Château du Repas

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Introduction

Château du Repas
Période ou styleLouis XIII
Début constructionXVII siècle vers 1615
Propriétaire actuelprivé
ProtectionInscrit MH (1967)
Latitude

Longitude
48° 46′ 06″ Nord

0° 21′ 26″ Ouest / 48.7682, -0.3572
PaysFrance
Région historiqueNormandie
RégionBasse-Normandie
DépartementOrne
Commune françaiseChênedouit

Le château du Repas est un château situé dans la commune de Chênedouit, dans le département de l'Orne.

Il fait l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques depuis octobre 1967.

Histoire de la construction

Situation du château

Comme le montre bien la carte de Cassini établie au XVIII siècle, le château du Repas a été construit - à environ 6 lieues de Falaise - près d'un grand axe de communication pour ce secteur de la Normandie: le grand chemin de Falaise à Domfront. Ces deux places-fortes jouent un grand rôle dans l'ancien duché, aux XI et XII siècles et pendant le long affrontement entre les royaumes de France et d'Angleterre traditionnellement connu sous le nom de Guerre de Cent Ans. L'embranchement vers Briouze, place-forte de moyenne importance mais siège d'une sergenterie de la vicomté de Falaise, se situe près du château du Repas.

On peut encore voir — près de mille ans plus tard — d'autres châteaux et maisons fortes à proximité de cette même ancienne route, fortins bâtis à des endroits importants à contrôler comme le château de Saint-Pavin sur Bazoches-au-Houlme, près du lieu de franchissement de la Baise, et le château de La Forêt-Auvray, à proximité du franchissement de l'Orne. Ces châteaux placés à intervalles rapprochés — sortes de relais de l'autorité ducale puis royale (haltes avec changement de cheval pour les "chevaucheurs d'écurie" porteurs du courrier officiel ? hébergement ? repas ?) — avaient un rôle à jouer tant du point de vue sécuritaire que commercial, en contrôlant les déplacements, en sécurisant et facilitant les échanges, en percevant les droits de passage.

Quoi qu'il en soit, le lieu-dit le Repas était occupé bien avant, dès la préhistoire, comme l'indiquent le menhir situé à proximité du château ainsi que la hache de pierre trouvée par le baron de Cheux, selon Thierry Churin ci-dessous référencé.

Le toponyme

En ce qui concerne l'origine du nom "Repas" — avec le sens qu'on lui donne aujourd'hui — il y a lieu de noter qu'il n'apparaît qu'au XII siècle. On trouve "Sanctus Julianus militum" et "Repastus" dans des Pouillé (registre ecclésiastique) s du diocèse de Séez du 14° siècle, pour désigner cette paroisse. D'autre part, il est assez fréquent de constater — tant pour les noms de lieux que pour les noms de familles — que ceux-ci ont évolué au fil des siècles, l'orthographe actuelle étant souvent la transcription par les clercs (civils ou religieux) du langage oral longtemps utilisé par la majorité de la population ou la traduction du terme latin précédemment utilisé dans les documents officiels. Ainsi on trouve la transcription Chesnedouet pour Chênedouit.

Selon la légende rapportée par Henri Dontenville (Histoire et géographie mythiques de la France) : « Le château du Repas conserve la mémoire d'un dîner de notre géant » (ie: Gargantua)... tout comme la Pierre à Gargantua située non loin de là, sans doute. Cependant, aucune source actuelle crédible ne permet d'avoir une explication plus sérieuse ; il n'est d'ailleurs pas exclu que le lieu-dit n'ait pas porté ce nom avant le XVI siècle et Rabelais, l'auteur des fameuses aventures de Gargantua et de Pantagruel.

Architecture

Ancienneté du château

Le château actuel a vraisemblablement remplacé une construction plus ancienne — comme cela a été le cas pour bon nombre de demeures nobles — à partir du moment où les anciennes fortifications ont perdu une grande partie de leur efficacité avec les progrès de l'artillerie. En effet, au milieu du XV siècle (soit avant l'actuelle construction), Michel le Verrier est déjà appelé "Seigneur du Repas, de Lougé, de Crèvecœur".

Construction actuelle

Le style du monument permet aux spécialistes de dater le château actuel du début du XVII siècle (certains précisent même entre 1605 et 1615, soit en majeure partie sous le règne de Henri IV.) Bâti selon le style Henri IV de France, la bâtisse entourée de douves est disposée en forme de « U » autour d'une cour. Le corps de logis, traversant, est composé de deux étages ; à chaque extrémité du corps principal se trouvent deux pavillons an ailes, à l'aspect robuste. Ce corps principal est situé face au pont-levis, au fond de la cour. Deux ailes en retour d'équerre abritant deux galeries à l'étage, supportées par des linteaux à encorbellement sur collines jumelées, donnent accès à deux pavillons venant clore la composition. L'ensemble forme un édifice d'une homogénéité parfaite, entouré de fossés avec une cour bien fermée. Côté cour, le château s'ouvre sur une longue perspective arborée. Sur l'arrière, le château donne sur un petit jardin à la française. Un large perron, à double évolution dans l'axe de la cour d'honneur, conduit à un vestibule dallé de marbres disposés en mosaïque. Le château présente une impressionnante collection de cheminées en granit, dont l'une repose sur deux colonnes doriques de quatre mètres de hauteur. Dans le pavillon de gauche en façade qui contient un appartement particulier, il est décrit en 1967 un plafond peint par Le Brun, représentant un sujet mythologique, une victoire ailée distribuant des couronnes. Le château du repas renfermait encore au début du XXe siècle une impressionnante collections de meubles précieux, tapisseries anciennes et lambris, que quatre ventes successives ont achevé de disperser. Il n'en reste, particulièrement après le passage de Noriyoshi Ishigooka, presque plus rien. Il est à déplorer quelques initiatives malheureuses de ce propriétaire quant à la décoration intérieure peu en harmonie avec le lieu et son histoire, tout comme le bétonnage antisismique et quasi irreversible des allées centenaires de la propriété. La propriété compte également l'ancienne église de la commune du Repas, ainsi que le presbytère.

En 2007, l'ensemble de la propriété menaçait ruine. L'actuel propriétaire a sauvé l'église et le presbytère en 2008 en restaurant toutes les couvertures, et poursuit actuellement son titanesque travail de sauvetage sur les couvertures du château. L'architecte en Chef des Monuments Historiques en charge du dossier est Daniel Lefebvre.

Propriétaires successifs

Famille Le Verrier

  • Armoiries: D'argent à la hure de sanglier de sable, défendue d'argent (noter le calembour: du repas= d'hure..pas, pour hure...défendue)

Au XV siècle, la terre du Repas (et son château ou manoir?) appartient à la famille "le VERRIER" (vers 1450, Michel le VERRIER est Seigneur du Repas, de Crèvecoeur et du Champ-de-la-Pierre, selon la généalogie de thleconte sur Généanet ).

Famille Sallet

  • Armoiries: D'argent à deux roses de gueules en chef et un cœur du même en pointe

Vers 1535, la fille de Jean II le Verrier Seigneur du Repas et gouverneur de Falaise: Renée le Verrier — dite "Dame du Repas" — apporte en dot la terre du Repas lors de son mariage avec Samson Sallet bailli de St Aubert.

Le croisement des données historiques et généalogiques permet de penser que le château que nous voyons au lieu-dit "le Repas" aurait été construit par Baptiste Salet (ou Sallet) — le fils des précédents — (noté comme Seigneur du Repas dans les documents émanant du tabellionnage de la Forêt-Auvray, par exemple). Si tel est le cas, il serait surprenant qu'il n'ait pas fait graver ou peindre ses armoiries dans sa nouvelle et prestigieuse demeure. La famille anoblie par l'édit de Louis XI de 1470 dit édit des francs-archers pour un fief tenu dans la vicomté de Vire, s'illustra particulièrement dans la noblesse de robe en occupant des fonctions importantes au Parlement de Normandie, à Rouen et à Caen. (La noblesse de cette famille normande est d'ailleurs confirmée par le roi Louis XIV en 1667). Au XVI siècle, Samson Sallet — le père de Baptiste Sallet — "de noblesse petite", sieur du Petit Samoy à St Pierre du Regard, est bailli de Saint-Aubert(sur Orne) pour l'Abbaye Saint Étienne de Caen. Il décède vers 1604. Baptiste (ou Jean-Baptiste) Sallet (le plus titré et le "rebâtisseur" probable du château) est Conseiller à la Cour et Garde des sceaux au présidial de Caen, Sénéchal de l'abbaye Saint Étienne et Premier président de la Cour des Aides de Normandie. Nicolas Sallet, son fils, est simplement dit "Seigneur du Repas, de la Fresnaye, des Yveteaux, de la Motte (sur Rouvre)"... Il agrandit son domaine: "Il réunit à ses terres Chênedouit et Chênesec pour la somme de 3600 livres à payer à Philippe de Cousin chevalier Seigneur de Saint Denis" selon le tabellionnage de la Forêt. Georges I Sallet — frère du précédent — est Seigneur de Quilly; suivant les traces de son père, il est noté comme "très fameux et très célèbre avocat" à Rouen, puis procureur au Parlement de Normandie. Alexandre Sallet — fils du précédent — est Conseiller à la Cour (ie: au Parlement de Normandie). Georges II Sallet — frère de précédent — est abbé commandataire de l'importante abbaye d'Ardennes près de Caen. Enfin, selon le tabellionnage de la Forêt, en 1680, le Seigneur du Repas est Alexandre Sallet (fils probable de Nicolas Sallet).

Famille de Cheux

  • Armoiries: d'argent à la croix annelée de sable

Au milieu du XVIII siècle, en l'absence d'héritier mâle dans la famille Sallet du Repas , la terre du Repas passe à la famille de Cheux à la suite du mariage de la Dame Sallet du Repas. A la veille de la Révolution de 1789, le contre-amiral de Cheux du Repas est envoyé par Louis XVI à la recherche de La Pérouse. En 1864, le baron de Cheux du Repas — ancien page de Charles X — occupe le château. Mais cette famille normande s'éteint avec le XIX siècle. Une autre branche de cette famille normande subsiste de nos jours.

Depuis le XX siècle

Au début du XX siècle, le château du Repas est tenu par Georges de Banville. Le fonds de Banville du Repas a été remis à la ville de Flers. Puis, de 1904 à 1978, la famille Frotier de Bagneux est propriétaire des lieux. Durant les années 1970, le château appartient au peintre japonais Noriyoshi Ishigooka. Il appartient depuis 2006 à M. Henry Dewavrin.