Guédelon

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Introduction

Château de Guédelon
Guédelon
Période ou styleArchitecture philippienne
TypeChâteau fort
ArchitecteJacques Moulin
Début construction1997
Fin constructionestimation : 2022
Propriétaire initialMichel Guyot
Site Internetwww.guedelon.fr/
Latitude

Longitude
47° 35′ 01″ Nord

3° 09′ 20″ Est / 47.583611, 3.155556
PaysFrance France
RégionBourgogne
DépartementYonne
Commune françaiseTreigny
(Voir situation sur carte : Bourgogne)

Guédelon ou le château de Guédelon est un chantier-médiéval de reconstruction historique d'un château fort, débuté en 1997, selon les techniques et les matériaux utilisés au Moyen Âge. Projet architectural situé à Treigny, dans l'Yonne, visant à améliorer nos connaissances en castellologie, la méthode de construction est celle des châteaux construits au XIII siècle de l'époque médiévale (fin du XII siècle jusqu'au début XIV siècle, en cohérence avec le type d'architecture philippienne), en partant d'un site vierge et en utilisant uniquement des techniques de l'époque telles qu'elles étaient connues en Puisaye dans l'Yonne.

Le concept

Créé par Michel Guyot, propriétaire et restaurateur du château de Saint-Fargeau, ce projet voit sa première pierre posée en 1997 et est prévu pour durer 25 années. Le chantier de Guédelon, réalisé sur une ancienne carrière boisée, présente plusieurs aspects :

  • touristique : le chantier se visite, avec plus de 250 000 personnes accueillies en 2005 ainsi qu'en 2006 ;
  • pédagogique : le projet est ouvert et adapté aux visites scolaires et de groupe. Il permet notamment de découvrir les conditions de travail et les métiers du Moyen Âge ;
  • scientifique : le projet permet de mettre en pratique certaines connaissances historiques théoriques sur l'art de construire des châteaux forts ;
  • humain : le chantier a créé quarante-cinq emplois et deux cents personnes viennent bénévolement renforcer les équipes ;
  • social : L'emploi sur le chantier de jeunes en situation d'échec permet de leur offrir une formation. L'an dernier, deux d'entre eux ont réussi le CAP de tailleur de pierre.

Le propos de l’équipe de Guédelon

On connaît à travers toute l’Europe des essais d’archéologie expérimentale, des démarches pour mieux comprendre les procédés d’autrefois. Plutôt que de se conformer à des modèles schématiques ou hypothétiques, des archéologues ont tenté de recouvrer les techniques, matériellement, en réapprenant les gestes. Ce sont des préhistoriens qui ont d’abord abandonné les spéculations de cabinet pour confectionner de vrais outils de silex.

Pour beaucoup de prospections, les enquêtes ethnographiques ont été d’un grand secours, mais pour la plupart des autres, seuls les indices archéologiques et les écrits des auteurs anciens, avec tous les aléas d’interprétation, pouvaient servir de sources. Il fallait donc une exploration supplémentaire. La compréhension du mouvement de l’outil et la reproduction des exécutions à l’ancienne se sont imposées de façon aussi incontournable que la reconstitution par maquettes ou images de synthèse, voire en grandeur réelle. On a vu ainsi renaître un village lacustre et des fortifications romaines ; on a refait des machines de guerre médiévales. L’intérêt n’est pas seulement de répliquer l’objet mais son fonctionnement ou son usage ; on a éprouvé l’effet des épées et la résistance des armures ; on a lancé des boulets et tiré à l’arbalète depuis des meurtrières.

Mais tout cela se rapporte à des objets isolés, à des fonctions particulières, à des séquences ponctuelles. Guédelon propose une expérimentation entièrement inédite : l’analyse de toute la complexité du chantier dans l’action, dans la continuité d’une opération globale.

La problématique du chantier

Château de Guédelon en juin 2005

Guédelon a démarré comme un chantier médiéval sur une conception dont la plupart des difficultés ne sont examinées qu’au fur et à mesure qu’elles se présentent. Le projet initial n’a résolu ni la totalité des plans et des masses, ni la chronologie d’enchaînement des travaux. On a d’abord paré au plus immédiat : la fabrication des mortiers et la taille et l’approvisionnement de la pierre.

Le propos aurait pu tourner au conservatoire et à la présentation de métiers. La définition d’une époque, le milieu du XIII siècle, et la mise en scène d’une stratégie de déroulement ont donné au chantier sa vraie dimension. Déjà en cela, parce que la part d’improvisation provoque d’inévitables « remords de constructeur », l’entreprise est représentative du cheminement médiéval.

Le maître d’ouvrage et le maître d’œuvre savent qu’à chaque tranche vont surgir des problèmes inédits. Non seulement cela n’a rien d’étonnant, mais c’est l’intérêt d’un tel ouvrage. Et le mérite est d’être à l’affût, de guetter comme une promesse, chaque complication ou contrariété, parce qu’elle fait partie de la raison d’être du chantier de Guédelon.

Guédelon n’est pas en premier chef un lieu pour faire des démonstrations d’outils et d’habileté artisanale. Bien sûr, il est aussi cela, et bien plus encore puisqu’il se veut un instrument éducatif, un lieu pour faire réfléchir autant que d’intéresser à des professions. Mais en fin de compte, il ne s’agit pas tant de construire un château fort que d’expérimenter, de redécouvrir, de vérifier et de trouver des réponses au parcours d’obstacles d’une telle tentative.

Les métiers

Le charpentier

La forge

Le vannier

Le chantier regroupe plusieurs corps de métiers :

  • les carriers procèdent à l'extraction de blocs de pierre dans la carrière du site. Ils percent des trous appelés "emboîtures" dans lesquels ils placent des coins en acier. En frappant ces coins à l'aide d'une masse, la pierre est fendue en bloc pouvant ensuite être travaillés par les tailleurs.
  • les tailleurs de pierre créent d'abord des "épures" (traces géométriques dessinées à l'échelle 1 sur un plancher) pour ensuite créer des gabarits. Ces derniers sont alors utilisés à l'atelier de taille afin de façonner des pierres utilisées pour la construction du château.
  • les maçons assemblent les pierres grâce à du mortier fabriqué à partir de mélanges de chaux, de terre et de sable,
  • les bûcherons abattent des arbres (principalement du chêne) utilisés pour la confection de charrettes, de tuiles en bois (des tavaillons) ou plus généralement la couverture des bâtiments.
  • les charpentiers sont chargés des réalisations en bois du chantier : échafaudages, coffrages pour le soutien des voûtes, portes et pont-dormant. Ils sont également chargés de la fabrication des manches d'outils et d'engins : charrettes, cage à écureuils, treuils à tambour.
  • les forgerons fabriquent et réparent les outils, notamment ceux des tailleurs de pierre. Ils réalisent également les gonds et pentures de portes, les clous utilisés pour le pont-dormant et la toiture du château, ainsi que la grille de l'oculus dans la tour de la chapelle.
  • le potier utilise un tour à pied et l'argile extraite de la forêt pour réaliser des écuelles, des pots mais aussi des tuiles et des carreaux.
  • le vannier utilise de l'osier pour fabriquer de solides paniers à 4 poignées qui peuvent supporter jusqu'à 80 kg et servent notamment au transport de mortier. Il réalise également des caisses à outils, des vantaux de volets ou des ruches.
  • le cordier utilise du chanvre, un rouet et un carré mobile pour tresser des cordages plus ou moins longs et plus ou moins gros, selon leurs utilisations.

L'évolution des travaux

Plan de masse du château et du logis du Seigneur

En 1997, tandis que les plans du château sont réalisés par l'architecte en chef des monuments historiques Jacques Moulin, le site de Guédelon est défriché. Deux ans plus tard, la cour est remblayée et les premiers murs s'élèvent à un mètre cinquante de haut ; la tour de la chapelle et la courtine ouest prennent peu à peu forme.

En 2001, le périmètre bâti monte à trois mètres. Tandis que la construction du pont dormant se termine, celles de l'escalier à vis de la tour de la chapelle (mise en place de douze marches) et de l'escalier rampant de la tour maîtresse se poursuivent.

Le pont a été achevé en août 2002, constitué de 57 troncs de chêne et 670 clous forgés à la main. La tour de la chapelle comporte désormais une voûte à croisée d'ogives et 12 marches de plus sur son escalier à vis. C'est aussi le début de l'édification de la poterne.

L'année 2003 est marquée par la construction du logis seigneurial et la mise en charge de la voûte de la tour maîtresse.

Les deux années suivantes voient l'aménagement du rez-de-chaussée de la tour maîtresse : le sol est dallé, on construit la porte, l’assommoir, des archères. La construction de l'escalier rampant se poursuit, et on démarre enfin l'édification de la tuilerie qui se termine en 2006.

Le chantier emploie du personnel permanent et également des stagiaires. Il y a des animations, ainsi que des animaux.

Le chantier en 2005

Le chantier en juillet 2006

Le chantier en août 2007

Le chantier en juin 2008

Le chantier en juillet 2009

L'accompagnement et l'outillage scientifique

L'équipe de projet comprend :

Un conseil scientifique permanent, composé d’historiens et d’archéologues du bâti historique, accompagne de façon active les programmes annuels. Il se compose de médiévistes spécialement concernés par le fonctionnement des chantiers. Sur l’expérimentation globale de mise en place du chantier (canevas de planification, échafaudage, mortier, taille de la pierre, charpenterie…) se greffent des expériences annexes comme celles du travail de forge, de la terre-cuite, de la teinture... On y étudie aussi l’organisation de la basse-cour et du potager… et le chantier reste ouvert à d’autres expériences. L'organisation de colloques, où seront invités d’autres chercheurs, sur les interrogations concernant la mise en œuvre physique et le déroulement matériel des chantiers médiévaux. Ces rencontres doivent aboutir à des publications thématiques.

Le comité scientifique inclut, outre Jacques Moulin :

  • Anne Baud, docteur en archéologie médiévale, maître de conférences à l'université Lyon II ;
  • Nicolas Reveyron, historien de l'art, professeur à l'université Lyon II ;
  • Christian Corvisier, historien de l'architecture ;
  • Frédéric Épaud, archéologue, spécialiste du bois et notamment des charpentes médiévales.
  • Frédéric Sartiaux, historien de l'architecture et journaliste du patrimoine