Limite d'une suite d'applications linéaires continues
Mentionnons un corollaire très important du théorème de Banach-Steinhaus : si (fn) est une suite d'applications linéaires continues de l'espace de Banach E dans l'espace vectoriel normé F qui converge simplement vers une fonction f, alors f est également une application linéaire continue.
En effet, la linéarité provient d'un simple passage à la limite. Et pour tout x∈E, (fn(x)) converge, c'est donc une suite bornée, et le théorème de Banach-Steinhaus affirme que (fn) est uniformément bornée. (fn) est bornée en norme subordonnée par une constante C, et par passage à la limite des inégalités f est bornée de norme subordonnée inférieure à C.
Application aux sommes de Riemann
Soit E l'espace des fonctions continues sur [0,1] à valeurs réelles, muni de la norme ∣f∣∞=supt∈[0,1] ∣f(t)∣, de sorte que E est bien un espace de Banach, et F=R. Pour chaque entier n∈N, soit un l'opérateur défini par :
un(f)=n∫01f(t)dt−∑k=1nf(k/n).
Pour toute fonction f , nun(f) n'est autre que l'erreur commise dans le calcul de l'intégrale de f lorsque l'on prend une somme de Riemann correspondant à une subdivision régulière de [0,1] en n intervalles égaux. Cette erreur est un O(n1) pour les fonctions de classe C1 ou lipschitziennes, mais il n'en est pas de même pour les fonctions continues en général. En effet, on montre que ∣un∣=2n, de sorte que supn∈N∣un∣=+∞ et donc que le complémentaire de A est dense. Une fonction f appartenant à ce complémentaire vérifie donc supn∈N∣un(f)∣=+∞, ce qui signifie que l'ensemble un(f) n'est pas borné et donc que l'erreur commise nun(f) n'est pas un O(n1).
Le théorème de Banach-Steinhaus donne une preuve de l'existence d'objets vérifiant telle ou telle propriété, mais cette preuve n'est pas constructive.
Application aux séries de Fourier
Si f est une fonction (disons continue) de période 2π, on vérifie que la somme partielle n-ième de sa série de Fourier est
Sn(f)(x)=2π1∫−ππf(t)Dn(x−t)dt, avec Dn(t)=sin2tsin(2n+1)2t (noyau de Dirichlet)
Pour n fixé, la norme de l'application f↦Sn(f)(x), vue comme forme linéaire sur l'espace des fonctions continues et de période 2π, muni de la norme sup, est égale à 2π1∫−ππ∣Dn(t)∣dt
On vérifie que le nombre Ln=∫−ππ∣Dn(t)∣dt appelé constante de Lebesgue, tend vers l'infini comme log(n).
D'après le théorème de Banach-Steinhaus, il existe donc une fonction f telle que ∣Sn(f)(x)∣ tende vers l'infini quand n tend vers l'infini. Ainsi, la série de Fourier de f diverge en x.
Si on utilise la version forte du théorème de Banach-Steinhaus, on voit même que l'ensemble des fonctions continues de période 2π dont la série de Fourier diverge en x est dense pour la topologie de la convergence uniforme.
Cet argument est d'autant plus remarquable qu'il n'est pas très facile de trouver des exemples explicites.