En mathématiques, les représentations des algèbres de Clifford sont aussi connues sous le nom modules de Clifford. En général, une algèbre de CliffordC est une algèbre centrale simple sur une certaine extension de corpsL d'un corps K sur lequel la forme quadratiqueQ définissant C est définie.
La théorie algébrique des modules de Clifford a été mise au point par M. F. Atiyah, R. Bott et A. Shapiro dans l'article Clifford Modules (Topology 3 (Suppl. 1) (1964), 3–38).
Représentations matricielles des algèbres de Clifford réelles
Nous aurons besoin d'étudier les matrices anticommutatives (AB = -BA) les vecteurs orthogonaux anticommutent dans les algèbres de Clifford.
A⋅B=21(AB+BA)=0
Pour l'algèbre de Clifford réelle Rp,q, nous avons besoin de p + q matrices mutuellement anticommutatives, dont p ont pour carré +1 et q ont pour carré - 1.
Une telle base de matrices gamma n'est pas unique. On peut toujours obtenir un autre ensemble de matrices gamma satisfaisant la même algèbre de Clifford par une transformation de similarité.
γa′=SγaS−1
où S est une matrice non-singulière. Les ensembles γa′ et γa appartiennent à la même classe d'équivalence.
Intermezzo : le système K pour nommer les matrices
Nous présentons d'abord une méthode élégante pour nommer les matrices 2n×2n
À noter que K0 est la matrice identité. Les noms ont été choisis de manière qu'il existe une règle simple pour se souvenir des produits :
K1K2=K3
K1K3=K2
K2K3=K1
K2K1=−K3
K3K1=−K2
K3K2=−K1.
Incrémenter l'index donne un résultat positif. Décrémenter l'index donne un résultat négatif.
Attention ! Il n'existe PAS les mêmes relations valides pour la base standard des quaternions. Si vous vouliez nommer i=i1,j=i2,k=i3 vous obtiendriez
i1i2=i3
i2i3=i1
i3i1=i2
donc, la dernière règle est différente. Nous verrons plus tard que les quaternions purs i,j et k peuvent être représentés par K12,K20 et K32
Remarquez que
K02=K12=K32=K0
K22=−K0
K2 est la seule avec un carré négatif, donc elle peut être regardée comme la représentation la plus simple de i
Nous donnons un nom à tous les produits de Kronecker possibles (voir produit matriciel) :
Chaque index possède son niveau ( 2x2, 4x4, 8x8, 16x16, ...)
K13 est une K3 de niveau 2x2 et une K1 de niveau 4x4. Avec cette notation, il est très simple de multiplier de grandes matrices puisque
(A⊗B)(C⊗D)=AC⊗BD
Regardons un exemple
K123 K222 = K301
niveau 8x8 1 fois 2 donne 3
niveau 4x4 2 fois 2 donne 0 mais souvenez-vous du signe moins
niveau 2x2 3 fois 2 donne 1 mais souvenez-vous du signe moins
(les deux signes moins s'annule donc le résultat est K301 )
Nous pouvons maintenant démarrer la construction d'ensembles de matrices orthogonales mutuellement anticommutatives (voir matrice orthogonale), quelquefois appelées matrices de Dirac. Il est évident que deux de telles matrices anticommutent si elles anticommutent dans un nombre impair d'index (l'index o commute avec tous les autres indices).
K13 par exemple anticommute avec
K01,K02,K11,K12,K20,K23,K30,K33
et commute avec
K00,K10,K13,K21,K22,K31,K32.
Si l'index 2 apparaît un nombre pair de fois dans le nom alors le carré de la matrice est plus la matrice identité, appelons-la une Kplus
en voici des exemples : K1, K22, K311, K2222
Si l'index 2 apparaît un nombre impair de fois dans le nom alors le carré de la matrice est moins la matrice identité, appelons-la une Kmoins
en voici des exemples : K2, K222, K211, K1222
Nous avons maintenant une manière très simple de construction d'ensembles très larges de matrices anticommutatives.
Ici encore, nous avons 2 éléments dans l'algèbre avec n = p+q donc elle est encore une algèbre de Clifforduniverselle.
L'algèbre de Clifford R2,1
p = 2 et q = 1 donc 2 Kplus et 1 Kmoins pour base de vecteurs
catégorie 0 (le scalaire)
1=K0
catégorie 1 (les vecteurs)
γ1=K1⇒γ12=K0=1
γ2=K3⇒γ22=K0=1
γ3=K2⇒γ32=−K0=−1
La signature est ( + + - )
catégorie 2 (les bivecteurs)
γ1∧γ2=γ3=K2⇒(γ1∧γ2)2=−1
γ1∧γ3=γ2=K3⇒(γ1∧γ3)2=+1
γ2∧γ3=−γ1=−K1⇒(γ2∧γ3)2=+1
catégorie 3 (le pseudoscalaire)
γ1∧γ2∧γ3=−1⇒(γ1∧γ2∧γ3)2=(−1)2=+1
Ceci est le premier exemple d'une algèbre de Clifford non-universelle puisque p+q = 3 et nous avons seulement 2 éléments et non 2. La raison est très simple, chaque matrice est utilisée deux fois, une fois comme vecteur et une fois comme bivecteur. Et le pseudoscalaire est réel, comme le scalaire.
(Le dual de Hodge de chaque élément est simplement le négatif de l'original)
∗A=−A
L'algèbre de Clifford R0,2
Ici p = 0 et q = 2 donc nous avons besoin de matrices Kmoins anticommutatives pour base de vecteurs. Ceci n'est pas possible avec des matrices réelles 2 x 2 donc nous avons besoin d'utiliser des matrices 4 x 4, et il existe beaucoup de possibilités. Cette algèbre est isomorphe avec l'anneau H des quaternions.
catégorie 0 (le scalaire)
1=K00
catégorie 1 (les vecteurs)
γ1=K12⇒γ12=−K00=−1
γ2=K20⇒γ22=−K00=−1
La signature est (- -)
catégorie 2 (le pseudoscalaire)
γ1∧γ2=K12K20=K32⇒(γ1∧γ2)2=K322=−K00=−1
L'isomorphisme avec les quaternions est comme suit :
1 est scalaire, i et j sont les vecteurs et k = ij est le pseudoscalaire.
L'utilisation de k comme pseudoscalaire ( i x j ) est un peu étrange mais sonne parfaitement.
L'algèbre de Clifford R0,3
p = 0 et q = 3 donc nous avons besoin de 3 matrices Kmoins comme base de vecteurs, ceci est la manière usuelle de travail avec les quaternions i, j et k sont maintenant des base de vecteurs et ijk = -1 est le pseudoscalaire. Cette algèbre est de nouveau isomorphe avec H (les quaternions)
catégorie 0 (le scalaire)
1=K0
catégorie 1 (les vecteurs)
γ1=K12=i⇒γ12=−K00=−1
γ2=K20=j⇒γ22=−K00=−1
γ3=K32=k⇒γ32=−K00=−1
La signature est ( - - - )
catégorie 2 (les bivecteurs)
γ1∧γ2=K12K20=K32=γ3
γ3∧γ1=K32K12=K20=γ2
γ2∧γ3=K20K32=K12=γ1
catégorie 3 (le pseudoscalaire)
Un nombre de Clifford est ici, de nouveau, une combinaison linéaire de 4 éléments 1 i j et k. L'usage de -1 comme pseudoscalaire (ijk) est comme nous l'avons employé, mais il fait de cette algèbre un nouvel exemple d'algèbre de Clifford non-universelle, puisque p + q = 3 et nous avons seulement 2 éléments.
L'algèbre de Clifford R3,0
Ceci est la célèbre algèbre de Pauli, si vous pensez à K02 pour i et K00 pour 1. Nous avons trois Kplus pour base de vecteurs.
catégorie 0 (le scalaire)
1=K0
catégorie 1 (les vecteurs)
γ1=K10=σ1⇒γ12=K00=+1
γ2=K22=σ2⇒γ22=K00=+1
γ3=K30=σ3⇒γ32=K00=+1
La signature est ( + + + )
catégorie 2 (les bivecteurs)
σ1∧σ2=K10K22=K32=K02K30=iσ3
σ3∧σ1=K30K10=−K20=K02K22=iσ2
σ2∧σ3=K22K30=K12=K02K10=iσ1
catégorie 3 (le pseudoscalaire)
Donc i est le pseudoscalaire et les équations pour les bivecteurs signifient en fait que chaque bivecteur est le dual de Hodge de l'un des vecteurs qui n'est pas une partie du bivecteur.
L'algèbre de Clifford réelle R3,1
Ceci est pour moi l'algèbre de Clifford la plus intéressante parce qu'elle permet la construction des équations ressemblant aux équations de Dirac sans nombres complexes. Majorana l'a découverte. Par conséquent, les spineurs réels sont appelés les spineurs de Majorana. L'algèbre est aussi connue sous le nom d'algèbre de Majorana. Elle se sert de toutes les 16 matrices réelles 4 x 4. Les quatre bases de vecteurs sont en fait les trois matrices de Pauli (Kplus) completées d'une quatrième matrice antihermitienne (Kmin). La signature est ( + + + - ). Voir la convention de signe. Pour la signature ( + - - - ) ou ( - - - + ) souvent utilisée en physique, vous avez besoin de matrices complexes 4 x 4 ou matrices réelles 8 x 8 parce que vous ne pouvez pas former 3 matrices anticommutatives Kmoins 4 x 4. Voir R1,3 pour différentes représentations.
catégorie 0 (le scalaire)
1=K0
catégorie 1 (les vecteurs)
γ1=K10⇒γ12=K00=+1
γ2=K22⇒γ22=K00=+1
γ3=K30⇒γ32=K00=+1
γ4=K23⇒γ42=−K00=−1
La signature est ( + + + - )
catégorie 2 (les bivecteurs, trois rotations et trois accélérateurs)
γ1γ2=K10K22=K32⇒(γ1γ2)2=−K00=−1
γ1γ3=K10K30=K20⇒(γ1γ3)2=−K00=−1
γ2γ3=K22K30=K12⇒(γ2γ3)2=−K00=−1
γ1γ4=K10K23=K33⇒(γ1γ4)2=K00=+1
γ2γ4=K22K23=−K01⇒(γ1γ2)2=K00=+1
γ3γ4=K30K23=−K13⇒(γ1γ2)2=K00=+1
catégorie 3 (les pseudovecteurs, les duaux de Hodge des vecteurs)
Autres représentations avec les matrices réelles 4x4
R2,2K10K22K21K23
R3,2K10K22K30K21K23
Représentations avec les matrices réelles 8x8
R4,0K110K122K130K300
R4,1K110K122K130K300K200
R4,2K110K122K130K300K200K121
R4,3K110K122K130K300K200K121K123
R3,3K110K122K130K200K121K123
R2,3K110K122K200K121K123
R1,3K110K200K121K123
Cette dernière est très importante en physique puisqu'elle est l'algèbre de Clifford la plus utilisée pour le travail dans l'espace-temps de Minkowski. La signature est ( + - - - ). Voir convention de signe. Les représentations les plus utilisées sont
R1,3K100K210K222K230
En s'intéressant aux matrices réelles 8 x 8, on peut former 7 matrices Kmoins anticommutatives. Ils forment un ensemble de bases pour l'algèbre de Clifford réelle non-universelle R0,7
R0,7K302K102K230K210K023K021K222
R0,6K302K102K230K210K023K021
R0,5K302K102K230K210K023
R0,4K302K102K230K210
(Pour R0,3, nous avons montré qu'une seule a besoin de matrices réelles 4x4)