Le Soleil semble capable de libérer des éruptions bien plus violentes que toutes celles directement observées depuis le début de l'ère spatiale.
Pour le vérifier, des chercheurs ont étudié les 300 éruptions solaires les plus puissantes enregistrées par l'observatoire spatial Solar Dynamics Observatory de la NASA entre 2010 et 2016. Ils ont comparé l'énergie libérée avec la taille de la région active à l'origine de chaque événement. Ces zones de la surface solaire concentrent de puissants champs magnétiques et abritent souvent des taches sombres.

Une relation apparaît : les grandes régions actives peuvent alimenter des éruptions plus énergétiques. Les chercheurs ont alors utilisé cette relation pour remonter plus loin dans le passé. Les taches solaires sont observées régulièrement depuis environ quatre siècles, ce qui permet de retrouver des régions beaucoup plus grandes que celles suivies récemment par les satellites.
Un cas sort nettement du lot. En avril 1947, une tache solaire géante couvrait environ 0,6 % du disque visible du Soleil. Son diamètre atteignait près de 40 fois celui de la Terre. Elle n'a pourtant pas produit de super-éruption connue.
La nouvelle analyse indique cependant qu'une région de cette taille aurait pu, dans des circonstances rares, libérer quelque 1027 joules. C'est le domaine des « super-éruptions ». Une telle énergie serait très supérieure à celle des plus fortes éruptions solaires mesurées directement à l'époque moderne.
De l'énergie peut s'accumuler dans une région active, puis être brutalement libérée lorsque la configuration du champ change. Une grande tache ne provoque donc pas automatiquement une explosion géante : elle indique surtout qu'une quantité d'énergie très élevée peut être disponible.
Cette distinction compte pour la Terre. Une forte activité solaire peut perturber les satellites, les communications et certains réseaux électriques. L'événement de Carrington de 1859 avait notamment provoqué des perturbations dans les réseaux télégraphiques et rendu des aurores visibles à très basse latitude. Rien ne permet toutefois d'affirmer qu'il s'agissait d'une super-éruption comparable au maximum calculé ici.
Reste une inconnue majeure : aucune super-éruption solaire n'a été observée directement. Les scientifiques savent désormais que le Soleil peut former des taches assez grandes pour en fournir l'énergie. Il reste à déterminer à quelle fréquence les conditions permettant de libérer toute cette énergie peuvent réellement se réunir.