On appelle plante carnivoretoutvégétal capable de capturer des proies (insectes, acariens et autres petits invertébrés essentiellement) et d'en assimiler tout ou partie afin de subvenir (partiellement) à ses propres besoins. Il existe plus de 600 espèces de plantes carnivores connues à ce jour.
Espèces menacées
Dans le monde entier, les plantes carnivores sont en régression, pour plusieurs raisons connues :
destruction et fragmentation écologique de leurs milieux naturels (ex : recul ou eutrophisation des tourbières à sphaignes qui abritaient les droseras, déforestation ou artificialisation des forêts tropicales pour la plupart des autres espèces) eutrophisation des eaux abritant des plantes carnivores aquatiques...) ;
pression de collecte pour certaines plantes rares et recherchées par des collectionneurs (localement)
pollutions : une étude anglaise récente prouve que la consommation par ces plantes d'insectes contaminés par des métaux lourds ou toxiques (fréquent chez les moustiques et chironomidés ainsi que certaines mouches dont les larves vivent respectivement dans l'eau et les sédiments) est un des facteurs explicatif du déclin général des plantes carnivores. Les toxiques apportés par les insectes interfèrent avec certains processus vitaux de la plante dont l'absorption des nutriments . Les métaux ont des impacts très différents ; par exemple, le cuivre (qui est un oligoélément à faible dose et toxique à forte dose) et le cadmium (toxique, même à assez faibles doses et notamment diffusé par les engrais phosphatés, les revêtements métalliques et d'autres produits) ont été étudiés de ce point de vue. Quand on nourrit en laboratoire un Népenthès (Sarracenia leucophylla) menacé de disparition avec des mouches dont les asticots ont été contaminés par du cuivre ou du cadmium, on constate une accumulation de cadmium dans les tiges d'une façon qui peut être toxique et perturber la croissance, alors que la plante semble capable de gérer et contrôler l'apport en cuivre (cuivre qui reste néanmoins très toxique pour les algues et mousses aquatiques).
Écologie
Héliamphores originaire des tepuys
Les plantes carnivores se distinguent du reste du règne végétal par leur capacité à capturer et à digérer leur proies. Une plante capable uniquement de capture, éventuellement de dégradation, mais incapable d'assimiler sa proie, est qualifiée de protocarnivore.
Si un grand nombre d’espèces de plantes carnivores se situent dans des régions tropicales, on peut néanmoins en trouver des spécimens sous presque toutes les latitudes. Souvent, ces plantes poussent dans des sols pauvres en azote, comme dans les tourbières, et on peut imaginer que d'un point de vue évolutif, la conquête du caractère « carnivore » a été pour ces plantes un avantage décisif en termes de capacité à occuper un milieu par ailleurs pauvre en espèces. Le mode d'apparition de ces caractéristiques pose un problème passionnant en termes de théorie de l'évolution, au même titre, sinon plus, que l'apparition progressive de l’œil (voir Richard Dawkins, Stephen Jay Gould).
La qualification de « plantes insectivores » ou « plantes entomophages » n'est pas toujours valable : si elle précise le régime alimentaire majoritaire d'un grand nombre de plantes carnivores, certaines ne se nourrissent pas du tout d'insectes (c'est le cas notamment des Utriculaires, qui ciblent des protozoaires). De surcroît, il est toujours possible que des arachnides, des mollusques (petites limaces), voir des vertébrés soient victimes de pièges réputés "insectivores" : la capture de rats par des Nepenthes rajah a été observée.
Les pièges sont, dans la plupart des cas, des adaptations de feuilles. Ils sont pourtant très différents d’un genre à l’autre : l’outre de capture des Utriculaires, l’ascidie des Népenthès, la mâchoire des Dionées, les poils gluants des Rossolis, etc.
La nutrition carbonée et la production de sucres se font par la voie classique de la photosynthèse, comme chez la plupart des végétaux supérieurs : elles sont capables de fixer le dioxyde de carbone de l’air, en présence de lumière, et d’absorber de l’eau et des minéraux par leurs racines. Les proies qu’elles capturent ne sont, bien souvent, que des sources secondaires d’azote. Toutefois, à terme, un manque de nourriture d'origine animale peut être source de carences.
Moyens de captures
Certaines plantes carnivores, comme les dionées, possèdent des pièges actifs et comptent plus sur leurs « réflexes » que sur leur faculté d’attirer les insectes et à l’opposé, d'autres, comme les nepenthes possèdent des pièges passifs et sont obligés d’amener les insectes jusqu’au cœur de leur urne (ou ascidie) pour pouvoir ensuite les digérer et doivent donc posséder un fort pouvoir attracteur. Les droséras, elles, sont dotés d'un piège semi-actif.
Les pièges actifs
Ici, une partie de la plante exerce un mouvement pour la capture des proies, les genres suivants utilisent des pièges actifs :
Droséra : pièges à mucilage (gouttelettes collantes) dont la feuille et les poils s'enroulent autour de la proie pour l'immobiliser et optimiser le contact entre elle et les glandes digestives de la plante. Le mouvement est généralement imperceptible car trop lent, sauf chez D. burmannii, D. sessilifolia et D. glanduligera.
Utricularia : la proie (éventuellement un insecte ou invertébré aquatique) est aspirée par ses outres (éventuellement sous l'eau chez certaines espèces strictement aquatiques).
Les pièges passifs
Byblis à fleur de lin
Tous les genres dont le piège reste immobile :
Brocchinia et Catopsis : un seul piège par plante dans lequel les proies se noient.
Byblis, Drosophyllum, Ibicella, Pinguicula, Roridula et Triphyophyllum : pièges collants comme ceux des Droséra, mais démunis de mouvement. Le piège des Pinguicula est parfois dit semi-passif, car certaines espèces replient légèrement le bord de leurs feuilles pour éviter qu'en cas de pluie leurs sucs digestifs et leur nourriture ne soient lessivés par l'eau.
Cephalotus follicularis, Darlingtonia, Heliamphora, Nepenthes et Sarracenia : ascidies : n.f. organe en forme d’urne, constitué par les feuilles de certaines plantes carnivores.
Nepenthes, aux urnes colorées sécrétant un liquide digestif,
Pinguicula, telles les grassettes de montagne en France,
Polypompholyx, Les différences au niveau de l'inflorescence étant jugées insuffisantes pour en faire un genre à part, elle est aujourd'hui regroupée au sein des Utricularia et appelé Utricularia multifida.
NB : Le caractère carnivore de Roridula n'est pas unanimement admis. Des proies sont capturées grâce à ses poils gluants, et celles-ci sont digérées par des punaises vivant sur la plante. Ensuite, la plante digère les défections des punaises.
Les plantes carnivores dans l'imaginaire collectif
Indigène dévoré par une plante carnivore, illustration de J.W. Buel, 1887.
Les plantes carnivores ont toujours suscitées un grand intérêt de la part du public. Les auteurs de roman d'aventures, les écrits des premiers explorateurs, le cinéma, la télévision, les jeux vidéo et même la publicité s'en sont servi pour effrayer un public en mal de sensation forte. Le mythe de l'arbre "mangeur d'homme" de Madagascar au XIXeme siècle, en est un bon exemple et illustre la prédation renversée entre l'humain et le végétal.
Culture
Cinéma
La comédie musicale La Petite Boutique des horreurs, largement reprise par la suite, met en scène un fleuriste, Seymour, cultivant une étrange plante carnivore baptisée Audrey. Pour nourrir la plante, Seymour lui donne à boire son propre sang, mais très vite, la plante et ses appétits vont grandir, et Seymour va devoir lui trouver des proies plus consistantes...
L'une des épreuves imposées par le Jumanji fait intervenir une plante carnivore plutôt vorace.
Jeux vidéo
Dans le jeu vidéo Pokémon, le pokémon Chetiflor, et ses évolutions, Boustiflor et Empiflor ainsi que Mysdibule et plus tard Vortente , sont des plantes carnivores.
Dans le jeux Super Mario et toute la série de jeux Mario. Il y a des plantes carnivores dans les tuyaux.
Dans la plupart des jeux de The Legend of Zelda, on retrouve des plantes carnivores vaguement inspirées du piège de la Dionée.