Boeing 367-80

Restez toujours informé : suivez-nous sur Google (☆)

Introduction

Dash 80
Boeing 367-80
RôlePhoto d'archive de la NASA
ConstructeurÉtats-Unis Boeing
Premier vol15 juillet 1954
Mise en service1954
Retrait1969
Coût unitaire16 000 000 $
Production1954
Dimensions
Longueur39,20 m
Envergure39,63 m
Aire alaire223,2 m²
Masse et capacité d'emport
Max. au décollage72 600 t
Motorisation
Moteurs4 turboréacteurs Pratt & Whitney JT3
Poussée unitaire44,5 kN kN
Performances
Autonomie5 680 km
Plafond13 100 m
Charge alaire325 kg/m²
Rapport poussée/poids0,3

Le Boeing 367-80, ou Dash 80, comme il était appelé au sein de Boeing, est un prototype d'avion de ligne américain conçu pour démontrer les avantages des avions de ligne à réaction sur les avions à moteur à piston.

Le Dash 80 est considéré comme ayant été le prototype de l'avion de ligne Boeing 707 et de l'avion ravitailleur KC-135 Stratotanker. Il a été construit en moins de deux ans à compter du lancement du projet en 1952, jusqu'à sa présentation le 14 mai 1954, pour un coût de 16 millions de dollars. Ce fut à ce moment un risque énorme pour la société Boeing, qui n'avait pas alors de clients engagés pour le projet.

Un seul exemplaire fut construit ; il est aujourd'hui exposé au Steven F. Udvar-Hazy Center à l'aéroport international de Washington-Dulles en Virginie.

Conception et développement

À la fin des années 1940, deux développements encouragent Boeing à envisager la construction d'un avion de ligne à réaction.

Le premier était le premier vol en 1949 du premier avion de ligne à réaction au monde, le de Havilland Comet. Avec une vitesse de croisière de 800 km/h, il a permis de réduire de façon significative les temps de trajet par rapport aux avions à hélice. Bill Allen, le président de Boeing, dirigeait une délégation de la société en Angleterre durant l'été 1950 où il a vu le Comet en vol lors du salon aéronautique de Farnborough, et a également visité l'usine de Havilland, à Hatfield dans l'Hertfordshire, où les Comet étaient en cours de construction.

Le second événement a été l'achèvement en 1950 du développement réussi du B-47 Stratojet. Boeing a estimé que ce programme lui a permis de maîtriser l'aile en flèche et les moteurs placés dans des nacelles, qu'il possédait les technologies clés qui lui permettraient d'améliorer à la fois les performances et la maintenance des moteurs du Comet.

En 1950, Boeing a provisoirement produit un cahier des charges pour un avion de ligne à réaction, surnommé le modèle 473-60C. Cependant, les compagnies aériennes n'étaient pas convaincues, car elles n'avaient aucune expérience dans le transport à réaction, et misaient sur le succès des avions à moteur à piston, comme le Douglas DC-4, DC-6, Boeing 377 et Lockheed Constellation.

Il se posait également un problème plus important : Boeing avait l'expérience de la vente à l'armée mais n'avait pas connu les mêmes succès avec les avions civils. Ce marché était à l'époque dominé par Douglas qui était apte à répondre aux besoins des compagnies aériennes par les affiner et à développer sa gamme d'avions à hélice. En 1950 Douglas était affairés à la commercialisation prochaine du DC-7. Boeing avait décidé que la seule façon de surmonter la méfiance des compagnies aériennes à l'égard de l'avion de ligne à réaction était de leur montrer un avion terminé.

En tant que premier exemplaire d'une nouvelle génération d'avions de transport de passagers, Boeing a voulu un numéro de modèle soulignant la différence par rapport aux avions à hélices précédents, qui portaient des numéros de série dans les 300. Les séries 400, 500 et 600 étant déjà utilisées par des missiles et d'autres produits, Boeing décida que les avions de ligne à réaction porteraient des numéros de la série 700 et que le premier serait le 707. Cependant, juste après que le programme ait été approuvé, Boeing changea la désignation comme tactique de désinformation visant à tromper ses concurrents. « 367 » était le numéro de modèle du KC-97 Stratotanker, un avion de génération précédente auquel le Dash 80 ne devait rien, bien qu'il ait le même diamètre de fuselage (3,33 m) que le 367 et que le pli du fuselage du 367 était aplani. Bien que la conception ait été annoncée en tant que modèle 707, le prototype fut simplement appelé le -80, ou Dash 80.

Le fuselage du Dash 80 était assez large pour 5 sièges côte à côte ; 2 sur un côté de l'allée et 3 sur l'autre. Toutefois, au moment où Boeing commença la production, la décision fut prise de concevoir le modèle de production avec 6 sièges de front et un fuselage plus large (3,76 m), basé sur les retours d'information des responsables de la compagnie qui avait étudié le prototype. Cette décision retarda peu l'introduction du modèle de production puisque le 367-80 était en grande partie construit à la main et que peu d'outils de production furent créés pour sa fabrication.

Histoire opérationnelle

Au début de 1952 les dessins étaient complets et, en avril 1952, le conseil d'administration de Boeing approuva le programme de construction. Celle-ci débuta en novembre dans une section cloisonnée de l'usine Boeing de Renton, dans l'état de Washington. Comme preuve de la conception de prototype, il n'y avait pas de certification, aucune ligne de production et la plupart des pièces furent fabriquées sur mesure. L'intérieur de l'avion n'était pas équipé comme une cabine d'avion de ligne, mais se composait d'un revêtement en contre-plaqué de base utilisé pour abriter les instruments nécessaires aux essais en vol.

Le Dash 80 sortit d'usine le 15 mai 1954, deux ans seulement après l'approbation du projet, et 18 mois après le début de sa construction. Le 367-80 fut ensuite soumis à une série d'essais au sol et, même si le train d'atterrissage avant s'effondra le 22 mai causant des dommages rapidement réparés à la cellule , le vol inaugural eut lieu le 15 juillet 1954.

De nombreux vols d'essais suivirent, au cours desquels le problème le plus important découvert fut une forte tendance au « roulis hollandais » - un lacet alternant avec le roulis de rotation. Boeing avait déjà une grande expérience de cela, sur le B-47 et B-52, et avait développé un système amortisseur de lacet sur le B-47 qui put être adapté plus tard aux configurations de l'aile balayée comme celle du Dash 80. D'autres problèmes furent trouvés au niveau des moteurs et des freins, ces derniers s'étant complétement affaiblis, une fois, à l'atterrissage, entraînant le dépassement de la piste et des dommages.

Boeing 367-80 (N70700) atterrissant à l'aéroport d'Oakland, en Californie, en 1965

En plus du programme d'essais en vol, Boeing utilisa également le Dash 80 pour des vols de démonstration aux dirigeants des compagnies aériennes et d'autres figures clés de l'industrie. Cette attention s'est portée sur la question de ce à quoi la cabine d'un avion de ligne devrait ressembler. Faisant un écart important par rapport à sa pratique habituelle, Boeing missionna l'entreprise de dessin industriel Walter Dorwin Teague pour créer une cabine aussi novatrice que l'avion lui-même.

Le tonneau barriqué

Dans le cadre du programme de démonstration du Dash 80, Bill Allen invita des représentants de l'Association Aircraft Industries (AIA) et de l'International Air Transport Association au Seattle's 1955 Seafair et aux Gold Cup Hydroplane Races tenues sur le lac Washington, le 6 août 1955.

Le Dash 80 fut programmé pour effectuer un survol simple, mais le pilote d'essai de Boeing, Alvin Tex Johnston, effectua plutôt un tonneau barriqué pour montrer l'avion de ligne.

Le lendemain, Bill Allen convoqua Johnston dans son bureau en lui disant de ne pas recommencer de telles manœuvres, malgré l'affirmation ce dernier affirmant que c'était totalement sans danger. (« C'est une manœuvre en 1 g. C'est absolument sans danger, mais c'est très impressionnant », expliqua Johnson à Allen).

À ce jour, le seul avion de ligne à quadriréacteur connu pour avoir effectué un tonneau est le Concorde, qui en effectua de nombreux lors des essais par les pilotes d'essais français et anglais. D'autres avions quadriréacteurs ont effectué des tonneaux, comme l'Avro Vulcan XA890 qui en réalisa le premier jour du salon de farnborough de 1955, avec Roly Falk aux commandes, mais il s'agissait d'un bombardier. L'histoire du tonneau barriqué apparaît sur une vidéo intitulée Frontiers of Flight - The Jet Airliner, réalisée par le National Air and Space Museum, en association avec la Smithsonian Institution, en 1992.

L'héritage du tonneau du 707 perdure : le chef pilote d'essai de Boeing, John Cashman, a déclaré que juste avant de piloter le Boeing 777 pour son premier vol, le 12 juin 1994, les dernières instructions de Phil Condit, le président de Boeing, étaient « No rolls » (« Pas de tonneaux »).

Vie en tant qu'avion expérimental

Après l'arrivée des premiers 707 de production en 1957, le Dash 80 a été adapté en avion expérimental général et utilisé par Boeing pour tester une variété de nouvelles technologies et systèmes. L'une des tâches les plus importantes, à la fin des années 1950, fut de tester des systèmes pour le nouveau Boeing 727. Ces essais nécessitaient l'installation d'un cinquième moteur à l'arrière du fuselage pour simuler le troisième réacteur du 727.

D'autres essais portèrent sur la forme des ailes et des dispositifs hypersustentateurs avec lesquels l'air comprimé issu des moteurs est dirigé sur les volets pour accroître la portance pendant le décollage et l'atterrissage.

Dernier vol

Le Boeing 367-80 au National Air and Space Museum

En 1969, après 2 350 heures et 1691 vols, l'appareil fut retiré du service. Le 26 mai 1972 Boeing en fit don au Smithsonian Air and Space Museum, qui l'avait désigné comme l'un des douze appareils les plus importants de tous les temps. Pendant les dix-huit années suivantes, l'avion fut entreposé dans un cimetière d'avions à la Davis–Monthan Air Force Base à Tucson, avant de retourner chez Boeing en 1990 pour y être restauré. Le dernier vol du Dash 80 se fit vers l'aéroport international de Washington-Dulles, le 27 août 2003. Il fut mis en exposition au Steven F. Udvar-Hazy Center, une annexe du National Air and Space Museum de la Smithsonian Institution, située à proximité de l'aéroport de Washington-Dulles à Chantilly.