Le français possède trois mots pour le nombre 80 : quatre-vingts, huitante et octante. Aujourd'hui, quatre-vingts est de loin le plus répandu dans la francophonie, huitante est courant dans plusieurs cantons de Suisse romande et dans la Vallée d'Aoste (Italie), et octante a quasi disparu. Cependant, ces deux derniers termes ont été plus largement utilisés dans le passé. L'influence du substrat celtique sur le français pour expliquer cette irrégularité (numération vicésimale) reste une hypothèse largement majoritaire parmi les savants.
Quatre-vingts
Au Moyen Âge, les chiffres romains de 60 à 400 sont comptés en vingtaines : quatre-vingts s'écrit IIII.
Huitante
Cette évolution de la forme latine octoginta est la plus ancienne. On la trouve sous la forme « oitante » au XII siècle (Voyage de Charlemagne, éd. Paul Aebischer, 96 et 99). Elle figure dans la première et la dernière édition du Dictionnaire de l'Académie française.
Une citation non attribuée par Littré dans son dictionnaire atteste l'emploi de ce terme au XIV siècle : [1].
Littré cite encore cette utilisation de huitante de Castil-Blaze (début du XIX siècle) :
« La Révolte des femmes, ballet où Marie Taglioni brillait au premier rang, entourée de huitante amazones, s'escrimant de la lance et de l'arquebuse, obtint un succès prodigieux. »
Aujourd'hui huitante est toujours utilisé officiellement dans les cantons suisses de Vaud, de Fribourg, du Valais, seuls les cantons de Genève, de Neuchâtel, du Jura, ainsi que le Jura bernois, utilisent quatre-vingts. C'est pourquoi ce terme est généralement noté par les dictionnaires comme un helvétisme, quoique son aire d'utilisation ait été bien plus étendue dans le passé, puisqu'il était en usage notamment en Savoie. Il est aussi utilisé au sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, au Canada.
Octante
Le terme octante est une réfection du terme précédent d'après le latin octoginta. Il figure dans toutes les éditions du Dictionnaire de l'Académie française, au contraire de huitante, et était conseillé, avec septante et nonante, par les Instructions officielles françaises de 1945 pour faciliter l’apprentissage du calcul.
À la fin du XIX siècle, Littré note, dans son dictionnaire, que ce terme est vieilli, mais est encore en usage dans le Midi de la France [2]. L'écrivain argentin Jorge Luis Borges, qui vécut en Suisse au début du vingtième siècle, avant la Première guerre mondiale, a signalé que l'usage du terme octante était largement répandu à Genève (Suisse) ; la citation suivante montre cependant qu'il était déjà vieilli en Suisse romande pendant l'Entre-deux-guerres :
« Nos anc. textes donnent très souvent octante; il est […] hors d'us. en SR [Suisse Romande] »
— Pierrehumbert, William, Dictionnaire historique du parler neuchâtelois et suisse romand, Neuchâtel, Attinger 1926. Cité dans la remarque de l'article Huitante du Dictionnaire suisse romand, éd. Zoé, Genève 2004.