Introduction
L'histoire des départements français, depuis la création des départements en 1790 jusqu'à nos jours, est intimement liée à l'évolution du territoire de la France pendant cette même période.
L'histoire des départements français, depuis la création des départements en 1790 jusqu'à nos jours, est intimement liée à l'évolution du territoire de la France pendant cette même période.

La proposition géométrique du comité Sieyès-Thouret
À la veille de la Révolution française, l'organisation territoriale du royaume est « d'une extrême complexité » : les circonscriptions administratives, militaires, ecclésiastiques, judiciaires, fiscales ne se recoupent pas systématiquement. Pour les contemporains, c'est sans doute la notion de provinces qui décrit au mieux l'espace vécu ; ces provinces ne recouvrent pas forcément des territoires aux limites précises, mais se rapportent à des représentations historiques ou linguistiques.
Dès le début du XVIII siècle, de nombreuses voix s’étaient élevées pour simplifier la géographie administrative et créer un quadrillage plus régulier du royaume. Ainsi, l’édit de 1787 portant création des assemblées provinciales incite celles-ci à se subdiviser en « départements » : la Picardie en comptera quatre (Amiens, Doullens, Montdidier, Péronne) comme le Soissonnais, contre dix à la Haute-Normandie et neuf à l’Île-de-France.
Le 7 septembre 1789, l'abbé Sieyès propose à l'Assemblée Nationale l'élaboration d'un plan de réorganisation administrative du royaume. Un comité, dont Thouret est rapporteur, élabore un premier projet qui sera rapporté à l'Assemblée le 29 septembre et qui se borne d'ailleurs à l'organisation de la représentation électorale. Le projet est purement géométrique : on découperait le territoire en 80 départements carrés de 18 lieues sur 18, chacun divisé en 9 « communes » carrées, elles-mêmes divisées en 9 « cantons » également carrés ; Paris serait traité à part et constituerait un 81ème département. Le projet s'inspire de près de travaux de Robert de Hesseln, géographe du Roi, publiés en 1780.
Dès le 11 novembre 1789, l’Assemblée nationale constituante adopte le découpage en départements dont les noms sont choisis en fonction de la géographie et de l’hydrographie. La France fut découpée en départements à la suite du décret du 22 décembre 1789. Leur nombre exact (83) et leurs limites furent publiés le 26 février 1790, et leur existence prit effet le 4 mars 1790.
À l'époque, chaque département possédait son assemblée, constituée de 36 membres élus (élus par les citoyens actifs ayant payé un impôt au moins égal à 10 journées de travail), ceux-ci désignant à leur tour un président et un directoire exécutif permanent. Les départements étaient divisés en districts, cantons et communes. Il pouvait y avoir jusqu'à neuf districts par département et neuf cantons par district. L'administration des 41 000 communes appartenait au conseil général de la commune composé pour 1/3 d'un conseil municipal et pour 2/3 des notables tous élus pour deux ans par les citoyens actifs uniquement. La taille de chaque département a été établie afin qu'il soit possible de se rendre au chef-lieu en moins d'une journée de cheval depuis n'importe quel point de leur territoire.
Cette organisation proposée par Jean Cassini visait à homogénéiser le découpage du territoire français tout en conservant une administration locale, mais en retirant les spécificités des provinces, considérées comme provenant essentiellement des privilèges de l'aristocratie locale.
Les institutions départementales organisées en 1790 furent remaniées dès 1795 avec la suppression des districts et la création des municipalités de cantons. Les administrations étaient alors toutes concentrées au niveau des chefs-lieux de canton, les communes perdant toute autonomie.
Le 17 février 1800 (loi du 28 pluviôse an VIII selon le calendrier républicain en vigueur), ces structures furent encore modifiées. Les départements furent redécoupés en arrondissements (qui remplaçaient les districts, mais moins nombreux et donc plus étendus), cantons (également moins nombreux que ceux de 1790) et communes. Du point de vue administratif, furent créés les préfectures et sous-préfectures, le poste correspondant de préfet et le conseil de préfecture), ainsi que les conseils généraux. La Monarchie de Juillet leur reconnaîtra également la personnalité morale.
Mise à part la loi du 10 août 1871 qui créa la commission départementale et instituera l'élection du conseil général au suffrage universel avec le canton comme circonscription électorale, l'organisation des départements restera inchangée jusqu'en 1982. Cette année-là, le vote de la loi de décentralisation étendit les compétences des conseils généraux de département et leur donna plus de poids dans la vie économique nationale.
Enfin, la loi du 2 mars 1982 transféra l'exercice de l'exécutif — jusqu'alors détenu par le préfet de département — au président du conseil général.
Pour la liste des départements de 1790, voir l'article : Liste des 83 départements français de 1790.
À partir de 1792, avec les guerres successives de la I République et de l'Empire de Napoléon I, la France fut amenée à étendre considérablement son territoire. Dans la majeure partie des cas, les régions annexées furent organisées en départements. Cela concerna les territoires de l'actuelle Belgique, des Pays-Bas, une partie de l'Allemagne (toute la rive gauche du Rhin et les côtes de la mer du Nord), et de la Suisse, le nord et le centre de l'Italie.
La période révolutionnaire
1792 : incorporée à la France, la Savoie devient le département du Mont-Blanc.
1793 :
Annexé, le comté de Nice devient les Alpes-Maritimes.
Scission du département de la Corse (chef-lieu Bastia) en deux départements (c'est le premier cas de Bidépartementalisation) : le Golo (Bastia) et le Liamone (Ajaccio).
Le département de Vaucluse est créé par le regroupement d'Avignon et du Comtat Venaissin (annexés en 1791), avec des districts des Bouches-du-Rhône.
Création du département du Mont-Terrible par réunion à la France de la République rauracienne.
Le département de Rhône-et-Loire est divisé en deux départements, le Rhône et la Loire (second cas de bidépartementalisation).
1795 :
L'annexion de la Belgique amène la création de 9 départements nouveaux : la Dyle, les Deux-Nèthes, l'Escaut, les Forêts, le Jemmapes, la Lys, l'Ourte (suite au vote populaire exprimé le 17 février 1793), la Meuse-Inférieure et la Sambre-et-Meuse.
1797 :
Suite au traité de Campo-Formio, la rive gauche du Rhin est incorporée au territoire de la République. Quatre nouveaux départements voient le jour : le Mont-Tonnerre, le Rhin-et-Moselle, la Roer et la Sarre.
L'annexion des îles Ioniennes par le traité de Campo-Formio en 1797, entraine la création de 3 départements français de Grèce : Corcyre, Ithaque et Mer-Égée.
L'île de Saint-Domingue, la « perle des Antilles », alors entièrement française est divisée en cinq départements : Sud (Chef-lieu : Les Cayes), Ouest (Chef-lieu : Port Républicain), Nord (Chef-lieu : Cap Français), Samaná (Chef-lieu : San Yago), et Inganne (Chef-lieu : Santo Dominguo)
1798 :
Suite à l'incorporation de la République de Genève, la partie nord du département du Mont-Blanc devient le département du Léman.
Ainsi, à la veille du Consulat, la France ne compte pas moins de 113 départements.
Les conquêtes napoléoniennes

Les 130 départements de l'Empire français en 1811.

Départements du 1er Empire annexés sur les États italiens.
Outre les modifications suivantes sur le territoire hexagonal :
Les conquêtes successives de Napoléon 1er conduisirent à étendre encore le territoire français bien au-delà de son domaine initial de 1789.
En conséquence, à son apogée, l'Empire comptait 130 départements, et même 134 si l'on inclut les départements français d'Espagne au statut juridique incomplet. Ainsi, des villes comme : Rome, Hambourg, Amsterdam, Turin, Bruxelles ou Aix-la-Chapelle étaient devenues des préfectures, au même titre que Bordeaux, Orléans, Rennes, Périgueux ou Marseille. Les Provinces illyriennes annexées par la France furent divisées en 10 intendances et non en départements.
Pour la liste des 130 départements de 1811, voir l'article : Liste des départements français de 1811.
Enfin, suite aux avancées territoriales de l'Empire en Espagne, plusieurs départements français d'Espagne furent créés en 1812 en Catalogne :
En 1813, les deux premiers furent regroupés dans le département des Bouches-de-l'Èbre-Montserrat, les deux derniers dans le département de Sègre-Ter. Les territoires qu'ils administraient furent perdus par l'Empire en 1814 sans que l'existence d'aucun de ces départements successifs ne fut officiellement complètement avalisée.
La Première Restauration et les Cent-Jours (1814-1815)
Durant la Première Restauration et les Cent-Jours, un 87 département (qui conserve son nom de Mont-Blanc et son chef-lieu Chambéry) a fonctionné dans la partie occidentale de la Savoie laissée à la France par le premier traité de Paris (1814) et jusqu'à ce qu'elle lui soit enlevée par le second traité de Paris (1815).
La fin de l'Empire (1815)
À la chute définitive de l'Empire (1815), la France est réduite à 86 départements ; les trois départements supplémentaires par rapport aux 83 initiaux de 1790 sont ceux de :

Départements français d'Algérie
En 1848, l'Algérie française, alors partie intégrante du territoire français, fut organisée en trois départements :
Le Second Empire connut deux périodes de modification du territoire, et donc des départements :
La France métropolitaine passe alors de 86 à 89 départements (compte non tenu des départements d'Algérie).

Redécoupage des frontières départementales suite à l'annexion de 1871
La France métropolitaine passe donc de 89 départements à 86 départements et 1 territoire (hors départements d'Algérie).
1902 : Création d'un nouveau département algérien, les Territoires du Sud (94).
1919 : le traité de Versailles restitue à la France les territoires annexés par l'Empire allemand en 1871. Ainsi sont réintégrés :
le Bas-Rhin dans ses frontières de 1871, augmenté de la partie annexée des Vosges
le Haut-Rhin ne se voit pas restituer le territoire de Belfort, qui reste à l'état de territoire
les parties annexées de la Meurthe et de la Moselle sont regroupées dans le département de la Moselle. Le département de Meurthe-et-Moselle, créé en 1871, est ainsi conservé.
La France métropolitaine passe donc de 86 à 89 départements, plus un territoire.
Le territoire métropolitain passe de 89 à 90 départements.

Carte des départements et régions français
La France passe alors de 94 à 99 départements.
La France passe de 99 à 100 départements.
La France passera alors de 100 à 101 départements.
1793 :
La principauté de Monaco est annexée et rattachée aux Alpes-Maritimes.
La principauté de Salm, enclavée, assiégée et dont les princes se sont enfuis en Westphalie, est rattachée à sa demande au département des Vosges le 17 mars.
1795 : Détachement de Schirmeck du Bas-Rhin vers les Vosges.
1797 :
février : annexion de la principauté de Montbéliard, qui est rattachée au Mont-Terrible.
décembre : nouvelle extension du département du Mont-Terrible, par annexion de la partie méridionale de l'ancien évêché de Bâle (l'actuel Jura bernois), suite au traité de Campo-Formio.
1798 :
février : dernière extension du Mont-Terrible, par annexion de Bienne.
Mulhouse, jusqu'ici indépendante, est incorporée, à sa demande au Haut-Rhin.
1947 (10 février, traité de Paris) : rectification de frontière avec l'Italie. Les communes de Tende et de La Brigue sont annexées et attribuées aux Alpes-Maritimes (rattachement confirmé par un référendum le 16 septembre). Six autres communes des Alpes-Maritimes sont aussi agrandies par quelques fractions du territoire italien.
1967 : réorganisation de l'Est Lyonnais : la limite Est du département du Rhône est repoussée de quelques kilomètres, au détriment de ceux de l'Isère et de l'Ain.
1973 : les habitants du Puy-Saint-Bonnet décident de quitter les Deux-Sèvres et de rejoindre le département du Maine-et-Loire afin d'associer leur commune à la communauté urbaine de Cholet.
1997 : la commune de Han-devant-Pierrepont est transférée de la Meuse à la Meurthe-et-Moselle.
2007 : les communes insulaires de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin sont détachées du département de la Guadeloupe et transformées en collectivités d'outre-mer (COM) distinctes.
29 mars 2009 : le référendum sur la départementalisation de Mayotte est accepté par 95,2 % des suffrages exprimés.
Depuis leur création, plusieurs départements ont changé de nom, le plus souvent pour modifier une dénomination jugée péjorative (comme les termes « inférieur » ou « bas »).