Un micro-organisme terrestre a rĂ©ussi Ă se dĂ©velopper dans une eau de laboratoire conçue pour reproduire les conditions d'un ocĂ©an extraterrestre, celui dâEncelade.
Cette petite lune de Saturne est recouverte dâune Ă©paisse couche de glace. En dessous se trouverait un vaste ocĂ©an dâeau liquide, en contact avec un fond rocheux. Des jets expulsent rĂ©guliĂšrement de la vapeur et des grains de glace dans lâespace. La sonde Cassini a traversĂ© ces panaches et y a dĂ©tectĂ© des sels ainsi que des molĂ©cules contenant du carbone.

Représentation de l'activité hydrothermale sur Encelade basée sur les données de la mission Cassini-Huygens
Crédit : ESA
Les chercheurs ont voulu savoir si un organisme terrestre pouvait vivre dans une eau possĂ©dant des caractĂ©ristiques proches de cet ocĂ©an. Ils ont choisi Methanothermococcus okinawensis, un micro-organisme vivant naturellement prĂšs de sources chaudes sous-marines. Il appartient aux archĂ©es, des ĂȘtres microscopiques diffĂ©rents des bactĂ©ries. Il peut vivre sans oxygĂšne et produit du mĂ©thane.
Le laboratoire a donc recréé une eau trĂšs alcaline, avec un pH pouvant atteindre 11. Cette eau contenait aussi beaucoup de carbonate et trĂšs peu de dioxyde de carbone disponible. Les chercheurs ont reproduit les rĂ©actions pouvant se produire entre lâeau et les roches chaudes du fond ocĂ©anique.
Dans un milieu nutritif classique portĂ© au mĂȘme pH, le micro-organisme ne se dĂ©veloppait pas faute de dioxyde de carbone dissous. Dans lâeau reproduisant celle dâEncelade, il continuait au contraire Ă croĂźtre et Ă produire du mĂ©thane. LâhydrogĂšne libĂ©rĂ© par les rĂ©actions entre lâeau et les roches lui fournissait une partie des ressources nĂ©cessaires.

Illustration de l'orbiteur Cassini de la NASA traversant un gigantesque jet de vapeur au-dessus de la lune Encelade.
Crédit : NASA/JPL-Caltech
ConcrĂštement, lâorganisme a rĂ©ussi Ă adapter son fonctionnement aux trĂšs faibles quantitĂ©s de dioxyde de carbone disponibles. Cela indique quâune chimie comparable Ă celle envisagĂ©e sur Encelade nâempĂȘche pas forcĂ©ment ce type de vie.
Les gouttelettes dâeau expulsĂ©es depuis lâocĂ©an dâEncelade pourraient contenir des substances organiques. Une future sonde nâaurait pas nĂ©cessairement besoin de se poser ni de percer plusieurs kilomĂštres de glace. Elle pourrait traverser les panaches et les analyser, comme Cassini lâa dĂ©jĂ fait avec des instruments moins adaptĂ©s Ă la recherche de vie.
LâAgence spatiale europĂ©enne Ă©tudie justement une future mission vers Encelade consacrĂ©e notamment Ă cette question.