Si ce roman réactive le thème classique et rebattu du vampirisme, c'est pour le traiter de manière originale. Les vampires auxquels l'auteur nous confronte dans son roman ont un double visage, celui, nocturne et destructeur, de la sauvagerie animale assoiffée de sang, et celui, semi-diurne et plus étonnant, d'une alternative finalement viable à la société humaine devenue biologiquement inadaptée à son nouvel environnement contaminé. Tandis que le dernier homme lutte désespérément pour sauver les vestiges de l'Humanité, les néo-vampires se regroupent en communauté et s'organisent pour finalement jeter les bases d'une nouvelle société promise au seul avenir possible sur cette Terre dépeuplée.
Les références au vampirisme ne se font pas sans humour, car le héros, confronté à ces êtres de triste réputation, n'a d'autre réflexe au début du roman que de chercher dans une bibliothèque abandonnée un exemplaire du Dracula de Bram Stoker pour y trouver les moyens de les combattre et de les tuer. Ainsi n'échappera-t-il pas aux chapelets d'ail, aux pieux en bois et aux croix chrétiennes répulsives. Puis, son évolution personnelle et sa meilleure compréhension de la situation le feront peu à peu sortir de cette pensée mythologique pour aborder le problème de manière plus scientifique et bactériologique, troquant ses condiments et ses pieux contre un microscope et des produits chimiques. Le héros parviendra à comprendre scientifiquement l'effet du pieu planté dans le cœur par une suite de réactions chimiques liées à la bactérie inconnue. Les vampires en feront d'ailleurs autant, orientant leurs recherches vers un moyen chimique de supporter - au moins pendant un temps - la lumière du jour.
Comme Robert Neville joue donc le rôle tragique du dernier obstacle à l'avènement de ce nouvel ordre social et biologique que représentent les vampires, il doit être éliminé. En tant que dernier Homme, condamné à mort par un tribunal des vampires improvisé, il entrera ainsi dans la « légende ». On notera au passage le jeu subtil sur les registres traditionnels : dans le monde des humains d'hier, les vampires n'étaient qu'une légende romantique, dans le monde des vampires de demain, l'Homme est voué à occuper cet espace devenu soudainement vacant de l'imaginaire de légende.