Hubert Beuve-Méry, le fondateur du journal Le Monde, écrivit ses premiers éditoriaux sous le pseudonyme de Sirius.
Dans Micromégas, conte philosophique de 1752, Voltaire fait venir le héros éponyme d'une planète en orbite autour de Sirius. Et Micromégas ne s'y gène d'ailleurs nullement pour y donner "le point de vue de Sirius".
Les études ethnographiques de Griaule et Dieterlen
1. Rappel du contexte
Bien que l'astronomie moderne n'ait découvert que récemment le compagnon de Sirius, depuis des siècles, un peuple premier, les Dogons, du Mali, célèbrent tous les cinquante ans la fête de "Sigui" afin de régénérer le monde. Ils appelleraient Sirius : Sigi (ou Sigui) Tolo (le profond Sirius) et son compagnon : "Po Tolo" (le profond petit).
En fait, la date de cette importante cérémonie (et donc son cycle) est déterminée par "Po Tolo". Po ou Fonio, est le nom de la plus petite céréale connue par les Dogons (nom latin : Digitaria exilis), céréale très petite mais extrêmement nutritive, et Po Tolo serait l'étoile naine, sœur de Sirius et invisible à l'oeil nu. Ces faits étonnants mais peu critiques ont été rapportés, dans l'immédiat après-guerre par les ethnographes Marcel Griaule (1898-1956), et sa collègue, Germaine Dieterlen, alors secrétaire générale de la Société des Africanistes du Musée de l'Homme. Leurs études se sont focalisées sur la cosmogonie Dogon.
On lit dans "Le Dieu d'eau" cette cosmogonie dogon : "L’étoile du fonio tourne autour de Sirius. La durée de la révolution est de cinquante années. Elle est la plus importante de toutes les étoiles, celle dont le rôle est magistral - pour l'ensemble de tous les mondes spiralants d'astres formés par Amma (la déesse-mère)".
Un peu plus loin : "pô tolo est la plus petite de toutes les choses; elle est l'étoile la plus lourde. L'étoile contient trois éléments de base «air, feu et eau», mais l'élément « terre » est remplacé par le métal sous toutes ses formes, notamment par celui qui est nommé «sagala» (fort et lourd), un peu plus brillant que le fer et d'une densité telle que tous les êtres terrestres réunis ne pourraient en soulever une parcelle»." Or l'on sait aujourd'hui qu'un seul cm³ d'une naine blanche peut a une masse au moins supérieure à 1 tonne voire jusqu'à mille tonnes.
D'où proviennent la connaissance de ce couple astral et les correspondances ainsi trouvées ? Griaule et Dieterlen posent alors la question : simples coïncidences ou savoir extra-scientifique ? On comprend que Griaule et les ethnologues, entendant pareil récit, se soient interrogés sur l’origine de la science dogon.
2. Critique
Depuis leurs travaux, de nombreux enquêteurs se sont penchés sur cette énigme pour mettre fin à cette rumeur pseudo-scientifique d'une prétendue influence extraterrestre évoquée par Eric Guerrier en 1975 et Robert K. Temple en 1976 dans leurs livres respectifs.
Déjà en 1976, Carl Sagan avait suggéré que les connaissances des Dogon avaient été influencées par le contact avec des Européens. Arthur C. Clarck, Ian Ridpath, Isaac Asimov et bien d'autres astronomes confirmèrent cette opinion et plus récemment (1991) des recherches ethnologiques complémentaires conduites pendant dix ans chez les Dogon ont battu en brèche certains arguments évoqués par Griaule.
Aujourd'hui, on sait que le mystère n’en était pas un. Simplement, des reporters, des militaires, des missionnaires ou de simpes touristes ainsi que des chercheurs avaient déjà eu des contacts avec les Dogon dès la fin du XIXe siècle. Certains d’entre eux avaient apporté dans leurs bagages quelques ouvrages de vulgarisation astronomique, y compris des cartes du ciel (M. Griaule) et des revues comme "L’astronomie" publiée par la Société Astronomique de France (SAF). Or, ce magazine avait justement consacré une série d’articles à Sirius B dans les années 1930. Antérieurement, fin XIXe, Camille Flammarion avait déjà discuté dans ses livres de tous les sujets abordés dans la cosmogonie Dogon.
Les sources des connaissances en astronomie des Dogon étaient donc identifiées avec relativement de précision dans le temps et l'explication beaucoup plus réaliste que la théorie extraterrestre.
La thèse de la «contamination culturelle» est aujourd'hui soutenue par tous les ethnologues et astronomes réalistes. Seuls les amateurs d'ufologie et de pataphysique continuent à soutenir les thèses pseudo-scientifiques de Robert Temple et consorts.
Les Dogons ont donc compris et assimilé des cours d'astronomie au début du XXe siècle, alors que la plupart des lycéens occidentaux de l'époque avaient peine à saisir le fonctionnement du système solaire.
3. Sources
Marcel Griaule, "Le Dieu d'eau" (1948) Germaine Dieterlen, "Le renard pâle" (1965); "Dogon Culture? " Ed. Profane and Arcane, Paris, 1968.
Ciel miroir des cultures © ciel & espace, MAI-96 N°313 1, LES ETOILES DU SACRIFICE, Serge Jodra
Robert K.Temple, The Sirius Mystery, Sidgwick & Jackson, 1976