Fortifications de Paris aux XIXe et XXe siècles

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Introduction

Vestige de l'enceinte de Thiers (la poterne des Peupliers)

Exemple de fort (le fort de Charenton)

Les fortifications de Paris aux XIX et XX siècles comprennent :

  • juste autour de la ville, l'enceinte de Thiers ;
  • plus loin de la ville, les forts détachés (et les ouvrages complémentaires associés).

Elles ont été construites en deux fois :

  • 1840-1845 : l'enceinte de Thiers et la première ceinture de forts situés à environ cinq kilomètres de la ville ;
  • 1874-1885 : la deuxième ceinture de forts, située à environ vingt kilomètres de la ville.

Contexte général

Sur le plan militaire, Paris est un camp retranché situé dans une cuvette. Au XIX siècle, chaque invasion prussienne (1814/15 et 1870) provoque l'éloignement des fortifications, le rôle de chacune de ces enceintes successives (1841-45, 1874) consistant à englober la ligne des hauteurs d'où l'ennemi a bombardé la ville lors de la précédente invasion.

Après les guerres napoléoniennes, « l'opinion s'était accréditée depuis longtemps que Paris ne devait point avoir de fortifications. Ce ne fut donc point sans étonnement qu'on vit tout à coup faire, en 1841, la proposition de le fortifier. Mais l'état des affaires de l'Europe avait inspiré des craintes ; on avait parlé de guerre, et bientôt tout le monde fut persuadé que la France allait avoir à se défendre contre une nouvelle coalition européenne. C'est sous l'influence de cette préoccupation que fut proposée et acceptée une loi, qui ordonnait la construction d'un système de défense autour de Paris. Plus tard, on voulut revenir sur cette idée, mais on était trop engagé ; les uns par crainte, les autres par une fausse honte, reculèrent devant le rappel de la loi, ne firent entendre que de tièdes ou d'incomplètes réclamations, et par une inconséquence incroyable, Paris voit s'élever autour de lui quatorze forts, dont l'érection avait une année auparavant soulevé l'indignation de la population. » (Philippe Le Bas et Augustin François Lemaitre dans « France : Dictionnaire encyclopédique », Firmin Didot frères, 1844, p. 393).

Chronologie

Sous Louis XIV

1670. Le roi fait démolir les enceintes de Charles V et de Louis XIII. Paris devient une ville ouverte et va le rester pendant près de deux siècles.

1689. Vauban exprimant des réserves sur cette démolition, préconise un dispositif comprenant : • la remise en état de l'enceinte • son doublement par une autre qui englobe les villages de Chaillot, de Montmartre et de Belleville • deux citadelles (à l'ouest et à l'est) permettant de voir l'ennemi de loin et de retarder son approche • l'utilisation de l'espace entre les deux enceintes pour de l'élevage, afin d'augmenter les capacités de résistance au soutien d'un siège. Ses idées restent lettre morte.

Sous Louis XVI

Le roi fait construire le mur de Fermiers généraux, qui n'est pas conçu comme une fortification militaire mais comme un mur d'octroi.

Sous l'empire

1814-1815. À la fin du règne de Napoléon 1er, Paris est à deux reprises soumis à l'occupation étrangère.

Premier programme de fortification

1818. Créée par le ministre de la guerre Gouvion Saint-Cyr, une commission de défense du territoire est chargée de « présenter ses vues sur le meilleur système de défense ».

1820. La commission conclut à la nécessité de mettre Paris en état de défense, mais aucun projet n'est retenu.

1830. Création d'un comité de Fortification, qui relance le débat, conclut à la nécessité de fortifier Paris, mais ne dégage pas de consensus sur le mode de défense.

1833. Le plan topographique des environs de Paris prévoit :

  • la mise en défense du mur des Fermiers généraux (qui est un mur d'octroi) en enceinte de sûreté : hauteur portée à six mètres ; deux rangs de créneaux ; barrières avec 65 tours (ou bastions) ;
  • en avant, plusieurs ouvrages de fortification passagère : une ligne fortifiée le long des canaux entre Romainville et Saint-Denis, avec « lunettes » et « redans » ; un système de zone inondable autour de Saint-Denis ;
  • des ouvrages en terre avec casemates, forts étoilés et redoutes, sur les hauteurs (entre Saint-Denis et Nogent-sur-Marne) ; transformation du château de Vincennes en fort moderne.

Les travaux, conduits par le général Valazé, sont souvent interrompus et ne sont pas achevés. En effet, deux options s'opposent :

  • option 1. Certains préconisent une large enceinte continue englobant les faubourgs dans le système défensif, mais ne prenant pas appui sur le mur d'octroi. C'est le cas du général Valazé, dans la continuité des projets de Vauban et d'Haxo. Les critiques de cette option portent sur son coût ;
  • option 2. Les autres préconisent d'aménager autour de la capitale un vaste camp retranché, basé sur des forts permanents occupant les positions principales, tout en gardant une « enceinte de sûreté » en arrière. Les critiques de cette option portent sur l'insuffisance de la garantie de défense : l'ennemi pourrait aisément pénétrer entre les obstacles, puis renverser facilement le mur d'octroi.

1836. Création de la commission de défense du royaume.

1838. Le 16 juillet, un plan de défense est adopté, qui combine les deux options et qui semble faire l'unanimité.

1840. Le traité de Londres du 15 juillet exclut la France. Adolphe Thiers, considérant que le traité porte en germe une nouvelle menace d'invasion, saisit l'occasion pour faire déclarer d'utilité publique et d'urgence la construction de la nouvelle enceinte. Le 1 septembre, le général Dode de la Brunerie est nommé directeur des fortifications de Paris. Le 13 septembre, Le Moniteur annonce la décision. Les travaux commencent.

1841. Pour mener les travaux à bien malgré les réserves du conseil général de la Seine, une loi est préparée pour ouvrir les crédits (140 millions de francs-or) nécessaires à la création de l'enceinte fortifiée qui s'appellera l'enceinte de Thiers, du nom du président du Conseil :

  • le 21 janvier, examen en commission du projet de loi ;
  • le 1 février, vote de la loi par la chambre des députés (237 voix contre 162) ;
  • vote de la loi par la chambre des pairs (147 voix contre 85) ;
  • le 3 avril, promulgation de la loi par le roi Louis-Philippe.

Le programme de construction prévoit :

  • un mur d'enceinte continu, embrassant les deux rives de la Seine : l'enceinte de Thiers proprement dite

  • seize forts détachés.

1845. Les travaux sont achevés.

1860. Dans le cadre des grands travaux parisiens du baron Haussmann, la limite de Paris passe, au 1 janvier, du mur des Fermiers généraux à l'enceinte de Thiers.

Guerre de 1870

Juillet 1870. La France déclare la guerre à la Prusse, le 13.

Septembre 1870. Napoléon III est fait prisonnier à Sedan et capitule, le 2. Paris proclame la République . Un gouvernement provisoire est nommé. Les Prussiens foncent vers Paris. La capitale se transforme en camp retranché. On ferme certaines portes de l'enceinte de Thiers. On ferme les passages de deux canaux, de la Bièvre et des entrées de chemin de fer. On démolit les maisons dans la zone non aedificandi. Le 19, les Prussiens arrivent devant Paris et établissent le siège, qui va durer quatre mois.

Janvier 1871. Le 28, Jules Favre signe avec Bismarck un armistice dont l'article 3 prévoit la « remise à l'armée allemande, par l'autorité militaire française de tous les forts formant le périmètre de la défense extérieure de Paris, ainsi que de leur matériel de guerre ». La convention annexe signée le même jour prévoit la remise de ces forts les 29 et 30 janvier, à partir du 29 janvier à 10 heures, sauf celui de Vincennes qui peut abriter une garnison française de 200 hommes, sans que celle-ci puisse être relevée. L'article 5 de l'armistice prévoit le désarmement de l'enceinte de Paris.

Mars 1871 : l'armée allemande évacue les forts de la rive gauche de la Seine.

20 septembre 1871 : l'armée allemande évacue les forts de la rive droite de la Seine.

Deuxième programme de fortification

Carte postale allemande antérieure à la guerre de 1914-1918, montrant l'ensemble du système défensif du camp retranché de Paris

Le Fort de Villiers, 1878-1880, deuxième ceinture d'Ile de France

Pendant la guerre de 1870, les fortifications se sont révélées inefficaces.

1874. Le 17 juillet, une loi inspirée par les idées de Séré de Rivières sur la défense du pays, conduit à un nouveau programmes d'ouvrages de défense au nord et à l'est, avec certains d'entre eux destinés à la protection de Paris.

1885. Le programme s'achève : il a permis de construire 196 forts, 58 petits ouvrages et 278 batteries sur l'ensemble des frontières et places stratégiques du pays, pour une dépense estimée à 450 millions de francs-or (ouvrages) et 229 millions de francs-or (armement).

La disparition de l'enceinte de Thiers

1883. Le 11 juin, le conseil municipal de Paris vote un vœu demandant la désaffection de l'enceinte de Thiers, sa cession à la ville et la suppression de la zone de servitude.

1918. Pendant la guerre, l'enceinte de Thiers se révèle inefficace pour contribuer à la défense de Paris, compte tenu des progrès de l'artillerie (tirs des canons longs allemands - appelés à tort Grosse Bertha, depuis 120 km).

1919. Le 19 avril, une loi est promulguée selon laquelle la ville achète l'enceinte à l'état pour 100 millions, et doit acheter ou exproprier les terrains de la zone, la servitude interdisant de construire étant maintenue. Les travaux de démolition de l'enceinte sont engagés.

1925-1930. Le territoire zonier est annexé à la ville.

1930. La loi du 10 avril règle les modalités d'indemnisation des zoniers.

Remarque sur la ligne Maginot

Dans le cadre des réflexions sur le défense du pays qui se poursuivent après la Première Guerre mondiale, rien de nouveau n'implique une défense rapprochée de la capitale. Pour mémoire, le calendrier général est le suivant :

1922. Début des réflexions de la Commission de Défense des Frontières, qui établit les premiers plans ;

1928-1933. Construction du gros-œuvre des principaux ouvrages.

1940. Le 10 mai, la Wehrmacht, depuis l'Allemagne, traverse le Luxembourg et la Belgique (province de Luxembourg) en direction de Sedan. C'est la percée de Sedan : les troupes allemandes traversent le massif des Ardennes, jugé infranchissable par l’état-major français, et évitent ainsi la ligne Maginot, qui ne joue qu'un rôle de contournement obligé.

Les forts

Doctrine militaire de l'emploi des forts

La doctrine d’emploi des forts dépend du contexte de l'époque. Au milieu du XIX siècle, les routes sont peu nombreuses. En raison de la taille d'une armée en campagne, celle-ci est obligée d'emprunter les axes de communication existants afin que les chariots d'approvisionnement puissent la suivre sans s'enliser dans les chemins de terre à la mauvaise saison.

Ainsi, un ouvrage militaire, placé sur un axe important de communication est à même de ralentir fortement, voire de stopper, une troupe composée de plusieurs milliers d'hommes. Exemple : le fort de Charenton est placé sur les actuelles RN6 et RN19 qui étaient respectivement, à l'époque, les routes de Genève et de Belfort ; le pont de Charenton sur la Marne et le pont à l’Anglais sur la Seine sont situés à proximité.

En temps de guerre, le fort remplit plusieurs fonctions, qui sont les fonctions classiques d’une place forte :

  • il permet à une troupe composée de plusieurs centaines d'hommes d'être parfaitement abritée d'une attaque ennemie. L’aménagement des défenses et des abords du fort (glacis) soumet d’éventuels assaillants aux coups des défenseurs ;
  • si l'ennemi ignore l'ouvrage et le contourne, il risque de se faire attaquer sur ses arrières par les militaires occupant le fort. Pour pallier ce risque, il est obligé de laisser une partie de ses troupes protéger ses arrières ou neutraliser l'ouvrage en empêchant toute sortie des occupants. Cela l'affaiblit en réduisant ses effectifs disponibles ;
  • cela permet de concentrer et de protéger l'artillerie ;
  • c'est un point d'appui pour des troupes amies.

À l'époque, quand l'ennemi voulait le prendre, les soldats devaient monter à l'assaut sous la mitraille des défenseurs protégés par d'épaisses murailles et tirants de meurtrières.

Première ceinture de forts

Ceinture de forts autour de Paris

Le système d'ouvrages détachés, constituant la première ligne de défense à quelques kilomètres de Paris, en complément de l'enceinte entourant Paris, comprenait :

  • seize forts ;
  • des ouvrages complémentaires.

La carte ci-contre montre la position des forts par rapport à la ville, à l'occasion des combats de la Commune de Paris.

Les seize forts

Panorama du Fort de Romainville, au début du XXe siècle

Casernement du Fort de Noisy

Les seize forts construits autour de Paris entre 1840 et 1845 font l'objet du tableau suivant.

L'ordre (première colonne) est celui dans lequel apparaissent les forts lorsqu'on tourne autour de Paris dans le sens des aiguilles d'une montre (N-E-S-O).

Selon le cas, le nom d'un fort est soit celui de la commune où il est situé, soit celui de la commune qu'il défend.

OrdreDir.NomEmplacementDistance

au mur

d’octroi
Distance

au

Louvre
Autres ouvragesPosition
1NFort couronne de la BricheSaint-Denis6900 m9600 m48°56′44″N 02°20′28″E / 48.94556, 2.34111
2NFort de la Double-CouronneSaint-Denis6850 m9600 m48°56′39″N 02°21′25″E / 48.94417, 2.35694
3N/EFort de l'EstSaint-Denis5000 m7900 m48°55′50″N 02°22′20″E / 48.93056, 2.37222
4N/EFort d'AubervilliersAubervilliers3875 m7250 mOuvrage + Batterie48°54′39″N 02°24′22″E / 48.91083, 2.40611
5EFort de RomainvilleLes Lilas3500 m6650 mLunette + Courtine48°53′09″N 02°25′25″E / 48.88583, 2.42361
6EFort de NoisyRomainville4800 m8300 mLunette + Redoute48°52′60″N 02°26′55″E / 48.88333, 2.44861
7EFort de RosnyRosny-sous-Bois5750 m9800 mLunette48°52′12″N 02°28′28″E / 48.87, 2.47444
8S/EFort de NogentFontenay-sous-Bois5900 m10300 mLunette48°50′41″N 02°28′54″E / 48.84472, 2.48167
9S/EFort neuf de VincennesVincennes2800 m7800 m48°50′31″N 02°26′32″E / 48.84194, 2.44222
10S/EFort de CharentonMaisons-Alfort4000 m8400 mRigole48°48′32″N 02°25′42″E / 48.80889, 2.42833
11SFort d'IvryIvry-sur-Seine3900 m7300 m48°48′08″N 02°23′24″E / 48.80222, 2.39
12SFort de BicêtreLe Kremlin-Bicêtre2650 m6100 m48°48′19″N 02°21′16″E / 48.80528, 2.35444
13SFort de MontrougeArcueil2900 m5800 m48°48′28″N 02°19′18″E / 48.80778, 2.32167
14SFort de VanvesMalakoff3600 m6400 m48°48′42″N 02°17′22″E / 48.81167, 2.28944
15SFort d'IssyIssy3900 m6850 m48°49′01″N 02°16′08″E / 48.81694, 2.26889
16OForteresse du Mont-ValérienSuresnes5250 m9100 m48°52′24″N 02°12′48″E / 48.87333, 2.21333

Ouvrages complémentaires

OrdreDir.NomEmplacementDate
1Digue du CroultSaint-Denis
2Digue du ru de Montfort,Saint-Denis
3Batterie des VertusAubervilliers
4Redoute de la FlacheAubervilliers
5Batterie de PantinPantin
6Redoute de Montreuil
7Redoute de la BoissièreRosny-sous-Bois1831
8Redoute de Fontenay-sous-BoisFontenay-sous-Bois
9Redoute de GravelleParis (limites actuelles) (bois de Vincennes)
10Redoute de la FaisanderieParis (limites actuelles) (bois de Vincennes)
11Batterie du Rouvray

Deuxième ceinture de forts

Cette section donne la liste des ouvrages avancés réalisés de 1870 à 1890, dans la cadre des fortifications du Système Séré de Rivières, à environ 20 km de la capitale..

Dir.NomEmplacementDate
1NFort de Cormeilles-en-ParisisCormeilles-en-Parisis
2NFort de MontlignonMontlignon
3NFort de DomontDomont
4NFort de MontmorencyMontmorency
5NFort d'ÉcouenÉcouen
6NRedoute de la Butte-PinsonMontmagny1875-1877
7NFort de StainsGarges-les-Gonesse
8EFort de VaujoursCourtry
9EFort de ChellesChelles
10EFort de VilliersNoisy-le-Grand1878
11EFort de ChampignyChampigny-sur-Marne
12EFort de SucySucy-en-Brie
13EFort de VilleneuveVilleneuve-Saint-Georges1876
14S/OFort de PalaiseauPalaiseau
15S/OFort de ChâtillonChâtillon-sous-Bagneux

Fontenay-aux-Roses
16S/OFort de VillerasSaclay
17S/OBatterie de BouviersGuyancourt1879
18S/OBatterie du Ravin de BouviersVersailles
19S/OFort du Haut-BucBuc (Yvelines)1879
20S/OFort de Saint-CyrMontigny-le-Bretonneux1879
21S/OFort du Trou-d'EnferMarly-le-roi1881
22S/OFort de Bois-d'ArcyBois d'Arcy