En 1980, IBM se décide enfin à sortir un ordinateur personnel, le futur IBM PC. Les dirigeants d'IBM, convaincus que l'ordinateur personnel serait un échec commercial, décident d'acheter un système d'exploitation existant plutôt que de le développer en interne. CP/M étant le système d'exploitation le plus répandu sur les micro-ordinateurs de l'époque, ils approchent Digital Research et décident de rencontrer Gary Kildall.
Il est assez difficile de savoir ce qui s'est exactement passé lors de la rencontre entre Gary Kildall et les représentants d'IBM. Cet événement fait partie du folklore de l'histoire de l'informatique et de nombreuses versions contradictoires circulent. Ce qui est certain c'est que Gary Kildall a raté le contrat du siècle avec IBM au profit de Microsoft.
Plusieurs versions de l'histoire circulent:
- Gary Kildall, passioné d'aviation, aurait fait attendre les représentants d'IBM plusieurs heures alors qu'il était occupé à piloter son avion personnel. Cette version est assez répandue, et c'est également celle rapportée par Bill Gates.
- Ce serait la femme de Gary, Dorothy Kildall qui aurait reçu les représentants d'IBM. Ceux-ci, avant de commencer la moindre discussion, auraient exigé que Digital Research signe un "non-disclosure agreement", interdisant donc à la société de Gary de révéler quoi que ce soit de leur entretien. Dorothy Kildall, avocate de formation, aurait tout simplement refusé de signer un tel document.
- Un livre publié plus récemment, They Made America, d'Harold Evans, affiche une thèse inverse : Bill Gates aurait d'abord aiguillé IBM sur la société de Gary Kildall, Digital Research pour le système d'exploitation, ne désirant garder que ce en quoi sa compagnie était spécialisée, à savoir les langages de programmation et notamment le BASIC.
- Tom Rolander, qui est probablement la source la plus fiable puisqu'il a lui-même assisté à l'entretien entre IBM et Digital Research, donne la version suivante: Gary Kildall et lui-même ont effectivement pris l'avion privé de Gary pour livrer de la documentation CP/M à un de leurs clients du côté de la baie de San Francisco. Ils sont cependant revenus à temps pour participer à la réunion avec IBM. Selon Tom la réunion était déjà "mal partie". Tout d'abord, IBM a fait signer un "non-disclosure agreement" unilatéral, spécifiant que toute information communiquée par IBM à Digital Research devait être tenue secrète, à un point tel que Digital Research devait nier l'existence même de la réunion. Par contre, les informations communiquées par Digital Research à IBM tombaient dans le domaine public. De plus, IBM voulait acheter CP/M à Digital Research pour un prix fixe, quel que soit le nombre d'exemplaires vendus, alors que Digital Research aurait de loin préféré toucher des royalties à chaque exemplaire vendu. Également, IBM ne voulait en aucun cas garder le nom de CP/M pour son système d'exploitation, ils voulaient obligatoirement l'appeler PC-DOS, même s'il était entièrement écrit par Digital Research. Tous ces éléments ont fortement déplu à Gary Kildall.
Gates se serait ravisé en voyant l'opportunité de pénétrer le marché des systèmes d'exploitation et il aurait exploité un mécontentement des envoyés d'IBM envers Gary Kildall et Digital Research. Bill Gates va alors proposer à IBM de fournir le système d'exploitation. Pour ce faire, il va devoir signer un contrat très contraignant avec IBM, le privant de royalties. Il rachète alors QDOS (Quick and Dirty OS) à la petite société SCP (Seattle Computer products). QDOS est en fait un clone à bas prix de CP/M écrit par Tim Paterson. Bill Gates demande alors à Tim Paterson d'adapter QDOS à l'IBM PC et de le renommer MS-DOS.
Après la sortie de l'IBM PC, Gary Kildall constata que MS-DOS était un plagiat de CP/M. Il menaca alors IBM d'un procès. IBM trouva alors l'accord suivant: l'acheteur de l'IBM PC pourra choisir d'installer soit MS-DOS, soit CP/M sur sa machine. Hélas, MS-DOS était vendu à $40 alors que CP/M était vendu à $240: le choix de l'utilisateur moyen était vite fait...