2 morts du vaccin pour 3 morts de la COVID ?

Publié par Adrien le 17/07/2021 à 09:00
Source: ASP
Les vaccins contre la COVID permettraient de sauver trois vies... pour deux décès ? L'affirmation a de quoi faire sursauter. Vérifions ce qui cloche avec ce calcul.

Photo: Wilfried Pohnke / Pixabay

L'origine de la rumeur

Ce calcul provient d'une étude parue le 24 juin dans Vaccines -une des revues de l'éditeur de revues scientifiques en libre accès MDPI. Les auteurs ont pris pour point (Graphie) de départ les données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent...) d'une étude israélienne sur le premier million (Un million (1 000 000) est l'entier naturel qui suit neuf cent quatre-vingt-dix-neuf...) de gens qui ont été vaccinés là-bas. Tentant d'estimer combien de vies avaient été sauvées par la vaccination (La vaccination est un procédé consistant à introduire un agent extérieur (le...), ils sont arrivés à un ratio de 1 pour 16 000 (soit 6 pour 100 000): autrement dit, en moyenne (La moyenne est une mesure statistique caractérisant les éléments d'un ensemble de...), sur chaque cohorte de 16 000 vaccinés israéliens, un décès aurait été évité pendant la période couverte, soit du 20 décembre au 1er février.

Combien d'Israéliens seraient décédés pendant la même période à cause du vaccin ? Pour répondre à cette question, les auteurs ont choisi de s'appuyer sur la base de données (En informatique, une base de données (Abr. : « BD » ou...) Lareb, hébergée aux Pays-Bas et chargée de compiler les effets secondaires de la vaccination. Or, il s'agit d'une base de données sur laquelle n'importe qui peut signaler n'importe quoi, en attendant que l'information soit vérifiée. Une base de données américaine, VAERS, dont nous avions parlé ici, remplit le même rôle outre-Atlantique. Pour cette raison, ces banques de données ne peuvent être considérées comme des sources fiables pour mesurer les effets secondaires d'un vaccin.

Les auteurs ont pourtant utilisé cette base de données à cette fin, arrivant ainsi à la conclusion que le vaccin aurait causé 4 décès par 100 000 personnes, d'où leur ratio de 2 décès pour 3 vies sauvées. Une manoeuvre qui a choqué le directeur scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui...) de Lareb lui-même: dans un courriel envoyé à l'éditeur de la revue Vaccines au lendemain de la publication, Eugène van Puijenbroek réclamait qu'une correction soit ajoutée à l'article ou, à défaut, que celui-ci soit retiré.

En plus des limites d'une telle base de données, il faut rappeler que le fait qu'un problème de santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste...), ou même un décès, survienne après la vaccination, ne signifie pas qu'il a été causé par la vaccination (lire à ce sujet ce texte). La vigilance (Son attention prend un aspect d'intensité pour solliciter l'ensemble de ses capacités de...) est évidemment de mise -le nom complet de la base de données Lareb est d'ailleurs Netherlands Pharmacovigilance (En France, « La pharmacovigilance a pour objet la surveillance du risque d'effet...) Centre Lareb- mais là comme ailleurs, une corrélation n'implique pas qu'il y a relation de cause à effet.

Toutefois, le fait que les auteurs aient étiqueté ces décès rapportés sur Lareb comme des "décès par vaccination" (deaths by vaccination) laisse croire qu'ils ont bel (Nommé en l’honneur de l'inventeur Alexandre Graham Bell, le bel est unité de...) et bien présumé que ces rapports de décès devaient être acceptés comme fiables, sans poser plus de questions.

Cette erreur des auteurs leur a rapidement valu de sévères critiques. Et leur expertise sur le sujet a aussi été mise en doute: aucun des trois n'est en virologie (La virologie est l'étude des virus et des agents infectieux associés. Elle cherche à...) ou en épidémiologie. L'auteur principal, Harald Walach, est psychologue et son collègue Wouter Aukema est présenté comme "scientifique indépendant en données et en schéma". Par ailleurs, Harald Walach a reçu le titre de "pseudoscientifique de l'année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié...)" par la "Society for Critical Thinking" en 2012. L'association autrichienne le récompensait pour "ses efforts incomparables pour introduire des théories ne se basant pas sur la science (La science (latin scientia, « connaissance ») est, d'après le dictionnaire...) à l'Académie (Une académie est une assemblée de gens de lettres, de savants et/ou d'artistes reconnus par leurs...) de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la...)".

En signe de protestation contre la revue qui a laissé passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques...) cette étude, des experts en virus (Un virus est une entité biologique qui nécessite une cellule hôte, dont il utilise...) et en vaccins ont démissionné du comité éditorial. Le 2 juillet, la revue Vaccines retirait l'article, expliquant entre autres que les données de Lareb avaient été "incorrectement interprétées, ce qui a conduit à des conclusions erronées".

Entretemps, le lien vers la recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue...) a toutefois été partagé près de 9000 fois sur Facebook (Facebook est un réseau social créé par Mark Zuckerberg et destiné à...), selon les données de CrowdTangle. Et les statistiques (La statistique est à la fois une science formelle, une méthode et une technique. Elle...) fournies par l'éditeur MDPI indiquent que la recherche aurait été "vue (La vue est le sens qui permet d'observer et d'analyser l'environnement par la réception et...)" près de 500 000 fois -un chiffre (Un chiffre est un symbole utilisé pour représenter les nombres.) très élevé pour une recherche scientifique (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue...), qui s'explique en partie par le fait qu'elle a été beaucoup relayée dans les cercles antivaccins.

Une mauvaise méthode de calcul

Au-delà de ce problème de données erronées,celui de la méthode de calcul utilisée a aussi été soulevé. Ce ratio de "2 pour 3" réfère, comme l'écrivent les auteurs, à une méthode utilisée en épidémiologie, appelée le "nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre...) de sujets à vacciner" ou, plus largement, le "nombre de sujets à traiter" (number needed to treat, ou NNT). Ce calcul estime le nombre de gens qu'il faudrait traiter pour éviter un effet secondaire grave, voire un décès. Par exemple, si on dit qu'un médicament (Un médicament est une substance ou une composition présentée comme possédant...) a un NNT de 100, cela peut vouloir dire que, pour chaque groupe de 100 personnes qui ont eu le médicament, un décès a été évité.

Sauf que le NNT est aussi dépendant du temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le...) écoulé: lorsqu'il s'agit d'une épidémie, le nombre de "décès évités" par une campagne (La campagne, aussi appelée milieu rural désigne l'ensemble des espaces cultivés...) de vaccination est inévitablement plus élevé si on le calcule sur des mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps...) plutôt que des semaines -puisque sans vaccination, le virus aurait continué de se répandre pendant des mois. Or, l'étude israélienne qu'ont utilisée les auteurs ne couvrait que six semaines: du 20 décembre au 1er février, soit au tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou...) début de la campagne de vaccination. Si un délai (Un délai est d'après le Wiktionnaire, « un temps accordé pour faire une...) de 6 mois avait plutôt été considéré, le nombre de "décès évités" grâce à la vaccination aurait été beaucoup plus élevé.
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