La diminution du volume cérébral humain plus récente qu'on ne le croyait

Publié par Isabelle le 03/11/2021 à 13:00
Source: ASP
Durant les derniers quelques millions d'années, notre lignée du genre Homo a vu son mode de vie radicalement transformé. On est passé de chasseurs cueilleurs, à agriculteurs, à travailleurs autonomes tout seul chez soi devant son ordinateur avec des rencontres Zoom toute la journée... Je blague un peu, mais il est vrai qu'aucune autre espèce (Dans les sciences du vivant, l’espèce (du latin species, « type »...) n'a connu de tels changements comportementaux durant la même période. Or le cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite...) de l'australopithèque (Un australopithèque est un hominidé disparu ayant vécu entre environ 4,4 millions et...) puis des différentes lignées du genre Homo (Homo est le genre qui réunit l'Homme moderne et les espèces apparentées. Le genre...) a vu, durant les 6-7 derniers millions d'années, son volume (Le volume, en sciences physiques ou mathématiques, est une grandeur qui mesure l'extension...) tripler ou quadrupler, une explosion (Une explosion est la transformation rapide d'une matière en une autre matière ayant un...) de volume absente chez nos plus proches cousins les chimpanzés.

Cet accroissement spectaculaire de notre volume cérébral est donc bien sûr le suspect numéro un (Numéro Un est une référence à un modèle de personnages fictifs de la...) pour expliquer le développement incroyable de nos capacités cognitives durant à peu près la même période. Or on savait que, plus récemment, le volume cérébral du cerveau humain avait légèrement diminué. Certains situaient le début de cette baisse de volume à il y a 35 000 ans vers l'époque des premières peintures rupestres, d'autres plus vers il y a 10 000 au début du néolithique, c'est-à-dire l'avènement de l'agriculture et de la domestication animale. Mais une étude publiée le 22 octobre dernier situe le début de ce déclin de volume beaucoup plus tôt qu'on ne le croyait, vers il y a 3 000 ans seulement !


De plus, le taux de cette diminution de volume serait environ 50 fois plus rapide que la première accélération (L'accélération désigne couramment une augmentation de la vitesse ; en physique,...) de l'expansion du cortex (En biologie, le cortex (mot latin signifiant écorce) désigne la couche superficielle ou...) associatif humain que les auteurs de l'étude situent vers il y a 2,1 millions d'années (voir l'image en haut du billet). Un peu plus tard, à partir de vers il y a 1,5 millions d'années, Jeremy DeSilva et son équipe ont noté une légère diminution de ce taux d'accroissement du volume cérébral dans notre lignée. Pour ce faire, ils ont analysé les données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent...) de 985 fossiles et crânes humains échantillonnés durant tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou...) le processus d'hominisation et ses nombreuses causes entrelacées.

L'autre aspect fort intéressant de cette étude est dans l'analyse des raisons possibles de cette diminution tardive du volume cérébral du cerveau humain. Différentes causes ont déjà été évoquées pour tenter d'expliquer le début de cette diminution qu'on situait, comme on l'a mentionné, beaucoup plus tôt dans notre évolution, comme par exemple l'auto-domestication (chez les espèces domestiquées, le cerveau subit généralement une baisse de volume). Les auteurs de ce nouvel article, dont les domaines vont de l'anthropologie biologique à la neurobiologie évolutive en passant par l'éthologie, y vont d'une hypothèse différente (En mathématiques, la différente est définie en théorie algébrique des...) qui s'inspire de ce qu'on peut observer dans les colonies de... fourmis !

En utilisant des calculs modélisant le degré (Le mot degré a plusieurs significations, il est notamment employé dans les domaines...) de spécialisation chez les différents membres de différentes espèces de fourmis, ils en sont venus à la conclusion que le niveau de divisions du travail et de capacité cognitive générale de la colonie pouvait exercer une pression (La pression est une notion physique fondamentale. On peut la voir comme une force rapportée...) sélective sur la taille des cerveaux de ses membres. Ainsi, quand la connaissance est partagée entre différents individus qui deviennent spécialistes de certaines tâches, le cerveau pourrait alors se passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques...) d'un peu de sa capacité de calcul en diminuant de volume au fil des générations. Mais pourquoi cela se produirait-il ? Après tout, on pourrait croire que ça peut être utile d'avoir de meilleures capacités de calcul en surplus. Ce serait oublier que le cerveau est un organe (Un organe est un ensemble de tissus concourant à la réalisation d'une fonction...) extrêmement énergivore (avec un poids (Le poids est la force de pesanteur, d'origine gravitationnelle et inertielle, exercée par la...) de 2% du corps humain (Le corps humain est la structure physique d'une personne.), il consomme en permanence 20 à 25% de nos ressources énergétiques !). Et donc si on peut réduire sa taille un peu parce qu'on a moins besoin (Les besoins se situent au niveau de l'interaction entre l'individu et l'environnement. Il est...) de puissance (Le mot puissance est employé dans plusieurs domaines avec une signification particulière :) de calcul parce qu'on l'a délesté dans une technologie (Le mot technologie possède deux acceptions de fait :) ou dans le savoir spécialisé d'un autre humain, eh bien c'est une bonne affaire globalement ! Et l'évolution ne va pas se gêner pour favoriser ces individus au cerveau plus petit et donc moins énergivore.

Cela rejoint d'ailleurs tout à fait le phénomène de "cognition étendue" mis de l'avant par les philosophes des sciences cognitives. L'extériorisation de certaines de nos connaissances, en d'autres termes notre intelligence collective, favorisée par la grande coopération au sein des sociétés humaines, aurait donc vraisemblablement contribué, selon cette étude, à optimiser légèrement à la baisse notre volume cérébral. Comme quoi "plus" ne rime pas toujours avec mieux, et être collaboratif peut être plus précieux que compétitif, malgré ce qu'en claironnent les chantres de l'économie de marché...
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