Ocre

Restez toujours informé : suivez-nous sur Google (☆)

Introduction

Carrières d'ocres de Rustrel

L’ocre, du grec ancien ὤχρα / ốkhra, est une roche ferrique composée d'argile pure (kaolinite) colorée par un pigment d'origine minérale (un hydroxyde de fer : l’hématite pour l'ocre rouge, la limonite pour la brune et goethite pour la jaune). Cette argile colorée est amalgamée aux grains de sable (quartz) et les ocres se trouvent dans le sol sous forme de sables ocreux composés à plus de 80 % de quartz.

En France, on en trouve en Bourgogne, dans les Monts de Vaucluse, le Colorado provençal ou à Roussillon. La dernière carrière encore en activité est celle de la Ste des Ocres de France, située à Gargas.

L'ocre naturelle est utilisée comme pigment depuis la Préhistoire, comme à Lascaux. Elle est toujours appréciée pour sa non-toxicité et sa grande longévité en décoration, beaux-arts et maçonnerie.

Genèse de l’ocre

Au Crétacé, des débris organiques (coquilles de lamellibranches, d’oursins et de foraminifères) ainsi que des grains de quartz et des paillettes de micas s’accumulent au fond d’une mer épicontinentale (peu profonde). La glauconie, un minéral très particulier, caractéristique du milieu marin, se forme sur le fond de la mer. Cette variété d’argile verte contient dans son réseau cristallin des atomes de fer. Depuis les travaux du géologue Jean-Marie Triat, on sait qu'à la faveur de mouvements tectoniques ces dépôts sédimentaires marins ont été émergés. Sur le nouveau continent régnait, au Crétacé, un climat tropical, qui a provoqué d’intenses altérations latéritiques, dissolvant entre autres la glauconie et libérant les atomes de fer. Les ocres sont alors apparues grâce à la cristallisation d'un hydroxyde de fer, la goethite. L'altération a en même temps donné naissance à un silicate d’alumine, une nouvelle argile appelée kaolinite.

C’est ainsi que sont nées les ocres de Vaucluse et de Bourgogne, formations sableuses (grains de quartz) cimentées par une argile constituée de cristallites dont la taille est de l’ordre du micromètre : la kaolinite, support argileux essentiel et la goethite (pigment coloré). D'un point de vue chimique, l’ocre est un silicate d’alumine ferrugineux et siliceux.

Panorama du Colorado provençal, à Rustrel.

Extraction

Falaise de sable ocreux jaune à Roussillon

L’ocre est un matériau naturellement présent dans les argiles et le sol sous forme de sédiments, les « sables ocreux ». Les roches du Crétacé à nouveau recouvertes par des sédiments continentaux et marins après la formation des ocres sont revenues à l’affleurement grâce aux grands décapages quaternaires.

Lors de l’extraction, il est nécessaire de séparer l’ocre, très fine, des impuretés et du sable majoritaires (80 à 90 %). On utilise pour cela de l’eau courante : c’est le procédé de lévigation. Les particules colorantes plus légères sont ensuite filtrés et séchées.

Techniques artistiques

Les ocres jaunes (PY43 dans le Colour Index) et rouges (PR102) sont des pigments importants de la palette des artistes de toutes les époques. Grâce à leur coût modique, ils sont les rares pigments naturels encore présents dans les nuanciers de peintures, même si les fabricants tendent à les remplacer par des oxydes de fer synthétiques (PY42 ou PR101), plus réguliers et couvrants.

Le chauffage des pigments permet également d’obtenir une grande variété de nuances. Ainsi, les ocres jaunes après calcination à 400 °C se transforment en ocres rouges.

Comme le vin, les ocres possèdent leurs crus : les ocres jaunes peuvent être verdâtres ou orangées et donner des ocres rouges plus ou moins bruns et chauds. Les qualités les plus claires sont aussi les plus transparentes.

La non-toxicité des ocres autorise leur emploi dans toutes sortes de techniques (huile, aquarelle, acrylique, pastel, tempera, fresque). Elles sont compatibles avec tous les liants (graisses animales, huiles végétales, eau…) et les autres pigments.

Usages picturaux, symboliques et médicaux

Cheval peint à l'ocre jaune et au bioxyde de manganèse dans la grotte de Lascaux

Des fragments d’ocres gravés datant de plus de 77 000 ans ont été mis au jour à Blombos, en Afrique australe. Les premières peintures pariétales européennes datent de 32 000 ans avant le présent ; celles de Lascaux ont près de 18 000 ans, celles d’Altamira entre 13 500 et 15 500. Les ocres sont quasiment inaltérables au cours du temps, ce qui explique la conservation de ces peintures.

Certaines statuettes féminines appelées « Vénus paléolithiques » présentent des dépôts de peinture. C'est le cas de la « Vénus impudique » de Laugerie-Basse en Dordogne ou de la Vénus de Laussel. D’autres présentent des gravures pouvant être interprétées comme des peintures corporelles : ponctuations sur la poitrine et le ventre, dessins de colliers ou de bracelets aux pieds ou aux chevilles…

L'ocre est également présente dans certaines sépultures préhistoriques.

Femme himba au corps enduit d'ocre en Namibie

Aujourd’hui, dans les cultures traditionnelles, l’ocre se rattache à la « Terre Mère ». Elle est utilisée lors de rituels liés à la mort (retour du corps à la terre) ou à la chasse. En Afrique, les couleurs rouge et ocre sont les couleurs de l’initiation. Chez les Amérindiens, le rouge est la couleur de la maturité et l’ocre celle de l’origine de l’Homme.

L'ocre peut aussi jouer un rôle fonctionnel ou prophylactique : certains groupes ethniques africains, notamment les Himbas, utilisent l'ocre rouge pour s'enduire le corps et se protéger de l'ardeur du soleil, de la sécheresse de l'air et des insectes. L’ocre a été utilisée en médecine, notamment en Égypte, pour ses propriétés apaisantes et cicatrisantes.

Elle a très longtemps été utilisée pour la conservation des peaux entre l’abattage et le tannage. Les embaumeurs égyptiens teignaient le corps des hommes avec de l’ocre rouge et celui des femmes avec de l’ocre jaune pour lutter contre le noircissement de la peau provoqué par le traitement.

Dans le Pays d'Apt (Vaucluse), l'ocre est exploitée depuis la fin du XVIII siècle. Jean-Étienne Astier, le premier fabricant d'ocre à Roussillon, y a inventé un traitement permettant d'extraire le pigment du sable. Au début du XX siècle, on produisait 36 000 tonnes d'ocre dans le Pays d'Apt, surtout dans les galeries de Gargas. 98 % de cette ocre partaient à l'exportation.

L'ocre a également été utilisée comme substance imperméabilisante, comme abrasif pour le polissage fin, et surtout comme agent colorant dans des domaines variés : alimentation, filtre de cigarettes, caoutchouc (les rondelles de bocaux sont encore traditionnellement rouges même si l'ocre n'est plus utilisée), produits cosmétiques, etc.

Utilisation de l'ocre pour teindre les enduits à Roussillon

L'ocre est une pierre lourde, ce qui en fait un bon indicateur de présence d'or au fond des cours d'eau.

Panorama du Colorado provençal, à Rustrel.