Les pandémies ont-elles modelé nos villes ?

Publié par Adrien le 02/09/2020 à 09:00
Source: ASP
Voies cyclables et piétonnières, terrasses dans les rues: ces changements sont-ils temporaires, ou la pandémie de coronavirus changera-t'elle pour de bon le visage des villes ?


La vision de l'architecte Vincent Callebaut / SmartCitiesWorld

Des villes plus propres

Les grandes métropoles ont vu leur développement influencé par les épidémies du passé (Le passé est d'abord un concept lié au temps : il est constitué de l'ensemble des configurations successives du monde et s'oppose au futur sur une échelle des temps centrée sur le présent....) ; des historiens attribuent même l'émergence de la science (La science (latin scientia, « connaissance ») est, d'après le dictionnaire Le Robert, « Ce que l'on sait pour l'avoir appris, ce que l'on tient pour vrai au sens...) de l'urbanisme (L’urbanisme est à la fois un champ disciplinaire et un champ professionnel recouvrant l'étude du phénomène urbain, l'action...) aux maladies infectieuses des deux derniers siècles.

En effet, même s'il a fallu du temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) avant qu'on ne comprenne que ces maladies étaient transmises par des microbes invisibles à l'oeil nu, les mesures pour purifier ce qu'on appelait alors le "mauvais air (L'air est le mélange de gaz constituant l'atmosphère de la Terre. Il est inodore et incolore. Du fait de la diminution de la pression de l'air avec l'altitude, il est nécessaire...)" (les "miasmes") ont eu des répercussions. Ainsi, l'épidémie de fièvre jaune (La fièvre jaune, parfois appelée vomi noir (vomito negro) ou peste américaine, est une maladie virale aiguë. C'est une arbovirose zoonotique des grands singes de la forêt...) à Philadelphie (Philadelphie (en anglais Philadelphia) est une ville de l'État de Pennsylvanie, aux États-Unis. Quatrième agglomération du pays, Philadelphie comptait 1 463 281 habitants dans la ville même et 5 976 500 habitants dans son aire...) en 1793 aura donné naissance à son service d'aqueduc (Un aqueduc est un ouvrage destiné à l'adduction d'eau pour la consommation d'une ville. Le mot aqueduc vient du latin aquaeductus, de aqua (« eau ») et de ductus (dérivé de ducere,...), donnant accès aux citoyens à de l'eau potable (Une eau potable est une eau devant satisfaire à un certain nombre de caractéristiques la rendant propre à la consommation humaine.) et débarrassant les rues des ordures, de la boue (En sédimentologie, la boue est un mélange d'eau et de particules sédimentaires fines de limons et d'argiles.) et des excréments. Londres (Londres (en anglais : London - /?l?nd?n/) est la capitale ainsi que la plus grande ville d'Angleterre et du Royaume-Uni. Fondée il y a plus de 2 000 ans...) implante de meilleures installations sanitaires au XIXe siècle (Un siècle est maintenant une période de cent années. Le mot vient du latin saeculum, i, qui signifiait race, génération. Il a ensuite indiqué la durée d'une génération humaine et faisait 33 ans 4 mois (d'où peut être l'âge du...), dont son réseau (Un réseau informatique est un ensemble d'équipements reliés entre eux pour échanger des informations. Par analogie avec un filet (un réseau est un « petit rets », c'est-à-dire un petit filet), on appelle...) d'égout, après avoir été frappée par le choléra (Le choléra est une toxi-infection entérique épidémique contagieuse due à la bactérie Vibrio cholerae, ou bacille virgule, découverte par Pacini en 1854 et...). À la même époque, la nouvelle ville (Une ville est une unité urbaine (un « établissement humain » pour l'ONU) étendue et fortement peuplée (dont les habitations doivent...) de Toronto se dote de pouvoirs pour construire des trottoirs et ainsi éviter à ses citoyens de marcher dans les rues boueuses. Paris (Paris est une ville française, capitale de la France et le chef-lieu de la région d’Île-de-France. Cette ville est construite sur une boucle de la Seine, au centre du bassin parisien, entre les confluents de la Marne et de la Seine en...) construit elle aussi des trottoirs, et déplace les caniveaux sur le côté des rues, plutôt qu'au centre. Les concepteurs de villes privilégieront des trames orthogonales ; les longues rues droites facilitent du coup l'approvisionnement de l'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.) et l'évacuation des déchets, et évitent que les eaux usées s'accumulent ou stagnent.

À New York (New York , en anglais New York City (officiellement, City of New York) pour la distinguer de l’État de New York, est la principale ville des États-Unis, elle compte a elle seule 8 143 200...), dès le milieu du 19e siècle, le choléra et la malaria auront poussé la ville à implanter un meilleur système de transport (Le transport, du latin trans, au-delà, et portare, porter, est le fait de porter quelque chose, ou quelqu'un, d'un lieu à un autre.) public et à imposer des règlements sur la construction des logements - un phénomène qui s'accélère avec la tuberculose (La tuberculose est une maladie infectieuse transmissible et non immunisante, avec des signes cliniques variables. Elle est provoquée par une mycobactérie du complexe tuberculosis correspondant à différents germes...) au début de 20e siècle. Avec l'exode rural et la croissance fulgurante du nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) d'ouvriers d'usine en ville, le surpeuplement des logements et la mauvaise ventilation favorisent la transmission des maladies. L'architecture (L’architecture peut se définir comme l’art de bâtir des édifices.) de cette ville en restera marquée, notamment par la présence de cours intérieures et de puits d'aérations qui modifient l'apparence de plusieurs quartiers.

Des villes plus vertes

L'idée du "mauvais air" porteur de maladies, aussi incomplète qu'elle soit, a poussé les villes à mettre également l'accent sur la création de parcs et d'espaces verts. À New York et à Boston, les grands espaces comme Central Park (Central Park (littéralement « Parc central ») est un espace vert d'une superficie de 341 hectares (3,41 km², environ 4 km sur 800 mètres), situé dans le borough de...) se voulaient les "poumons de la ville", où les citadins pouvaient respirer de l'air "propre". Ces parcs ont par ailleurs contribué à la santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.) des villes parce qu'ils étaient conçus adéquatement: terres bien drainées, cours d'eau non stagnants et installations sanitaires. L'un des grands architectes de ces parcs, Frederick Law Olmsted, a d'ailleurs travaillé pendant deux ans à la United State Sanitary Commission. Ces parcs ont aussi gagné en popularité lorsque la tuberculose a frappé les États-Unis au début du 20e siècle - puisque le traitement recommandé comprenait de l'air frais et du soleil (Le Soleil (Sol en latin, Helios ou Ήλιος en grec) est l'étoile centrale du système solaire. Dans la classification astronomique, c'est une étoile de type naine jaune, et composée...).

À Paris, la construction de larges boulevards après l'épidémie de choléra était aussi une mesure de santé publique (La santé publique peut être définie de diverses manières. On peut en effet la présenter comme « l'étude, d'une part, des déterminants physiques, psychosociaux et socioculturels de la...) pensée pour "aérer " la ville.

Et le futur ?

Rien ne garantit que l'actuelle pandémie (Une pandémie (du grec ancien πᾶν / pãn (tous) et δῆμος / dễmos (peuple)) est une épidémie touchant une part...) provoquera autant de changements que les précédentes. Certes, en réponse à l'actuelle crise sanitaire (Les crises sanitaires sont des pandémies importantes, qui touchent entre une dizaine de personnes (cas des crises très médiatisées qui touchent les pays développés, comme...), plusieurs villes ont fait la promotion de modes de transports actifs, élargissant les pistes cyclables, fermant les rues aux voitures (Une automobile, ou voiture, est un véhicule terrestre se propulsant lui-même à l'aide d'un moteur. Ce véhicule est conçu pour le transport terrestre de personnes ou de marchandises, elle...) ou aménageant plus de milieux de vie (La vie est le nom donné :) extérieurs. Vienne a construit un "parc (Un Parc est un terrain naturel enclos,[1] formé de bois ou de prairies, dans lequel ont été tracées des allées et chemins destinés à la chasse, à la promenade ou à l’agrément. Il se...) de la distance " pour respecter la distanciation sociale. Mais il est trop tôt pour savoir si ces initiatives seront éphémères ou durables.

Par ailleurs, la crise a mis l'accent sur l'importance du local et de l'indépendance alimentaire. Des villes comme Singapour veulent encourager l'agriculture urbaine (L’agriculture urbaine est une forme émergente de pratiques agricoles en ville, généralement en parcelles partagées, ou en jardins,...). La crise pourrait aussi représenter une occasion d'intégrer à l'aménagement urbain des actions pour le climat (Le climat correspond à la distribution statistique des conditions atmosphériques dans une région donnée pendant une période de temps donnée. Il se distingue de la...). Le bref ralentissement (Le signal de ralentissement (de type SNCF) annonce une aiguille (ou plusieurs) en position déviée qui ne peut être franchie à la vitesse normale de la ligne.) du marché immobilier aurait pu être pour certaines villes une occasion d'accélérer l'achat de terrains pour la construction de logements sociaux et abordables. Enfin, les citadins travaillant davantage de la maison (Une maison est un bâtiment de taille moyenne destiné à l'habitation d'une famille, voire de plusieurs, sans être considérée comme un immeuble collectif.), certains architectes se demandent déjà comment repenser des infrastructures urbaines pour promouvoir un style de vie plus local.

Certaines de ces idées étaient dans l'air depuis longtemps, mais la pandémie leur donne un souffle nouveau. Par exemple, les statistiques (La statistique est à la fois une science formelle, une méthode et une technique. Elle comprend la collecte, l'analyse, l'interprétation de données ainsi que la présentation de...) sur le coronavirus suggèrent que ce n'est pas tant la densité (La densité ou densité relative d'un corps est le rapport de sa masse volumique à la masse volumique d'un corps pris comme référence. Le corps de référence est l'eau pure à 4 °C...) des villes qui facilite la transmission, mais plutôt l'entassement dans les logements. Par ailleurs, les villes (ou les communautés rurales) les plus vulnérables restent celles où l'accès à l'eau et aux équipements sanitaires est restreint.

Enfin, la biologie (La biologie, appelée couramment la « bio », est la science du vivant. Prise au sens large de science du vivant, elle recouvre une partie des sciences naturelles et de l'histoire...) nous apprend que l'étalement urbain (L'étalement urbain est une expression désignant le phénomène de développement des surfaces urbanisées en périphérie des grandes villes. Cet étalement, qui est lié au développement démographique des agglomérations,...), en grugeant les milieux naturels, favorise le saut des maladies entre les espèces.
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