Les bienfaits insoupçonnés du gras dans le diabète de type 2

Publié par Adrien le 14/01/2022 à 09:00
Source: Université de Genève
Des scientifiques de l'UNIGE ont découvert que le gras pourrait aider le pancréas à s'adapter à un excès de sucre, ralentissant l'apparition du diabète.

Cellule bêta du pancréas en microscopie électronique. Les cercles blancs visibles au centre correspondent à des gouttelettes de stockage du gras. (© UNIGE - laboratoire Maechler)

Avec près de 10% de la population mondiale (La population mondiale désigne le nombre d'êtres humains vivant sur Terre à un...) atteinte, le diabète de type 2 (Cet article traite du « diabète de type 2 », une forme de diabète...) est un enjeu majeur de santé publique (La santé publique peut être définie de diverses manières. On peut en effet la...). Un mode de vie (La vie est le nom donné :) trop sédentaire et une alimentation trop riche altèrent le fonctionnement des cellules pancréatiques et rendent la régulation (Le terme de régulation renvoie dans son sens concret à une discipline technique, qui se...) du taux de sucre (Ce que l'on nomme habituellement le sucre est, dès 1406, une "substance de saveur douce...) dans le sang (Le sang est un tissu conjonctif liquide formé de populations cellulaires libres, dont le...) moins efficace, favorisant l'apparition de cette maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal...) métabolique. Or, souvent évoqué comme un coupable idéal (En mathématiques, un idéal est une structure algébrique définie dans un anneau....), le gras tant décrié pourrait être réhabilité. En effet, les graisses n'aggraveraient pas forcément la maladie et pourraient même jouer un rôle protecteur: en étudiant les cellules bêta pancréatiques productrices d'insuline (L'insuline (du latin insula, île) est une hormone peptidique sécrétée par les...), des scientifiques de l'Université de Genève (L'université de Genève (UNIGE) est l'université publique du canton de Genève en...) (UNIGE) ont montré que ces dernières souffraient moins d'un excès de sucre lorsqu'elles avaient auparavant été en présence de gras. En analysant les mécanismes cellulaires à l'oeuvre, l'équipe de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue...) a ainsi découvert comment un cycle de stockage et déstockage du gras permettait aux cellules de s'adapter à l'excès de sucre. Ces résultats, à lire dans la revue Diabetologia, mettent en évidence un mécanisme biologique inattendu qui pourrait servir de levier pour retarder l'apparition du diabète (Le diabète présente plusieurs formes, qui ont toutes en commun des urines abondantes...) de type 2.

Le diabète de type 2 consiste en un dysfonctionnement des cellules bêta du pancréas (Le pancréas est un organe abdominal, une glande annexée au tube digestif. Il est...), chargées de sécréter l'insuline. Cette altération perturbe la régulation du taux de sucre dans le sang et peut provoquer de graves complications cardiaques, oculaires et rénales. Dans les années 70, le gras a été pointé du doigt et le concept de lipotoxicité est apparu: une exposition au gras des cellules bêta serait la source de leur détérioration. Plus récemment, l'excès de sucre a été lui aussi accusé d'endommager les cellules bêta et de favoriser le développement du diabète de type 2. Cependant, si à l'heure (L’heure est une unité de mesure du temps. Le mot désigne aussi la grandeur...) actuelle la culpabilité du sucre ne fait plus aucun doute, le rôle du gras dans le dysfonctionnement des cellules bêta reste ambigu. Quels sont les mécanismes cellulaires en jeu ? "Pour répondre à cette question clé, nous avons étudié les adaptations de cellules bêta humaines et murines à des excès de sucre et/ou de gras", explique Pierre Maechler, professeur au Département de physiologie (La physiologie (du grec φύσις, phusis, la nature, et...) cellulaire et métabolisme (Le métabolisme est l'ensemble des transformations moléculaires et énergétiques...) et au Centre du diabète de la Faculté de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la...) de l'UNIGE, qui a dirigé ces travaux.

Quand le gras prête main forte aux cellules bêta

Afin de différencier l'effet du gras de celui du sucre, les scientifiques ont exposé des cellules bêta à un excès de sucre, à un excès de gras, puis à une combinaison (Une combinaison peut être :) des deux. La toxicité (La toxicité (du grec τοξικότητα...) du sucre a d'abord été confirmée: les cellules bêta exposées à un haut taux de sucre sécrétaient beaucoup moins d'insuline que la normale. "Lorsque les cellules sont exposées à la fois à un surplus de sucre et à un surplus de gras, elles stockent le gras en prévision de périodes moins fastes sous forme de gouttelettes, explique Lucie Oberhauser, chercheuse au Département de physiologie cellulaire et métabolisme de la Faculté de médecine de l'UNIGE et première auteure de ces travaux. Or, de manière très surprenante, nous avons mis en évidence que ce stock de gras, au lieu d'aggraver la situation (En géographie, la situation est un concept spatial permettant la localisation relative d'un...), permettait au contraire de restaurer une sécrétion d'insuline proche de la normale. L'adaptation des cellules bêta à certaines graisses contribuerait ainsi à maintenir un taux de sucre normal dans le sang."

L'indispensable utilisation du gras

En analysant plus précisément les modifications cellulaires à l'oeuvre, l'équipe de recherche s'est aperçue que les gouttelettes de gras ne constituaient pas des réserves statiques, mais étaient le lieu d'un cycle dynamique (Le mot dynamique est souvent employé désigner ou qualifier ce qui est relatif au mouvement. Il...) de stockage et de déstockage. C'est grâce aux molécules de gras libérées que les cellules bêta s'adaptent à l'excès de sucre et maintiennent une sécrétion d'insuline proche de la normale. "Cette libération de gras ne pose pas vraiment problème tant que l'organisme les utilise comme source d'énergie (Dans le sens commun l'énergie désigne tout ce qui permet d'effectuer un travail, fabriquer de la...)", ajoute Pierre Maechler. "Pour éviter de développer un diabète, il s'agirait de donner une chance à ce cycle bénéfique d'être actif, par exemple en maintenant une activité physique (L'activité physique regroupe à la fois l'exercice physique de la vie quotidienne, maison,...) régulière."

Les scientifiques cherchent maintenant à déterminer par quel mécanisme ce gras libéré stimule la sécrétion d'insuline, avec l'espoir de découvrir un levier thérapeutique (La thérapeutique (du grec therapeuein, soigner) est la partie de la médecine qui...) permettant de retarder l'apparition du diabète.
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