Abbaye Notre-Dame du Vœu

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Introduction

Abbaye Notre-Dame du Vœu
Façade de l'abbaye Notre-Dame du Vœu
Latitude

Longitude
49° 38′ 50″ Nord

1° 38′ 30″ Ouest / 49.6472, -1.6417
PaysFrance France
RégionBasse-Normandie
DépartementManche
VilleCherbourg-Octeville
CulteCatholique romain
TypeAbbaye
Rattaché àChanoines réguliers de saint Augustin
Début de la construction1145
ProtectionClassé MH
Localisation
(Voir situation sur carte : Basse-Normandie)

Abbaye Notre-Dame du Vœu

L'abbaye Notre-Dame du Vœu est un édifice religieux catholique implanté à Cherbourg-Octeville, rue de l'Abbaye.

Fondée en 1145 par Mathilde l'Emperesse qui la place sous l'autorité de chanoines réguliers de saint Augustin, l'abbaye, éloignée de la place forte de Cherbourg est pillée et brûlée de nombreuses fois, puis abandonnée par les religieux avant la Révolution française. Après un premier classement partiel en 1913, elle est en restauration depuis 40 ans et fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis 2002.

La légende de Chantereyne

Une légende, rapportée par Arthur du Moustier (ou Arthus Dumonstier) au XVII siècle, dans Neustria pia (1663), et complétée plus tard par Dom Beaumier dans son Recueil des évêchés, archevêchés et abbayes (1726), explique la fondation et le nom de l'Abbaye.

Ils racontent que, prise dans une terrible tempête en mer, entre la Normandie et l'Angleterre, Mathilde l'Emperesse, petite-fille de Guillaume le Conquérant, aurait demandé à la Vierge de la sauver, promettant d'ériger une église là où elle débarquerait. Voyant la terre, le pilote aurait dit à la Reine « Chante Reine, voici la terre », laissant ce mot à la croûte du Homet.

Mais cette version n'est présente dans aucune chronique de l'époque. Selon Robert Lerouvillois, il est plus probable que le vœu évoqué soit celui que Guillaume le Conquérant, tombé gravement malade à Cherbourg, fit de guérir, et en accomplissement duquel, il avait fondé la collégiale du château de Cherbourg en 1063. Sa petite-fille aurait voulu ainsi le renouveler. Quant au nom de Chantereyne, il se réfèrerait au ruisseau éponyme, qui avec celui de la Bucaille traversaient cette zone marécageuse, et dont l'étymologie renverrait à cantu ranarum, « lieu où chante les grenouilles ».

La fondation de 1145

En dehors de la légende de Chantereyne, l'objet de la fondation de l'abbaye par l'Emperesse est incertain, le chartrier originel ayant été détruit lors des pillages successifs durant la Guerre de Cent ans. Les auteurs lui affectent la volonté soit de raviver le vœu fait par ses grands-parents, Guillaume et Mathilde de Normandie, de bâtir une collégiale pour la guérison du duc de Normandie, soit de pallier la faible spiritualité des moines de celle-ci. Gustave Dupont note une donation de terre faite à SM de Voto en 1122 à Aurigny, qui prouverait l'antériorité de la fondation de l'établissement cherbourgeois aux larges dons de Mathilde, mentionnée comme fondatrice en 1145 dans tous les documents officiels.

Réfectoire de l'abbaye Notre-Dame du Vœu

Le choix du lieu, la croûte du Homet, presqu'île marécageuse arrosée par les ruisseaux de la Bucaille et de Chantereyne, à un kilomètre au nord-ouest de la forteresse de Cherbourg, est tout aussi énigmatique.

Cette création ou refondation s'inscrit dans le mouvement de construction de nombreuses abbayes par les ducs et les grands barons normands entre 911 et 1204. Mathilde fonde elle-même deux autres abbayes, à Valasse et à Silly-en-Gouffern (Orne), également dédiées à la Vierge, dans le cadre de l'important culte marial de l'époque, et se fait enterrer à Notre-Dame du Bec qu'elle a richement doté.

Suite à cette fondation ou refondation de 1145, Mathilde y installe en 1160 une communauté de chanoines réguliers de saint Augustin issus de l’abbaye Saint-Victor de Paris, et meurt à Rouen en 1166, avant l'achèvement des travaux. Son fils, le roi Henri II Plantagenêt assiste aux côtés de son épouse Aliénor d’Aquitaine à la consécration de l'abbaye en 1181 et l'unit au monastère arrouaisien de Saint-Hélier, de Jersey en 1187 pour accroître sa puissance. La construction des bâtiments selon le plan bénédictin s'étale ensuite sur plusieurs siècles (église, cuisines et cellier au XII siècle, réfectoire et salle capitulaire au XIII siècle). Le cloître, élément central de l'abbaye bénédictine, à l'est, et l'église, au nord, sont achevés en 1181. Le couple royal, Henri II d'Angleterre, fils de Mathilde, et Aliénor d'Aquitaine, son épouse, assistent à la consécration de l'église cette même année.

Prospérité et destructions

Le XIII siècle est celui de la prospérité grâce aux dons lors des croisades. En 1266, 47 religieux, dont 27 résident à l’abbaye les autres dans les prieurés, y sont rattachés. Elle reçoit les visites royales de Louis IX de France (1256) et Philippe le Bel (1286).

Mais, sans protection, l'abbaye est régulièrement pillée et brûlée lors des incessantes batailles franco-anglaises (1294, 1295, 1327, 1330, 1340, 1346, 1377), contraignant les religieux à la quitter. Elle est reconstruite vers 1450, disposant le droit de haute-justice sur 77 paroisses et les îles anglo-normandes.

Elle sera de nouveau endommagée durant les guerres de religion. Elle subit le régime de la commende à partir de 1583. Réformée à la fin du XVII siècle sous l'impulsion de l'évêque de Coutances, Loménie de Brienne, et de l'abbé commendataire de Cherbourg, Alexandre Le Jay, par l'installation de chanoines réguliers de la congrégation de Bourg-Achard, elle subira le déclin commun aux institutions monastiques masculines et sera fermée en 1774.

Vue cavalière de l'abbaye vers 1780

Avec la construction du port militaire, ses terrains d'une quarantaine d'hectares qui s'étendaient de la mer jusqu’à l’actuelle rue Pierre de Coubertin, sont annexés en 1778. Elle devient la résidence du duc d'Harcourt, gouverneur de Normandie, et accueille le Roi en 1786. Elle est transformée ensuite en hôpital de la Marine entre 1793 et 1866, en bagne sous le Premier Empire et en caserne Martin-des-Pallières à partir de 1850 pour l'infanterie de marine.

En 1928, est installée une cité ouvrière, la cité Chantereyne, épargnée par les bombardements mais incendiée par les Allemands en juin 1944.

Restauration

Église de l'Abbaye Notre-Dame du Vœu

Un premier classement au titre des monuments historiques intervenu le 20 août 1913 sur les bâtiments conventuels, n'a pas été accompagné d'un plan de sauvegarde ou de protection. La mairie réfléchit en 1931 à la fondation d'un musée de sculpture confié au peintre Émile Dorrée, mais ne donne pas suite au projet.

Rachetée par la mairie en 1961, l'abbaye est lentement consolidée et restaurée à partir de 1965. L'ensemble des bâtiments, vestiges et sols de l'ancienne abbaye, est classé en septembre 2002. Plusieurs enquêtes archéologiques sont menées, permettant notamment de mettre au jour en 1994 la plate-tombe en céramique du prêtre Guillaume Argème de Rai, classée monument historique en février 1995 et exposée dans le logis abbatial de l'abbaye.

La grande cheminée de la maison abbatiale (XVI siècle) est conservée dans la salle du conseil de l'Hôtel de ville, le portail occidental de l'église (XIII siècle) muré en 1759 et redécouverte lors des travaux du génie militaire en 1892, est exposé dans le Jardin public. Les objets cultuels et œuvres d'art ont été dispersées dans les églises de la ville, en particulier à la basilique Sainte-Trinité et l'église Notre-Dame du Vœu.

Armoiries

Victor Le Sens décrit ainsi les armoiries de l'abbaye : « mi parti d'azur à une fleur de lis d'or et de gueules à une tour du même et coupé au pont à quatre arches d'or avec la mer de sinople ; la crosse mise en pal derrière l'écu et le tout surmonté de la couronne de baron. ».

La fleur de lys évoque que l'abbaye était royale, tandis que la tour renvoie aux droits seigneuriaux exercés par l'abbé sur ses terres. Le Sens voit dans le pont une évocation du caractère insulaire de la croûte du Homet, l'« île d'Oulme », où a été bâtie l'abbaye. La couronne indique le titre de l'abbé de baron de Cherbourg, de Sainte-Geneviève et de Neuville, et la crosse se réfère à son droit de porter mitre, crosse et anneau.

Le blason se trouvait peint sur la porte principale de la salle abbatiale. Il a été reproduit par l'architecte de la ville de Cherbourg Geufroy, sur le manteau de l'ancienne cheminée de l'appartement de l'abbé et sur les statues d'albâtre de la Vierge et de saint Augustin provenant de l'abbaye et déposées en l'église Notre-Dame du Vœu.

Le sceau datant du XV siècle portait quant à lui une fleur de lys, un château fortifié et un pont avec cette légende : S. baillive oblig abbie de Voto.