enseignement religieux après les cours réguliers; cette victoire assoit la réputation de Landry comme défenseur de la cause acadienne.
La French Power
L'édifice de l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick.
Il devient le premier préfet de la municipalité du comté de Westmorland en 1877.
Les tensions ethniques et religieuses s'étant atténuées, Landry se présente comme candidat indépendant lors de l'élection de 1878, pour la circonscription provinciale de Westmorland. Il se range finalement avec les conservateurs et fait la promotion d'une politique de modération et de tolérance, la seule avantageuse pour les acadiens à son avis, tout en évitant de mentionner la Question des écoles. Ses cocandidats sont les anglophones Daniel Lionel Hanington, Joseph Laurence Black et Amasa Emerson Killam, qui se sont associés à Pierre-Amand Landry dans le but de rallier les Acadiens du comté; ils remportent tous l'élection du 22 juin 1878.
Afin de se rallier les catholiques - Acadiens et Irlandais - qui avaient surtout votés pour des candidats indépendants, ainsi qu'en reconnaissance de l'importance des circonscriptions de Westmorland et du Nord-est de la province, le premier ministre John James Fraser nomme pour la première fois des catholiques au Conseil exécutif. Landry est assermenté Commissaire des Travaux publics le 13 juillet 1878; ce poste est très convoité car il confère de vastes pouvoirs discrétionnaires.
Le prédécesseur de Landry, William Moore Kelly, favorisait le comté de Northumberland, qui recevait plus d'argent pour la réfection des ponts comparativement au comté de Westmorland. Landry continue ce stratagème, en donnant cette deux fois plus d'argent au comté de Westmorland et en réduisant les subventions au comté de Northumberland. Toutefois, durant son mandat, la majorité anglophone critique cette French Power, ce qui l'empêche de favoriser ses compatriotes, soit par des nominations au poste d'inspecteur, soit en augmentant les subventions. Il souhaite malgré tout l'égalité entre Acadiens et anglophones et pour cette raison crée une section préparatoire francophone à l'école normale de Fredericton en 1878. L'année suivante, il nomme un premier Acadien, Valentin Landry, au poste d'inspecteur des écoles. Il travaille aussi à la promotion de diverses personnalités acadiennes, comme celle d'Ambroise Richard, nommé au Conseil législatif en 1882. L'une des principales réalisations de Pierre-Amand Landry en tant que Commissaire des Travaux publics reste la construction du nouvel édifice de l'Assemblée législative, terminée en 1882.
La renaissance acadienne, ce mouvement de prise de conscience collective, avait commencé vers le milieu du XIX siècle, coïncidant avec une croissance démographique importante. À la fin des années 1870, l'élite acadienne, dont le chef est incontestablement Landry, souhaite doter l'Acadie d'organisations sociales et politiques indépendantes. En 1880, une centaine de délégués, sous la présidence de Landry, sont invités à une conférence de la Société Saint-Jean-Baptiste à Québec, où est décidée la tenue d'un première Convention nationale acadienne à Memramcook pour l'année suivante. Landry préside les trois premières, soit Memramcook en 1881, Miscouche, à l'Île-du-Prince-Édouard, en 1884, et finalement Pointe-de-l'Église, en Nouvelle-Écosse, en 1890. Des questions religieuses, culturelles, politiques et économiques y sont traités alors que tous les symboles nationaux sont choisis. Landry se montre un orateur puissant, parvenant à proposer de façon simple un programme pour l'avenir des Acadiens dès le discours d'ouverture.
Le premier ministre Fraser démissionne de 25 mai 1882; le gouvernement est remanié le jour même. Landry a la possibilité de devenir le nouveau premier ministre mais soutient la candidature de Daniel Lionel Hanington à ce poste, jugeant que c'est trop tôt pour qu'un Acadien gouverne la province. Il devient tout de même secrétaire provincial, responsable de l'éducation et des finances, faisant de lui l'un des hommes politiques les plus puissants. Dans les faits, Hanington n'est qu'une couverture de Landry. La 25 élection générale est déclenchée juin et Landry remporte à nouveau son siège de Westmorland. Les anglophones remarquent tôt l'influence qu'à réellement Landry et le fait qu'il ait contribué à la défaite d'Albert James Smith à l'élection fédérale de 1882 contribue à réveiller le sentiment anti-acadien. L'élection dans le comté de Westmorland est annulée peu de temps après car les agents des partis y ont commis plusieurs irrégularités. Landry remporte facilement l'élection partielle du 9 janvier 1883. Le gouvernement Hanington-Landry doit toutefois faire face à la forte opposition du parti libérall d'Andrew George Blair. Ce dernier convainc quelques députés conservateurs à faire secrètement défection. Le gouvernement Hanington-Landry est forcé de démissionner le 2 mars 1883 suite à une motion de censure. Le nouveau gouvernement Blair ne compte aucun ministre acadien.
Député fédéral
La Chambre des communes du Canada.
Landry souhaitait se lancer en politique fédérale avant même sa démission. Redoutant se retrouver dans l'Opposition, il convainc le député de Kent, Gilbert Girouard, de présenter sa démission, à condition qu'il obtienne en échange un poste de poste de receveur des douanes à Richibouctou. Landry prononce l'un de ses meilleurs discours patriotiques le 15 août 1883, lors de la Fête nationale de l'Acadie à Bouctouche, dans la circonscription de Kent; il y dénonce la servilité des Acadiens devant les anglophones. Suite à la démission de Girouard, une majorité d'électeurs acadiens soutiennent Landry, qui gagne l'élection partielle du 22 septembre suivant contre l'anglophone George McInerney.
À Ottawa, Landry apporte son soutient aux conservateurs de John Alexander MacDonald. Même s'il est au départ éclipsé par des néo-brunswickois plus expérimentés comme John Costigan et Samuel Leonard Tilley, MacDonald le nomme à plusieurs comités. Tout en défendant un « esprit véritablement canadien » n'accordant pas d'importance aux différences de religion et de langue, Landry défend les intérêts des Acadiens du Nouveau-Brunswick. Il se plaint à plusieurs reprises de la sous-représentation de ces derniers au gouvernement. En effet, sur les 24 sénateurs représentant les Maritimes, aucun n'est Acadien. Suite à la mort du sénateur William Muirhead, l'élite s'organise et Landry menace subtilement la désaffection des Acadiens. Lors de l'annonce de la nomination d'un premier sénateur acadien, Tiley propose Landry à ce poste, qui propose à son tour Pascal Poirier; la raison est que Landry effectue alors des démarches pour devenir juge à la Cour suprême du Nouveau-Brunswick. Le 9 mars 1885, Poirier devient le premier sénateur acadien. La pendaison de Louis Riel a lieu la même année et Landry rapporte les doléances de ses compatriotes tout en dénonçant l'usage de la violence lors de la Rébellion du Nord-Ouest. Il soutient alors que les Acadiens n'auraient jamais pu faire de progrès sur le plan politique en faisant usage de la violence.
Landry est réélu en 1887 dans la circonscription de Kent, toujours contre George McInerney.
Juge
Pierre-Amand Landry entreprend des démarches dès 1880 dans le but de devenir juge à la Cour suprême du Nouveau-Brunswick. Le 15 avril 1890, suite à la mort de Bliss Botsford, MacDonald lui offre un poste de juge de la cour des comtés de Westmorland et de Kent. Landry accepte, d'autant plus que sa santé précaire et la dépression de son épouse nécessitent un retour au Nouveau-Brunswick. Il devient alors le premier juge acadien de l'histoire. Il est nommé à la Cour suprême du Nouveau-Brunswick le 21 septembre 1893. En 1908, le premier ministre John Douglas Hazen le nomme à la tête d'une commission d'enquête sur les transactions financières entre la Central Railway Company et les gouvernements de Lemuel John Tweedie et de William Pugsley. Le rapport déclenche une polémique car il blâme à la fois les gouvernements et la compagnie d'avoir détourné des fonds publics et avoir agi au détriment de l'intérêt public. Malgré la campagne de salissage des journaux, Landry en ressort avec une meilleure réputation, de part son intégrité tout au long de l'affaire. En 1913, lors de la réorganisation de la Cour suprême du Nouveau-Brunswick, il devient juge en chef de la division du Banc du roi. .
Retraite et mort
Pierre-Amand Landry a la santé précaire à partir de 1890 et il est atteint du cancer en 1915. En 1916, le New Freeman lance une campagne pour la nomination d'un lieutenant-gouverneur catholique et il est le premier nom proposé. Il est toutefois très affaibli et meurt le 28 juillet de la même année dans sa maison de Dorchester.
Pensée
En 1881, il parle de « plaie nationale » pour qualifier l'indifférence des Acadiens face à leur journaux.
Le trophée est décerné à chaque année par la faculté de droit de l'Université de Moncton aux étudiants ayant obtenu les meilleurs résultats au tribunal-école P.-A.-Landry.