Présentation des expériences
L’onde étudiée est la surface d’un liquide qui s’étale. On peut forcer l’étalement par gravitation et par effet Marangoni thermique. La gravitation force l’écoulement du liquide vers la bas. L’effet Marangoni thermique force l’écoulement du côté où le liquide est le plus froid. Si on met une goutte sur une plaque dont la température n’est pas uniforme (chauffée d’un côté et refroidie de l’autre) elle s’étale du côté le plus froid, comme si elle voulait y aller.
Lorsqu’on se place dans une géométrie unidimensionnelle (une vague théoriquement infinie et parfaitement rectiligne dans une direction), les conditions du cas étudié par Poisson sont presque remplies. L’équation d’onde est donc très simple à la base. Mais il y a des différences, et surtout un terme associé à l’effet d’aplanissement provoqué par la tension de surface. C’est ce terme qui ouvre la possibilité des chocs sous-compressifs, parce qu'il bloque la formation des petites perturbations.
En présence de la gravitation seule ou de l’effet Marangoni thermique seul, ou lorsque les deux effets vont dans le même sens, les chocs sont toujours compressifs.
On peut faire jouer l’effet Marangoni thermique en sens inverse de la gravitation : il suffit de plonger une plaque dans un bain chaud et de la refroidir à l’autre extrémité. Dans ce cas le liquide monte sur la plaque (il faut prendre quelques précautions pour que ça marche). Les chocs que l’on peut alors obtenir sont en général compressifs mais pas tous. Il y a plusieurs exceptions qui ont été découvertes par Anne-Marie Cazabat et deux de ses étudiants, Xavier Fanton et moi-même (TD).
Pour fabriquer un choc, il suffit de laisser monter un premier film de liquide, puis de varier l’inclinaison de la plaque. Un second film de liquide monte à la suite du premier. Dans certains cas, la marche de liquide ainsi obtenue devient de plus en plus douce, le second film reste à la traîne et s’éloigne de plus en plus du premier. Ce n’est pas alors une onde de choc. Dans d’autres cas, la marche de liquide monte sans se déformer. Souvent elle est instable, elle se déforme en doigts de liquide, mais comme l’instabilité se développe lentement, on a le temps de voir une propagation sans déformation. Les mesures par interférométrie Laser sont très précises. Les images des doigts de liquide sont magnifiques (pas celles des chocs, ce sont seulement des lignes parallèles). La marche de liquide n’est jamais très abrupte, mais comme elle ne change pas au cours du temps, on peut la voir comme une transition discontinue par un effet de zoom.
N’importe quelle transition douce peut avoir l’air abrupte si on change d’échelle. C’est pourquoi ces marches de liquide dont la pente ne dépasse pas quelques pourcents peuvent être considérées comme des ondes de choc.
Les preuves sont de plusieurs types :
Validité mathématique du modèle
Il s’agit de prouver que les solutions trouvées sont bien des solutions des équations étudiées et que ce qu’on dit à leur sujet est vrai, en tant qu’êtres mathématiques. Se reporter aux articles des théoriciens.
Valeur prédictive du modèle mathématique
On connaît le résultat d’une expérience avant de la faire. On peut alors vérifier si les observations expérimentales sont en accord avec les prédictions mathématiques. On peut vérifier tout ce qui est mesurable. Se reporter à la thèse de Xavier Fanton et à mon compte-rendu de stage. Aucun désaccord entre la théorie et l’expérience n’a pu être établi (compte-tenu des incertitudes de la mesure et de quelques termes négligés dans l’équation étudiée.)
Valeur prédictive des expériences
Certaines expériences ont montré l’existence de chocs sous-compressifs nouveaux, inconnus des théoriciens. Leur existence, comme solutions de l’équation, a été confirmée ensuite par les calculs. Un expérimentateur peut faire des découvertes mathématiques. Cela se produit souvent, mais ce n’est pas souvent remarqué. Se reporter à mon compte-rendu de stage.
Preuves spécifiques du caractère sous-compressif des chocs
On peut voir directement qu’un choc est compressif ou sous-compressif en faisant une petite perturbation à côté de lui. S’il y a un côté où la perturbation se sépare du choc, c’est qu’il est sous-compressif. Dans le cas compressif, la perturbation est avalée par le choc. Se reporter à mon compte-rendu de stage.