À peine ont-ils acquis leur indépendance locomotrice, les juvéniles mâles nés la même année tendent à se regrouper en petits clans de jeu unimâles. À l’état de subadulte, entre 4,5 et 5,5 ans, les mâles émigrent de leur troupe natale, les femelles étant philopatriques. Ils le font par paire ou en mini-groupe d’individus familiers voire apparentés (car il arrive certaines années qu’un ou deux mâles fécondent la majorité des femelles) et ces associations d’émigration constitueront le noyau des clubs de jeunes adultes célibataires. L’émigration simultanée de frères ou de demi-frères de la même classe d’âge est appelée dispersion parallèle. Au début de leur vie d’adulte, les saïmiris ne sont donc pas encore intégrés dans une troupe mixte et doivent attendre quelque dix mois avant d’y accéder et de devenir des mâles résidents. Pour se faire, comme lors de leur première émigration, les jeunes mâles adultes forment des alliances de 2 à 4 individus pour tenter de pénétrer la troupe mixte. L’irruption de membres d’un club de célibataires occasionnent moult vocalisations chez les individus de la troupe mixte. Les femelles profèrent des cris de menace spécifiques qui sollicitent l’aide des mâles résidents. Ces derniers approchent et pourchassent les intrus. Avant, durant et après ces pourchassements, les résidents ligués émettent en chœur des vocalisations plaintives spécifiques baptisées ‘whine-chaun-chaun’ par Mitchell. Ils produisent également des démonstrations génitales à plusieurs, un comportement typique des saïmiris. Les mâles résidents changent plusieurs fois de troupe mixte au cours de leur vie, toujours par minigroupes d’individus du même âge et de rang hiérarchique équivalent. Ces migrations s’expliquent par la volonté d’améliorer leur statut ou d’intégrer une troupe plus prometteuse (où la majorité des femelles entrent en œstrus).
En conclusion, chez le saïmiri de Bolivie, les mâles d’une même classe d’âge se réunissent donc en alliances restreintes (2 à 4 individus) mais de longue durée. En s’associant, les mâles ligués luttent en interne pour un meilleur accès aux femelles réceptives, améliorent leurs chances d’intégrer un nouveau groupe et diminuent les risques de prédation lors des migrations. D’autres primates mâles transfèrent par jeunes du même âge lors de leur première migration (vervet, macaque crabier, babouin) et s’allient bien que non apparentés (hurleur roux, macaque bonnet chinois) mais l’originalité sociale de cette espèce tient dans ce que la stabilité des coalitions intermâles se perpétue sur plusieurs migrations à la manière de petits gangs en déplacement.