Supposons que l'on souhaite caractériser un processus électrolytique par la mesure du courant entre les électrodes.
Pour une solution d'électrolyte donnée, un modèle grossier laisse supposer que ce courant va dépendre de trois facteurs principaux: (1) la dilution de la solution C, comprise entre 10% et 90%, (2) la température de la solution T, comprise entre 50 °C et 100 °C, et (3) la nature des électrodes utilisées (étain, or et en platine). Dans ces conditions, en prenant des pas de 10% pour la concentration et de 10 °C pour la température, le plan expérimental exhaustif sera constitué de 9x6x3, soit 162 expériences indépendantes qu'il faudra faire dans des conditions par ailleurs identiques.
En supposant que chaque expérience prend 1 heure (en comptant le temps de préparation), l'étude de ce simple processus ne demanderait pas moins de 5 semaines de travail à plein temps (35h par semaine). De plus, des expériences étalées sur un aussi grand laps de temps pourrait faire intervenir des facteurs non-connus mais variant sur la durée de cette étude et pouvant fausser les résultats.
On comprend aisément que les points relevés ci-dessus deviennent dramatiques dès que l'on a affaire à des processus un peu plus complexes et le coût expérimental d'une étude exhaustive devient vite prohibitif, voir inapplicable. C'est un problème courant dans les processus industriels qui exigent une reproductibilité et un contrôle qualité total.
La manière correcte d'aborder un plan d'expérience optimal est de procéder d'une manière tout à fait analogue au principe de la droite de régression en supposant que l'on a des dépendances linéaires (ou tout au plus quadratiques) du processus dans chacune de ces variables ainsi que des interactions entre les variables. On se basera le plus souvent sur des hypothèses simples et/ou des expériences limites pour se donner une idée de l'existence ou non de dépendances croisées.
Reprenons le processus décrit plus haut en supposant que en plus de T et C, on définisse m comme une grandeur physique qui caractérise la matière de l'électrode (par exemple son poids moléculaire ou son électrovalence, etc.):
On souhaite le décrire par une formule simplifiée du type:
F(T,C,m)=
b1⋅T + b2⋅C + b3⋅m + b4⋅T + b5⋅C + b6⋅m + b7⋅T⋅C + b8⋅T⋅m + b9⋅C⋅m + b10⋅T⋅C⋅m + b11⋅T⋅C + b12⋅T⋅m + b13⋅C⋅T + b14⋅C⋅m + b15⋅T⋅m + b16⋅C⋅m
Pour simplifier, on supposera raisonnablement que les termes en T⋅C , T⋅m , C⋅T , C⋅m , T⋅m et C⋅m sont négligeables par rapport aux termes du premier ordre, ce qui revient à dire que les coefficients b11 , b12, b13 , b14 , b15 et b16 sont nuls (en général, le terme en T⋅C⋅m est aussi négligeable).
Il reste alors 10 variables b1 , .. , b10 à déterminer pour avoir une connaissance analytique du processus dans les intervalles spécifiés.
On « choisit » 10 points dans l'espace (T, C , m), pour lesquels on effectue l'expérience, obtenant ainsi les valeurs de {Fi} pour chacun de ces points. On veillera évidemment à ce que tous les autres paramètres de l'expérience restent constants.
NB : on travaille de préférence avec des variables réduites, c’est-à-dire des variables T, C et m qui sont sans dimensions et normalisées à 1 sur leur intervalle de définition
Il en résulte le système de 10 équations à 10 inconnues:
Fi = ai1⋅b1 + ai2⋅b2 + ai3⋅b3 + ai4⋅b4 + ai5⋅b5 + ai6⋅b6 + ai7⋅b7 + ai8⋅b8 + ai9⋅b9 + ai10⋅b10
avec i = 1,..,10.
Les ai**j sont obtenus simplement en remplaçant T,C et m par leur valeurs aux points où l'on a fait les expériences.
En écriture matricielle:
[F1 ⋮ F10] = [a1,1⋯a1,10 ⋮⋱⋮ a10,1⋯a10,10]⋅[b1 ⋮ b10]
Pour résoudre ce système, il faut inverser la matrice [aij]:
[b1 ⋮ b10] = [a1,1⋯a1,10 ⋮⋱⋮ a10,1⋯a10,10]−1⋅[F1 ⋮ F10]
La théorie des plans expérimentaux permet à partir de modèles spécifiques plus ou moins complexes de déterminer précisément en quels points les mesures doivent être faites.