Les Allemands, pourtant partisans convaincus de la guerre mécanisée et de l'usage des chars d'assauts en tant qu'ossature et fer de lance d'unités autonomes polyvalentes et combinées, les Panzer Divisionen, constatent rapidement l'infériorité de leur matériel face à leurs adversaires. Ainsi déjà en France les trop rares chars B1 et Somua S-35 sont-ils techniquement supérieurs aux Panzers II et III alignés par la Wehrmacht, principalement en puissance de feu et en protection.
Mais c'est en U.R.S.S. que la nécessité des chasseurs de chars se fait sentir, et ce dès le début de l'opération Barbarossa. En effet, en 1941, l'armée allemande est pourvue en Panzer II, III et IV, principalement, et aucun ne fait vraiment jeu égal avec le puissant KV-1, ni même avec l'excellent char moyen russe T-34.
Le Panzer II est périmé, son blindage est juste assez épais pour arrêter les balles et les shrapnels, et son armement ridicule (canon de 20 mm) en fait à peine un véhicule anti-infanterie.
Le Panzer III est meilleur, mais inférieur sur tous les plans face au T-34. Son canon de 50 mm manque de puissance, et son blindage est trop fin. Quant à sa mobilité, pourtant très bonne, elle est inférieure à celle du T-34.
Le Panzer IV n'est pas mieux blindé, plus gros, moins mobile que le III, et son canon court de 75 mm n'a pas la puissance de pénétration suffisante pour détruire les chars adverses.
Les Allemands travaillent sur la construction d'un char lourd, qui deviendra le célèbre Tiger I, mais la situation sur le front se dégrade, au point que seules les pièces d'artillerie comme le célèbre canon anti-aérien (Flak) de 88 mm peuvent stopper les chars russes au moyen de munitions perce-blindage. Les allemands ne supportent cet état de fait que grâce à un entraînement supérieur, de meilleures tactiques, et grâce à l'usage des radios dans leurs véhicules, qui fait défaut dans les chars russes.
Pour combler rapidement ce manque de puissance de feu, les Allemands ont recours à une solution radicale, qui va permettre de spécialiser certains chars pour leur permettre de lutter contre les T-34 et KVs.
À partir d'un châssis de char, ils établissent un véhicule bas, donc bénéficiant d'une protection accrue, sans tourelle, doté d'une casemate fixe basse avec un blindage incliné favorisant les ricochets, et enfin munissent le véhicule d'un blindage frontal épais et d'un canon plus gros et souvent plus long que le modèle de char de base : le chasseur de char est né.
Cette description peut prêter à confusion entre un chasseur de char et un canon motorisé. La différence réside dans le fait qu'un canon automoteur est un véhicule qui bombarde en arrière des lignes, doté d'un blindage faible et d'un canon de gros calibre, mais assez court, presque un obusier, qui n'est absolument pas prévu pour détruire des chars. Le chasseur de char, lui, hérite d'un canon plus gros mais surtout plus long, afin de maximiser la vitesse initiale de ses projectiles, favorisant ainsi la pénétration de blindage, et les trajectoires tendues nécessaire à une visée correcte.
On peut citer plusieurs modèles de chasseurs de char allemands parmi les plus connus :
Les StuG III et IV à canon long de 75 mm : Il s'agit à la base d'artillerie automotrice, ce qui ajoute encore à la confusion, mais ils sont munis d'un canon beaucoup plus long qui leur donne un rôle efficace en lutte anti blindés.
Le Jagdpanzer 38(t) Hetzer : basé sur le char tchèque obsolète Panzer 38(t), ce chasseur de char combine un efficace canon de 75 mm avec une très petite taille, ce qui le rend très difficile à détruire.
Le Jagdpanther, sur base de l'excellent Panther allemand. Par rapport au modèle de base, il troque son canon de 75 contre un de 88 mm, mais garde sa mobilité par l'allègement structural dû à la perte de la tourelle et de son mécanisme.
Le Jagdtiger, sur base de Tigre Royal. C'est le plus gros véhicule de la Seconde Guerre mondiale à être produit en série (petite série tout de même). Il pèse plus de 70 tonnes, et son canon de 128 mm est alors le plus gros canon anti-char jamais installé sur un véhicule. Cependant, trop lent pour être efficace, il reste une exception et une impasse technologique. Il sera surtout utilisé en tant que canon antichar à longue portée, du fait de sa faible mobilité et de sa consommation en carburant dantesque.
Il est à noter que la mobilité étant le plus grand atout du chasseur de char, le meilleur parmi ceux qui ont été cité est le Jagdpanther. À noter également l'utilisation particulière de ces véhicules : sans tourelles, les canons ne bénéficient que d'un débattement latéral limité, et il faut donc orienter tout le véhicule pour tirer. C'est un inconvénient qui en fait une pure arme d'attaque, toute sa puissance de feu concentrée vers l'avant. Par contre, le fait de ne pas avoir de tourelle diminue la surface exposée aux tirs ennemis, ce qui est un avantage en combat entre blindés.