Écoquartier

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Introduction

Quartier Vauban à Fribourg-en-Brisgau (Allemagne).

Écoquartier et éco-quartier sont deux néologismes associant le substantif "quartier" à l'apocope "éco", en tant qu'abréviation de l'adjectif "écologique".

Ce terme est promu par le ministère français de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer pour désigner un projet d'aménagement urbain visant à intégrer des objectifs de développement durable et à réduire l'empreinte écologique du projet. Cette notion insiste sur la prise en compte de l'ensemble des enjeux environnementaux en leur attribuant des niveaux d'exigence ambitieux (cf. l'appel à projets lancé par le ministère de l'Écologie, de l'Énergie, du Développement durable et de la Mer (MEEDDM)).

Caractéristiques de l'écoquartier

Selon les promoteurs de ce terme, un écoquartier concilierait autant que possible les différents enjeux environnementaux dans le but de réduire l'impact du bâti sur la nature :

  • réduction des consommations énergétiques : les bâtiments, notamment, répondent à des exigences très strictes avec des consommations au m² aussi faibles que possible. Les écoquartiers remarquables recourent tous aux énergies renouvelables (solaire, le plus souvent).
  • meilleure gestion des déplacements avec limitation de la voiture et incitation à l'utilisation de transports doux (transports en commun, vélo, marche à pied) : les écoquartiers favorisent l'usage du vélo grâce à des pistes cyclables, la présence de parking à vélo sécurisé, des voies piétonnes permettent de circuler en toute sécurité, des arrêts de bus parcourent le quartier, etc.
  • réduction des consommations d'eau : les eaux pluviales sont récupérées et utilisées pour arroser les espaces verts, nettoyer la voie publique ou alimenter l'eau des toilettes.
  • limitation de la production de déchets : le tri sélectif est de rigueur, mais les déchets verts peuvent également être facilement compostés grâce à des emplacements prévus à cet effet - le compost pouvant ensuite être utilisé pour les jardins et espaces verts.
  • favoriser la biodiversité : suivant les écoquartiers, des mesures peuvent être prises ou encouragées pour permettre à une flore et une faune locale de s'épanouir.
  • les matériaux de construction utilisés et les chantiers peuvent faire l'objet d'une attention particulière (meilleure gestion des déchets de chantier, réutilisation d'éléments dans le cadre d'une réhabilitation...)

Dans un écoquartier, les habitants seraient impliqués dès la conception du quartier ou au démarrage du projet de réhabilitation. Fidèle aux principes de "développement durable" qui place la concertation au cœur du processus, la conception de tels quartiers attache une importance particulière à la mixité socio-économique, culturelle et générationnelle. Le quartier durable promeut un accès plus facile à des activités sportives et culturelles. Du point de vue économique, les services et les commerces se voudront multi-fonctionnels.

Enfin, un accompagnement est souvent mis en place tout au long de la vie de l'écoquartier pour éduquer les nouveaux arrivants et leur permettre une intégration en adéquation avec les objectifs de développement durable.

Concepteurs et usagers

De l’élaboration à la phase d’exploitation, tout quartier est le résultat de l’action entreprise par une multitude d’acteurs aussi variés que nombreux. L'idée de parer une opération d'urbanisme du label écoquartier émane généralement de la collectivité concernée ; parfois, d'un collectif de citoyens.

Une équipe de maîtrise d'œuvre pluridisciplinaire est sollicitée pour articuler les enjeux entre eux : architectes, urbanistes, sociologues, consultants en environnement... Lesquels doivent se montrer particulièrement ouverts à la protection de l'environnement.

Un écoquartier ne pourrait pas se faire sans grands acteurs du bâtiment. On retrouve donc des promoteurs, investisseurs et gestionnaires de réseaux. En France, les bailleurs sociaux se sont beaucoup impliqués dans les quartiers puisqu'ils ont tout intérêt à voir les factures énergétiques diminuer. Ils sont devenus un moteur majeur dans le lancement de telles opérations.

La participation des habitants doit s’établir très en amont de la construction ou de la rénovation du quartier. En prenant ainsi part à la conception de leur futur lieu de vie, les habitants sont incités à respecter les principes de fonctionnement (notamment les taux de tri ou de possession d'une voiture, deux indicateurs souvent révélateurs du succès d'un écoquartier). On peut souligner l’originalité des démarches développées pour encourager cette participation : réseau intranet au quartier, forum internet, publication de revue de quartier, débats, séminaires, expositions… Les associations de défense de l’environnement sont étroitement impliquées, ayant des intérêts évidents dans la mise en place de tels quartiers. La participation citoyenne couplée au principe de subsidiarité est un élément essentiel d’un quartier durable. Ainsi, dans une école primaire de Beckerich au Luxembourg, il a été demandé aux élèves d’imaginer la forme des parterres autour des arbres de leur école. Résultat : ils ont imaginé des parterres en forme d’étoiles là où les architectes tracent généralement de simples ronds ou carrés…

Éducation et sensibilisation

Un écoquartier ne peut correctement fonctionner que si ses habitants participent à sa réussite et jouent le jeu. A cette fin, l'éducation environnementale est incontournable et se poursuit tout au long de la vie de l'écoquartier car la population, comme ailleurs, se renouvelle. Ainsi, la plupart des quartiers ont mis en place des structures de promotion du développement durable uniquement à destination des habitants : agence de communication, achat collectif d’ampoules basses consommations, site Web, prospectus, conférences, animations pour enfants… Une forme de gouvernance interne au quartier se met souvent en place, sur un mode participatif (phénomène plutôt observé dans les quartiers scandinaves et anglo-saxons). À Vesterbro au Danemark, chaque immeuble élit un représentant pour le « conseil d’îlots », instance consultative pour tous les aménagements du quartiers.

Les quartiers durables mettent souvent en œuvre des processus audacieux et innovant tant au niveau de la participation que de la sensibilisation.

Service, commerce et culture

Dans l’optique de réduction des distances, le quartier durable tente d’établir un zonage multifonctionnel. Réunissant évidemment du logement, mais aussi des entreprises, des services, des commerces (souvent au rez-de-chaussée des immeubles), des salles de spectacle,… Un exemple de ce genre d’installation est par exemple le centre Krokus à Hanovre, qui réunit sous le même toit : une bibliothèque, un centre d’arts, des salles de réunions, un studio, un atelier et une maison de quartier ! Dans ce zonage multifonctionnel se trouvent également de nombreux espaces verts. Ici aussi, les quartiers durables marquent leur originalité par le fait d’éviter la séparation entre les jardins privés et les espaces publics, ceci afin de constituer un continuum vert et d’augmenter le bien-être.

Action sociale et santé

La mixité intergénérationnelle, culturelle et socio-économique est une priorité dans l’élaboration d’un quartier durable. Pas toujours facile à réaliser concrètement, celle-ci est nettement encouragée pas divers moyens : en variant la taille de l’appartement, en aménageant des appartements pour certaines catégories de personnes (personnes à mobilité réduite, personnes âgées) et en fixant une limite maximale aux revenus des locataires… À Hammarby, en Suède, le sport a aussi été mis à l’honneur avec des pistes de jogging et des terrains de sport en plein air au cœur du quartier.

Exemples

On trouve des écoquartiers dans de grandes métropoles européennes comme :

  • Stockholm (Hammarby Sjöstad)
  • Hanovre
  • Fribourg-en-Brisgau (le quartier Vauban)
  • Malmö
  • Londres (le quartier BedZED)
  • Dongtan (Chine)
  • Eva Lanxmeer (Pays-Bas)

Critiques

La notion d'éco-quartier ne prends son sens que lorsqu'il est question d'urbaniser ou de modifier l'urbanisation d'un quartier au sein d'une ville. A ce titre il est étonnant de voir apparaître des projet d'éco-quartier ruraux, alors que la majorité des campagnes est désertée. La concentration de l'habitat et des activités humaines étant moins écologiques que la répartition de la population dans les campagnes pour peu que les habitants respectent les principes de l'Écocitoyenneté (transports propres, tri des déchets, développement de l'auto-énergie, mise en commun des moyens, ...).

Des voix s'élèvent aussi pour dénoncer la récupération du concept par des "promoteurs architectes" dont les projets couteux ne respectent qu'en partie le principe de la notion d'éco-quartier et peuvent même à terme contribuer à augmenter l'empreinte écologique (déplacements non raisonnés, commerces de proximité non prévus).

Par ailleurs la création de ces quartier nouveaux ne doit pas masquer la nécessité de rénover nos villes entièrement et surtout de faire évoluer les comportement des habitants en favorisant les échanges et la concertation ( écologique, politique, économique) dans les quartiers existants.

En France

En France, il existe plusieurs projets d'écoquartiers, notamment dans le Nord de la France où leur taille est importante :

  • Bourges (Cher) : entreprendra prochainement l'écoquartier Baudens sur le site d'un ancien hôpital militaire ;

  • Courcelles-lès-Lens (Pas-de-Calais) : la communauté d'agglomération d'Hénin-Carvin, la ville de Courcelles-lès-Lens (Pas-de-Calais) et Nexity Foncier Conseil (certifié ISO 14001) développent un écoquartier Le Domaine de la Marlière sur un espace de 6,8 km² qui accueillera à terme environ 1 230 logements. Cette opération d'envergure nationale permettra de gérer les eaux pluviales, améliorer la biodiversité du site, préserver les sols, utiliser les énergies renouvelables, mettre en œuvre des constructeurs de haute qualité environnementale (HQE). Les aspects sociaux et économiques de l'opération seront mis en avant avec la création de logements pour primo-accédant auxquels s'ajouteront 20 % de logements sociaux, la création de locaux de services et de commerces de proximité, la réalisation d'une partie des travaux par des jeunes en réinsertion, etc. ;

  • Douai (Nord : la ZAC du Raquet en 2006, très vaste écoquartier de 12 000 habitants, mêlant préoccupations sociales et écologiques car il est associé à un secteur ANRU et sera desservi par la seconde ligne de tram et 15 km de pistes cyclables ; un canal et une trame verte et bleue permettront la gestion des eaux pluviales sur site (0 rejet) et de maintenir et restituer les corridors écologiques ; la CAD (communauté d'agglomération du Douaisis), sous la présidence de Jean-Jacques Delille, pilote ce projet avec Florence Bougnoux, architecte-urbaniste associée de l'agence Seura, mandataire de l'équipe de maîtrise d'œuvre. Les premiers espaces publics et bâtiments répondant aux normes de très haute performance énergétique, associées au recours à des énergies renouvelables, devraient être livrés en 2009 ;

  • Dunkerquois : projet d'éco-quartier de plus de 400 logements, à Grande-Synthe, avec maisons selon les conseils de Bill Dunster (inventeur de Bedzed) zéro carbone préfabriquée livrée en kit, (maison RuralZED conçue par ZEDfactory), à ossature en bois lamellé certifié FSC, avec 25 m² de panneaux solaires intégrés et « ventilation naturelle à récupération de chaleur sans besoin électrique » ; ZAC de Bonne (Grand Prix national des écoquartier). Le surcoût apparent initial devrait être remboursé en dix ans par les économies d'énergie et de fonctionnement. Pour encourager la généralisation des écoquartier, l'AGUR (Agence d'urbanisme) a en 2009 diffusé des fiches conseil

  • Grandvilliers (Oise) : quartier chantereine ;

  • Grenoble (Isère) : écoquartier sur le site de l'ancienne caserne de Bonne en cours d'achèvement et récompensé par le grand prix national Ecoquartier décerné par le ministère de l'Écologie le 4 novembre 2009. Ce quartier s'est distingué des autres candidats par l'intégration de toutes les dimensions du développement durable : l'axe social et sociétal, l'axe économique et l'axe environnemental;

  • Gujan-Mestras (Gironde) : au Sud du bassin d'Arcachon, s'est engagée à une démarche de création d'écoquartier en centre-ville ;

  • Herbiers (Vendée) : écoquartier Val de la Pellinière ;

  • Lille (Nord) a annoncé en mars 2006 la création à partir de 2007 d'un écoquartier. Peu après une charte éco-quartiers de Lille Métropole Communauté urbaine était proposée par la communauté urbaine L'écoquartier de la Zone de l'Union (80 ha) sera zone pilote ; son retour d'expérience et celui d'autres projets soutenus par LMCU servira à établir le contenu de la charte. Fin 2009, la communauté urbaine annonce qu'une quinzaine d’écoquartiers sont en projet.

  • Merville (Nord) : en partenariat avec Nexity Foncier Conseil a lancé la commercialisation en mars 2007 de l'écoquartier Les jardins de Flandres qui accueillera 350 logements dans un souci de mixité sociale et de développement durable ;

  • Nantes (Loire-Atlantique), deux futurs écoquartiers sont actuellement en cours construction : « Bottière-Chénaie » bâtit sur d'anciennes friches maraîchères (aménagé jusqu'en 2014) et Saint-Joseph-de-Porterie aménagé 45 hectares avec à terme de 1 400 logements.

  • Narbonne (Aude) est aussi engagée dans la construction d'un écoquartier : Quartier du théâtre ;

  • Pont-Audemer, futur écoquartier de la Cartonnerie  ;

  • Rouen (Seine-Maritime) : futur écoquartier Flaubert à l'Ouest de la ville ;

  • Saint-Étienne (Loire) : l'écoquartier Desjoyaux s'inscrit dans le cadre du programme de rénovation urbaine financée par l'ANRU. La Société d'équipement du département de la Loire (SEDL), maître d'ouvrage délégué, a confié à l'architecte Frank Lebail de l'agence NOVAE, la conception de ce projet implanté dans un tissu urbain existant en lieu et place de friches industrielles et de logements insalubres. Il est à noter que ce projet est remarquable d'une part du fait de son implantation en flanc de colline globalement orienté plein Nord (nécessitant une réflexion poussée et sur l'implantation, l'organisation et l'orientation du bâti) et d'autre part de sa proximité du centre ville (renouvellement d'un tissu ancien dégradé permettant une réinvestissement d'un quartier délaissé et développement de modes de déplacement diversifiés) ;

  • Strasbourg (Bas-Rhin) est engagée dans deux projets d'écoquartier, le premier est l'écoquartier "danube" qui prévoit 700 logements pour une livraison en 2013, se situant à proximité de la ZAC Étoile dans une zone de requalification urbaine allant du centre-ville à la frontière allemande, le deuxième concerne l'écoquartier des brasseries se situant sur d'anciennes friches industrielles, il comportera 450logements pour une livraison fin 2012..

  • Tours (Indre-et-Loire) : l'écoquartier de Monconseil, en cours de réalisation depuis 2005 traversé par la 1ère ligne de tramway, accueillera à terme 1000 logements et 1300 emplois sur 20ha. Commencés en 2006, les travaux de viabilisation ont porté en premier lieu sur la création d'un jardin public d'un hectare, élément structurant du plan d'aménagement global. Les logements doivent tous être certifiés Habitat & Environnement. Situé au cœur de la partie nord de la ville et de l'agglomération, ce quartier est voulu comme une nouvelle centralité permettant de diminuer les déplacements intra-urbains. Il se caractérise par ses équipement publics exemplaires (Gymnase, EHPAD, Espace Petite Enfance, jardin public, place centrale...) et par sa mixité sociale (33% de logements sociaux et vente à des primo-accédants), intergénérationnelle et fonctionnelle (commerces, bureaux, logements, équipements publics...). Les thèmes majeurs concernent la forme urbaine en relation avec les quartiers environnants, les différents modes de transports doux, la gestion de l'eau, la gestion des déchets et la maîtrise des dépenses énergétiques. L'aménageur est l'OPAC de Tours (OPH), dans le cadre d'un traité de concession passé avec la Ville de Tours.

  • Limeil-Brévannes (Val-de-Marne) a commencé la construction d'un écoquartier à énergie positive sur une ancienne balastière : Les Temps Durables

Le 3 mars 2009, Daniel Canepa, préfet de Paris et d'Île-de-France, et plusieurs élus des communes de la région ont signé les premiers contrats-cadre « éco-quartiers franciliens », permettant le lancement des huit projets suivants :

  • Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne) : éco-quartier du Sycomore ;
  • Montévrain (Seine-et-Marne) ; éco-quartier de Montévrain ;
  • Meaux (Seine-et-Marne) : éco-quartier Foch - Roosevelt ;
  • Triel-sur-Seine, Chanteloup-les-Vignes, Andrésy et Carrières-sous-Poissy (Yvelines) : éco-quartier de la Boucle de Chanteloup ;
  • Mantes-la-Jolie et Rosny-sur-Seine (Yvelines) : éco-quartier des Hautes-Garennes ;
  • Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) : éco-quartier des Docks ;
  • L'Île-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) : éco-quartier de l'Île-Saint-Denis ;
  • Louvres et Puiseux-en-France (Val-d'Oise) : éco-quartier de Louvres-Puiseux.

En Suisse

  • Lausanne : un écoquartier de 2000 logements est prévu sur une surface de 30 hectares au nord de la ville (l'écoquartier Pontaise-Blécherette. Début du processus participatif en 2008. Une initiative populaire est déposée en 2008 contre une partie du projet de la municipalité lausannoise. Elle concerne une partie du périmètre prévu pour l'écoquartier. L'initiative est rejetée par près de 56% de la population lausannoise le 27 septembre 2009. Le concours d'urbanisme pour l'écoquartier pourra être lancé en 2010.

  • Lausanne, Renens et Prilly : L'écoquartier Malley prévoit d'accueillir 2 800 logements et 8 000 habitants-emplois sur 70 hectares répartis sur les trois communes. Travaux prévus de 2010 à 2020.

  • Neuchâtel : Ecoparc, quartier Minergie (42 kWh/m²/an) regroupant 91 logements. Terminé en 2007.

  • Zurich : L'écoquartier Sihlbogen abritera 200 logements. Surface du projet: 2,1 hectares.

  • Berne : l'écoquartier Oberfeld prévoit 200 logements sur 7,5 hectares de terrains agricoles proches de la ville. Début probable des travaux en 2010.

  • Genève : Actuellement, l'ancien site d'Artamis dans le quartier de La Jonction est en phase d'assainissement pendant 4 ans pour pouvoir construire un écoquartier sur le lieu dit Carré Vert. La ville de Genève a lancé un concours d'architecture, terminé en février, remporté par le bureau lausannois Dreier Frenzel Architecture & Communication pour le projet SOCIAL LOFT.