Épidémiologie du suicide

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Introduction

Gaulois Ludovisi, détail. Marbre, copie romaine d'un original hellénistique provenant d'un monument bâti par Attale Ier de Pergame pour commémorer sa victoire sur les Gaulois, vers 220 av. J.-C.

L'épidémiologie du suicide est une branche de l'épidémiologie qui vise à connaître la répartition et les déterminants du suicide dans les populations. L'épidémiologie du suicide reste cependant très variable selon les pays, et parfois même entre communautés différentes dans un même pays.

Statistiques mondiales

RangPaysAnnéeHommesFemmesTotal
Lituanie200568.112.938.6
Biélorussie200363.310.335.1
Russie200461.610.734.3
Kazakhstan200351.08.929.2
Slovénie200345.012.028.1
Hongrie200344.912.027.7
Lettonie200442.98.524.3
Japon200435.612.824.0
Ukraine200443.07.323.8
Sri Lanka1996??21.6

Dans le monde, 815 000 personnes se sont suicidées en 2000, soit 14,5 décès pour 100 000 habitants (un décès toutes les 40 secondes).

Dans la plupart des pays, le suicide touche davantage les hommes que les femmes. En fait, le nombre de tentatives réussies est plus important chez les hommes que chez les femmes, peut-être (hypothèse) parce que les hommes choisissent plus souvent des moyens violents (pendaison ou arme à feu contre intoxication médicamenteuse chez la femme). De plus, ils sont très isolés et il est donc souvent difficile d’observer leur trouble. Contrairement aux femmes, ils n’ont pas l’intention de changer leur milieu, mais ils désirent seulement mettre fin à leur souffrance. On peut rencontrer des suicides à tout âge. Mais deux pics se dégagent : l'adolescence et le grand âge (>60 ans), donnant à la courbe du taux de suicide en fonction de l'âge une forme de "N".

Le suicide touche tout le monde, sans distinction de « classe ». Il semblerait que les cultures influencent le taux de suicide. De hauts niveaux de cohésion sociale et nationale réduiraient les taux de suicide. Les niveaux de suicide sont plus élevés chez les personnes à la retraite, au chômage, divorcées, sans enfants, citadines, vivant seules. Les taux augmentent dans les périodes d'incertitude économique (bien que la pauvreté ne soit pas une cause directe). La plupart des suicidés souffrent de désordres psychologiques. La dépression est une cause fréquente. Des maladies physiques graves ou des infirmités peuvent aussi favoriser les suicides.

Taux de suicide par pays (source : OMS)

Du point de vue de l'individu, le suicide est rarement perçu comme une fin en soi, il est plutôt considéré comme l'unique voie possible pour échapper à une situation devenue insupportable. D'autres motifs existent : rejoindre un proche décédé, faire souffrir en causant du remords... De nombreuses raisons sont possibles.

Enfin, le taux de suicide peut aussi être influencé par le tapage médiatique fait autour du suicide de célébrités, voire par le suicide fictionnel d'un personnage dans un drame populaire (« l'effet Werther », expression du sociologue David Phillips en référence au livre Les Souffrances du jeune Werther de Johann Wolfgang von Goethe).

Des données délicates à recueillir

Les recueils se basent sur les données colligées par les services sanitaires, eux-mêmes dépendant du certificat médical de décès établi par un médecin. Le suicide peut alors être sous-évalué. De même, un certain nombre de cas d'accidents de la route, d'accidents du travail, voire d'accidents domestiques, ou lors de comportements de prises de risques peuvent être des suicides qui n'apparaîtront pas dans les statistiques. Enfin, le système de recueil et de traitement des données est variable d'un pays à l'autre.

Europe

Tentative de suicide de William Wynne Ryland, 1793

En Europe, en 2006, le pays le plus touché par le suicide est la Lituanie, suivi par la Russie et la Biélorussie.

France

En 1996, la France compte 12 000 suicides pour 160 000 tentatives (chiffres de l'Inserm) ; avec 62 millions d'habitants en France, ces nombres représentent à peu près 19 suicides pour 100 000 habitants, soit un suicide pour 5 000 personnes, et une tentative pour 400 personnes. La France est au quatrième rang des pays développés. Les chiffres sont à peu près stables depuis 1980. Le suicide est une cause de décès plus importante que les accidents de la route. Il touche particulièrement les jeunes, chez qui le suicide est la deuxième cause de décès (plus présent chez les jeunes homosexuels). Toujours selon l'Inserm, 650 décès environ ont lieu chaque année chez les 15-24 ans en France. Parmi ces jeunes, deux tiers sont des garçons. Le taux de suicide a chuté depuis 1985, mais les tentatives de suicide des 15-19 ans ont augmenté (4,3 % en 1999). Les femmes font deux fois plus de tentatives de suicide que les hommes, les hommes se suicident deux fois plus que les femmes. Le suicide est la première cause de mortalité chez les 15–35 ans et le risque suicidaire augmente avec l’âge. Les études longitudinales montrent que 15 % des patients déprimés décèdent par suicide. Le taux de tentative de suicide décroît avec l’âge alors que le taux de suicide augmente.

Il est à noter que le taux de suicides en France (304 par million) est de moitié supérieur à celui de la Suède (200 par million), contrairement à une idée répandue.

Belgique

En Belgique, 2 000 suicides sont recensés tous les ans, ce qui représente la première cause "externe" de mortalité. Le royaume se situe, avec la Finlande, la France et le Danemark, bien au-dessus de la moyenne mondiale estimée à 14,5 pour 100 000 habitants.

Suisse

Chaque année en Suisse, on compte 1 300 à 1 400 suicides. C'est la cause de décès la plus importante chez les hommes de 15 à 44 ans. Environ 1 000 hommes et 400 femmes se suicident chaque année en Suisse, ce qui représente quatre décès par jour, soit un taux de suicide de 19,1 pour 100 000 habitants.

Asie

Chine

La Chine est un des rares pays au monde où les femmes se suicident plus que les hommes. Ce phénomène se retrouve en Inde et dans le Pacifique. Cette forme de suicide est appelée par certains « suicide vindicatif ». Ces femmes ont été « achetées » par leur mari. Elles vivent au sein de leur belle–famille, où elles sont souvent traitées comme des esclaves. La seule issue qu'elles trouvent est souvent le suicide. Enfin, toute tentative de suicide « ratée » est condamnable de la peine de mort.

Japon

Le Japon l'un des plus forts taux de suicide du monde industrialisé (26 pour 100 000 habitants). Bien que l'idée que le Japon soit le pays où l'on se suicide le plus soit répandue et assez tenace, c'est en réalité loin d'être le cas. Ainsi en 2006, le taux de suicide japonais était de 23,6 sur 100 000 habitants et largement devancé par des pays d'Europe de l'Est, comme la Lituanie (38,8) ou la Russie (32,3) par exemple. Le Japon était alors au 8 rang mondial.

Les suicides ont atteint le nombre record de 34 427 en 2003 (+ 7,1 % par rapport à 2002), contre 33 093 en 2007 (+ 2,9 %), 32 249 en 2008 (- 2,6 %) et 32 845 en 2009 (+ 1,85 %). Selon les chiffres de la police nationale, trois quarts des suicidés en 2007 étaient des hommes, et 60 % étaient sans emploi, alors que le taux de suicide des séniors était en forte augmentation. Selon le gouvernement, seuls 81 suicides en 2007 étaient dus au surmenage ou au stress (karō-jisatsu), qui entrainent plus généralement le karōshi, mort naturelle par sur-travail. Cependant, la police nationale a comptabilisé en 2007 2 200 suicides provoqués par des problèmes au travail. En 2009, 6 949 personnes se sont suicidées suite à une dépression (21 %), 1 731 suite à des difficultés de la vie quotidienne (5 %) et 1 071 à cause de la perte de leur travail (3 %) .

Dans l'ordre décroissant, les mois de mars, avril, mai sont ceux où l'on se suicide le plus, ceci étant vraisemblablement dû au fait que l'exercice fiscal se clôture traditionnellement le 31 mars au Japon. En 2009, on a surtout recensé des suicides de travailleurs en mars, de femmes au foyer en avril/mai et de chômeurs en mai/juin. Peu de suicides ont lieu le week-end, le maximum étant atteint le lundi.

En 2008, une étude du gouvernement japonais a révélé que près d'un Japonais sur cinq a sérieusement pensé à se suicider à un moment dans sa vie. Certains lieux sont réputés pour les nombreux suicides qui s'y produisent, tels que la foret d'Aokigahara dans la préfecture de Yamanashi près de Tokyo, la falaise de Tōjinbō (en) (東尋坊, Tōjinbō (en)) dans la préfecture de Fukui, le barrage d'Amagase (天ヶ瀬ダム, Amagase-damu) à Uji, la falaise Sandanbeki (三段壁, Sandanbeki) dans la préfecture de Wakayama, le cap Ashizuri (足摺岬, Ashizuri-misaki) à Tosashimizu, les chutes de Kegon à Nikkō, ainsi que la ligne Chūō-sen à Tokyo.

L'individu au Japon se définit par rapport à la relation à l'autre. Lors d'un sentiment d'obligation ou de dette ne pouvant être acquittée, les sentiments de l'indignité et de la honte s'installent, la seule issue honorable est alors le suicide. C'est un suicide par autopunition pour la dette que l'on doit à la société, qui permet alors de retrouver son honneur. Le code d'honneur bushido codifie précisément un suicide rituel appelé seppuku, réservé aux hommes. Il existe également un suicide rituel réservé aux femmes : le jigai.

Amériques

Québec, (Canada)

En 2001, 1 334 Québécois se sont donné la mort, dont 1 055 hommes. Le taux de suicide chez les jeunes hommes est parmi les plus élevés du monde, à 30,7 pour 100 000 habitants. Les hommes se suicident huit fois plus que les femmes. Quelques rares pays dépassent le Québec à ce niveau : la Russie, la Lituanie et le Kazakhstan. La situation s'est beaucoup aggravée depuis 1965, époque de la Révolution tranquille. Les prisonniers québécois suicidés comptent pour 60 % des suicides en milieu carcéral au Canada, alors qu'ils ne devraient en représenter démographiquement que 23 %. Les jeunes Autochtones forment l'échantillon le plus gravement touché : leur taux atteint de 3,3 à 3,9 fois la moyenne nationale. Cela représente 211 Inuits du Nunavik suicidés pour 100 000 habitants.

Certains sociologues ont théorisé les facteurs urbains, la perte du cléricalisme social, la pauvreté et les dépendances psychologiques et physiques comme la drogue, l'alcool et le jeu pour expliquer toutes ces pertes de vie. Les médias ont souvent montré des reportages de jeunes Amérindiens inhalant du gaz, se piquant à l'héroïne ou encore abusant d'appareils de loterie vidéo de Loto-Québec.

États-Unis

Taux de suicide chez les femmes de plus de 15 ans, par appartenance ethnique aux États-Unis en 1998.

Amérindiens du Canada

Les Amérindiens d’Amérique du Nord ont vécu des transformations radicales, particulièrement au Canada où les différents clans nomades ou semi-nomades ont été poussés à la sédentarité. On retrouve parmi ces peuples un taux de suicide endémique : celui des Premières nations est pratiquement quatre fois plus élevé que dans le Canada en général. On pourrait le comparer avec celui d’autres peuples ayant subi des bouleversements sociaux importants apportés par la colonisation tels les indigènes des Îles Fidji, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, du Paraguay et du Brésil.

Le groupe le plus à risque parmi les populations des Premières nations serait celui des hommes de 15–24 ans — ce qui correspond au groupe le plus à risque dans la population en général — chez qui le taux de suicide est de 126 pour 10 000 habitants. Cela représente un taux anormalement élevé comparé à celui du même groupe dans le Canada en général qui se situe à 24 pour 10 000 habitants. Chez les jeunes femmes autochtones du même groupe d’âge, le taux de suicide se situe à 35 pour 10 000 habitants, comparé à 5 pour 10 000 dans le Canada en général pour la même catégorie (SANTÉ CANADA). Ces chiffres ne tiennent par contre pas compte des suicides non complétés. Si l’on se fie à la population en général, les femmes accomplissent des tentatives de suicide, mais utilisent des moyens moins fiables ; cela produit, finalement, moins de suicides effectifs que chez les hommes et ne traduit pas la détresse psychologique qui s’empare du groupe des femmes dans la réalité. Ajoutons tout de même que chez les Autochtones, l’homme a perdu le rôle valorisant de chasseur–pourvoyeur pour acquérir celui de chômeur et que dans cette dévalorisation se trouve probablement la clef de plusieurs suicides.

Le chiffrage des tentatives de suicide pose problème puisqu'il est effectué dans le privé et l’anonymat. On estime que : « jusqu’à 25 pour cent des morts accidentelles chez les autochtones sont en fait des suicides non-déclarés  ». Cette question du suicide chez les populations autochtones est fort complexe et tire ses racines dans quatre siècles d’histoire.