Voici à quoi devait ressembler l'ancêtre commun à tous les hommes modernes
Publié par Isabelle le 12/09/2019 à 14:00
Source: CNRS
Malgré un âge de quelque 300 000 ans, le plus vieil aïeul commun à tous les Homo sapiens avait un crâne étonnamment moderne d'après une modélisation réalisée par Aurélien Mounier, chercheur CNRS au laboratoire Histoire naturelle de l'Homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement « Homme ». Par distinction,...) préhistorique (CNRS/Muséum national d'Histoire naturelle), et Marta Mirazón Lahr, professeure à l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission...) de Cambridge (Royaume-Uni). En comparant ce crâne (Le crâne est une structure osseuse ou cartilagineuse de la tête, caractéristique des crâniates (dont font partie les vertébrés). Le...) virtuel à ceux de cinq fossiles africains contemporains de l'apparition d'Homo sapiens, ces chercheurs suggèrent en outre qu'un mélange (Un mélange est une association de deux ou plusieurs substances solides, liquides ou gazeuses qui n'interagissent pas chimiquement. Le résultat de l'opération est une préparation aussi appelée mélange....) de populations sud-africaines et d'Afrique (D’une superficie de 30 221 532 km2 en incluant les îles, l’Afrique est un continent couvrant 6 % de la surface terrestre et 20,3 % de la surface des terres...) de l'Est aurait donné naissance à notre espèce (Dans les sciences du vivant, l’espèce (du latin species, « type » ou « apparence ») est le taxon de base de la systématique. L'espèce est un concept flou dont il existe...). Leur étude est publiée le 10 septembre 2019 dans Nature Communications.

Notre espèce, Homo sapiens,est apparue en Afrique il y a environ 300 000 ans. Mais où exactement, et comment ? Les fossiles africains de moins de 500 000 ans connus à ce jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son début (par rapport...) étant peu nombreux, il manque des pièces au puzzle de l'histoire de notre espèce. Dans cette nouvelle étude, les chercheurs ont donc voulu augmenter le nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de fossiles disponibles en créant des "fossiles virtuels".

Pour cela, ils ont mesuré sous toutes leurs coutures 263 crânes fossiles et modernes d'hominines (correspondant à 29 populations), de manière à pouvoir les modéliser en trois dimensions (Dans le sens commun, la notion de dimension renvoie à la taille ; les dimensions d'une pièce sont sa longueur, sa largeur et sa profondeur/son épaisseur,...).

Les chercheurs ont montré qu'il existe une correspondance (La correspondance est un échange de courrier généralement prolongé sur une longue période. Le terme désigne des échanges de courrier personnels plutôt qu'administratifs.) forte entre les formes crâniennes moyennes de chacune des 29 populations et la position de celles-ci dans un arbre (Un arbre est une plante terrestre capable de se développer par elle-même en hauteur, en général au delà de sept mètres. Les...) de parenté basé sur des données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) essentiellement génétiques. Cette bonne correspondance a permis de calculer quelle était la forme crânienne probable du dernier ancêtre commun (En phylogénie, un ancêtre commun à plusieurs espèces est l'individu le plus proche dans le temps dont descendent toutes les espèces en question. Par exemple, l'homme et le chimpanzé ont un ancêtre commun....) à tous les Homo sapiens. Les traits de ce fossile (Un fossile (dérivé du substantif du verbe latin fodere : fossile, littéralement « qui est fouillé ») est le reste (coquille, os, dent, graine, feuilles...) ou le simple...) virtuel, dont l'âge théorique serait 300 000 ans, apparaissent relativement modernes: avec sa boîte crânienne arrondie, son front relativement haut, des bourrelets sus-orbitaires peu marqués et une face peu projetée vers l'avant, sa morphologie est proche de certains fossiles datés de seulement 100 000 ans.


Modélisation de l'ancêtre commun (virtuel) à tous les membres de notre espèce, Homo sapiens. © Aurélien Mounier - CNRS/MNHN

Les chercheurs ont comparé leur fossile virtuel à cinq de ses contemporains bien réels - des crânes d'Homo africains fossiles, âgés de 130 000 à 350 000 à ans et parfois considérés comme faisant partie de nos ancêtres. Cette analyse suggère que notre espèce serait née de l'hybridation de populations du sud (Le sud est un point cardinal, opposé au nord.) et de l'est de l'Afrique. Des populations nord-africaines (potentiellement représentées par le fossile de Jebel Irhoud), se seraient mélangées aux Néandertaliens à la suite de migrations vers l'Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un continent à part entière, mais aussi comme l’extrémité occidentale du continent...), contribuant de manière moindre à notre espèce.

Cette étude éclaire aussi l'histoire de notre espèce hors d'Afrique: elle soutient l'hypothèse, établie par d'autres chercheurs sur la base d'analyses génétiques, selon laquelle, suite à une première sortie d'Afrique qui n'a laissé de traces (TRACES (TRAde Control and Expert System) est un réseau vétérinaire sanitaire de certification et de notification basé sur internet sous la responsabilité de la Commission européenne...) qu'en Océanie (L'Océanie est une vaste région regroupant des territoires situés dans l'océan Pacifique. Elle est une des cinq divisions traditionnelles des terres émergées de...), une deuxième aurait permis à Homo sapiens de peupler successivement l'Europe, l'Asie (L'Asie est un des cinq continents ou une partie des supercontinents Eurasie ou Afro-Eurasie de la Terre. Il est le plus grand continent (8,6 % de la surface...), et enfin l'Amérique (L’Amérique est un continent séparé, à l'ouest, de l'Asie et l'Océanie par le détroit de Béring et l'océan Pacifique; et à l'est, de l'Europe et de l'Afrique par...).


Arbre représentant les 29 populations humaines étudiées, fossiles et actuelles. Les crânes gris sont tirés de l'échantillon utilisé pour reconstruire celui de l'ancêtre virtuel (en rouge). De gauche à droite: KNM-ER 3733 (H. ergaster), La Ferrassie (H. neanderthalensis), Qafzeh 6 (H. sapiens fossile), Kh-1739 (Afrique du sud, Khoikhoi), AUS001 (Australie), Eu.34.4.1 (Hongrie), EAS-ORSA0427 (Chine) et NA82 (Huron, Canada). © Aurélien Mounier - CNRS/MNHN


Bibliographie

Deciphering African late middle Pleistocene hominin diversity and the origin of our species, Aurélien Mounier & Marta Mirazón Lahr. Nature Communications, 10 septembre 2019. DOI: 10.1038/s41467-019-11213-w. https://www.nature.com/articles/s41467-019-11213-w
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