Introduction
La loi de Grosch part de l'observation que la combinaison des ressources informatiques sur une même machine a un effet multiplicatif et non pas additif.
Elle s'énonce généralement de la manière suivante: la puissance réelle d'un ordinateur croît généralement bien plus vite que son coût. Elle suggère donc que d'importantes économies d'échelle sont possibles en allant vers le gigantisme.
Ainsi, une machine dont on augmente la vitesse permet la résolution de nouveaux problèmes. Une autre machine dont on augmente la taille mémoire aussi. Si on effectue les deux opérations sur la même machine, alors cela permet de surcroit de résoudre des classes de problèmes additionnels qui n'auraient été abordables par aucune des deux machines modifiées prises séparément.
Grosch pense pouvoir en déduire une loi implacable et dont l'énoncé influencera toute l'informatique des années 1960 et 1970 : il faut procéder à toutes les améliorations possibles sur une même machine centrale et en partager les ressources.
Bruno Lussato conteste vers 1971 la validité de cette loi. Il met en évidence les problèmes suivants:
- le partage à distance des ressources est loin d'être gratuit (il faudra attendre 1995 pour que le coût des communications baisse plus vite que celui de l'informatique, de 80% par an pendant les dix ans qui suivront, grâce à la fibre optique et à la fin des monopoles) ;
- l'éloignement géographique et organisationnel entre services centraux et utilisateurs aboutit à des lenteurs de réaction et à des services inadaptés : « pourquoi faire la queue à la soupe populaire au lieu de se mitonner chez soi le potage exact dont on a envie ? »
- les ordinateurs géants sont plus complexes que des petits et donc plus difficiles à gérer (instabilité due à l'empilement progressif de logiciels et aux incompatibilités entre eux qui se découvrent à presque chaque changement de version de l'un de leurs composants);
- les liaisons par satellites possèdent des temps de latence qui leur otent une grande partie de leur intérêt en mode interactif.
Il n'est pas alors entendu.