En mathématiques, la fonction de compte des nombres premiers est la fonction comptant le nombre de nombres premiers inférieurs ou égaux à un nombre réelx. Elle est notée π(x) (à ne pas confondre avec la constante π).
Les 60 premières valeurs de π(n)
Historique
Depuis Euclide, il est connu qu'il existe des nombres premiers en quantité infinie. Pour affiner la connaissance de ces nombres, la théorie des nombres s'est attelée à en déterminer le taux de croissance. À la fin du XVIII siècle, Gauss et Legendre ont conjecturé que cette quantité était proche de x/ln(x).
Des estimateurs plus précis de π(x) sont aujourd'hui connus. Par exemple:
π(x)=li(x)+O(xexp(−15ln(x))),
Des preuves du théorème des nombres premiers n'utilisant pas l'analyse complexe furent proposée en 1948 par Atle Selberg et Paul Erdős.
Algorithmes d'évaluation de π(x)
Une façon simple de calculer π(x), si x est un nombre petit, est d'utiliser le crible d'Ératosthène de manière à trouver tous les premiers inférieurs à x et ensuite de les compter.
Une manière plus élaborée pour trouver π(x) a été inventée par Legendre: étant donné x, si p1, p2, …, pk sont des nombres premiers distincts, alors le nombre d'entiers inférieurs ou égaux à x qui ne sont divisibles par aucun pi est
⌊x⌋−∑i⌊pix⌋+∑i<j⌊pipjx⌋−∑i<j<k⌊pipjpkx⌋+⋯, (où ⌊⋅⌋ désigne la fonction Partie entière).
Ce nombre est donc égal à :π(x)−π(x)+1 où les nombres p1, p2, …, pk sont les nombres premiers inférieurs ou égaux à la racine carrée de x.
Dans une série d'articles publiés entre 1870 et 1885, Ernst Meissel décrivit (et utilisa) une manière combinatoire pratique pour évaluer π(x). Soit p1, p2, …, pn les premiers n nombres premiers et notons par Φ(m,n) le nombre de nombres naturels inférieurs à m qui ne sont divisibles par aucun pi. Alors
Φ(m,n)=Φ(m,n−1)−Φ([pnm],n−1),
Soit un nombre naturel donné m, si n=π(3m) et si μ=π(m)−n, alors
π(m)=Φ(m,n)+n(μ+1)+2μ2−μ−1−k=1∑μπ(pn+km).
En utilisant cette approche, Meissel calcula π(x), pour x égal à 5x10, 10, 10, et 10.
En 1959, Derrick Lehmer étendit et simplifia la méthode de Meissel. Définissons, pour un réel m et pour des nombres naturels n, et k, Pk(m,n) comme le nombre de nombres inférieurs à m avec exactement k facteurs premiers, tous plus grands que pn. De plus, fixons P0(m,n)=1. Alors
Φ(m,n)=k=0∑+∞Pk(m,n),
où la somme actuelle possède seulement de manière finie plusieurs termes différents de zéro. Soit y désignant un entier tel que 3m≤y≤m, et fixons n=π(y). Alors P1(m,n)=π(m)−n et Pk(m,n)=0 lorsque k ≥ 3. Par conséquent
π(m)=Φ(m,n)+n−1−P2(m,n).
Le calcul de P2(m,n) peut être obtenu de cette manière :
P2(m,n)=y<p≤m∑(π(pm)−π(p)+1).
D'un autre côté, le calcul de Φ(m,n) peut être fait en utilisant les règles suivantes :
Φ(m,0)=⌊m⌋;
Φ(m,b)=Φ(m,b−1)−Φ(pbm,b−1).
En utilisant cette méthode et un IBM 701, Lehmer a été capable de calculer π(1010).
Le mathématicien chinois Hwang Cheng, dans une conférence sur les fonctions de nombres premiers à l'université de Bordeaux utilisa les identités suivantes :
e(a−1)Θf(x)=f(ax)
J(x)=n=1∑∞nπ(x1/n)
et en notant x=et, en appliquant la transformée de Laplace aux deux côtés et en appliquant une somme géométrique sur enΘ, on obtient l'expression :
2πi1∫c−i∞c+i∞g(s)ts=π(t)
(1−eΘ)slnζ(s)=g(s)
Θ(s)=sdsd.
Autres fonctions de compte des nombres premiers
D'autres fonctions de compte des nombres premiers sont aussi utilisées car elles sont plus pratiques pour travailler. Une d'elles est la fonction de compte des nombres premiers de Riemann, notée Π(x) ou J(x). Celle-ci possède des sauts de 1/n pour les puissances de nombres premiers p, qui prennent une valeur à mi-chemin entre les deux côtés des discontinuités. Elle peut être aussi définie comme une transformation de Mellin inverse. Formellement, nous pouvons définir J par
et en connaissant la relation entre la fonction log de la fonction Riemann et la fonction de von Mangoldt Λ, et la formule de Perron, nous avons :
J(x)=2∑xln(n)Λ(n)
excepté où se trouvent les discontinuités aux puissances de nombres premiers, et ainsi, π(x) peut être retrouvé à partir de J par l'inversion de Möbius.
La fonction de Tchebychev pèse les nombres premiers ou les puissances de nombres premiers p par ln p:
θ(x)=p≤x∑lnp,
ψ(x)=21(pn<x∑lnp+pn≤x∑lnp).
Excepté aux discontinuités des puissances de nombres premiers, nous avons
ψ(x)=n=1∑∞θ(x1/n)=n≤x∑Λ(n),
où Λ(n) est la fonction de von Mangoldt.
Inégalités
Ci-dessous se trouvent quelques inégalités pour π(x).
π(x)>logxx si x ≥ 17.
π(x)<1.25506logxx si x > 1.
logx+2x<π(x)<logx−4x si x ≥ 55.
Les inégalites suivantes sont vérifiées par le nnombre premier, noté pn.
nlnn+nlnlnn−n<pn<nlnn+nlnlnn si n ≥ 6.
L'inégalité de gauche est vraie si n ≥ 1 et celle de droite si n ≥ 6 ; plus précisément encore, si n ≥ 40000, on a
L'hypothèse de Riemann propose une estimation plus serrée de π(x), équivalente à distribution plus régulière des nombres premiers:
π(x)=Li(x)+O(xlogx).
Relation avec les sommes de nombres premiers
Si nous avons une somme de fonction sur tous les nombres premiers :∑pf(x) et que nous souhaitons accélérer sa convergence, nous pouvons l'écrire sous la forme :
pour la série de gauche, nous avons pu appliquer la transformée d'Euler pour les séries alternées, en apportant que f(n)>f(n+1) et que les 2 séries convergent, elle relie aussi une série alternée avec sa somme de nombres premiers, d'autre part. La principale utilisation de ceci est que nous pouvons donner une bonne approximation en utilisant seulement quelques valeurs de la Fonction compte des nombres premiers.
Table de π(x), x / ln x, et Li(x)
Voici une table qui montre le comportement comparé des trois fonctions π(x), x / ln x et Li(x) :
x
π(x)
π(x) − x / ln x
Li(x) − π(x)
x / π(x)
10
4
−0,3
2,2
2,500
10
25
3,3
5,1
4,000
10
168
23
10
5,952
10
1 229
143
17
8,137
10
9 592
906
38
10,425
10
78 498
6,116
130
12,740
10
664 579
44,158
339
15,047
10
5 761 455
332,774
754
17,357
10
50 847 534
2 592 592
1 701
19,667
10
455 052 511
20 758 029
3 104
21,975
10
4 118 054 813
169 923 159
11 588
24,283
10
37 607 912 018
1 416 705 193
38 263
26,590
10
346 065 536 839
11 992 858 452
108 971
28,896
10
3 204 941 750 802
102 838 308 636
314 890
31,202
10
29 844 570 422 669
891 604 962 452
1 052 619
33,507
10
279 238 341 033 925
7 804 289 844 393
3 214 632
35,812
10
2 623 557 157 654 233
68 883 734 693 281
7 956 589
38,116
10
24 739 954 287 740 860
612 483 070 893 536
21 949 555
40,420
10
234 057 667 276 344 607
5 481 624 169 369 960
99 877 775
42,725
10
2 220 819 602 560 918 840
49 347 193 044 659 701
222 744 644
45,028
10
21 127 269 486 018 731 928
446 579 871 578 168 707
597 394 254
47,332
10
201 467 286 689 315 906 290
4 060 704 006 019 620 994
1 932 355 208
49,636
10
1 925 320 391 606 818 006 727
37 083 513 766 592 669 113
7 236 148 412
51,939
La première colonne est la suite A006880 de l'Encyclopédie électronique des suites entières; la deuxième colonne est la suite A057835; et la troisième colonne, la suite A057752.
Formules pour les fonctions de compte des nombres premiers
Celles-ci sont de deux sortes, les formules arithmétiques et les formules analytiques. Ces dernières sont celles qui nous permettent de prouver le théorème des nombres premiers. Elles proviennent des travaux de Riemann et de von Mangoldt, et sont généralement connues comme formules explicites de fonctions L.
Nous avons l'expression suivante pour ψ :
ψ(x)=x−ρ∑ρxρ−ln2π−21ln(1−x−2).
Ici, ρ sont les zéros de la fonction zêta de Riemann dans la bande critique, où la partie réelle de ρ est comprise entre zéro et un. La formule est valide pour les valeurs de x plus grandes que un, qui est la région qui nous intéresse, et la somme des racines est convergente sous conditions, et devrait être prise en ordre croissant des valeurs absolues des parties imaginaires.
Pour J, nous avons une formule plus compliquée :
J(x)=li(x)−ρ∑li(xρ)−ln2+∫x∞t(t2−1)lntdt.
De nouveau, la formule est valide pour x > 1, et ρ représente les zéros non triviaux de la fonction zêta ordonnés en accord avec leurs valeurs absolues. Le premier terme li(x) est le logarithme intégral habituel ; néanmoins, il est moins facile de décrire ce que représente li dans les autres termes. La meilleure manière de concevoir cela est de considérer l'expression li(xρ) comme une abréviation de Ei(ρlnx), où Ei est le prolongement analytique de la fonction intégrale exponentielle à partir des réels positifs vers le plan complexe muni d'une coupure le long des réels négatifs.