Un insecte australien pond des œufs munis d'une structure que les scientifiques n'avaient encore jamais observée.
La découverte vient d'une vaste remise à plat des phasmes du genre Anchiale vivant en Australie. Ces grands insectes, experts du camouflage, peuvent être étonnamment difficiles à distinguer. Leur taille et leur couleur varient parfois beaucoup, au point que des individus d'une même espèce ont longtemps été classés sous des noms différents.

Femelle d’Anchiale mabiensis photographiée dans son habitat naturel.
Crédit : Angus J. Emmott / Jones et al., Austral Entomology (2026), CC BY 4.0.
Pour y voir plus clair, les chercheurs ont comparé des spécimens conservés dans des musées et d'autres récoltés dans la nature. Ils ont étudié leur apparence, leur ADN et même leurs œufs. Résultat : l'Australie compte cinq espèces d'Anchiale, dont deux qui viennent d'être décrites pour la première fois.
L'une d'elles, Anchiale mabiensis, réserve la plus grosse surprise. Ses œufs mesurent moins de 3 mm et possèdent à une extrémité une sorte de petit couvercle. Le jeune phasme ouvre cette partie lorsqu'il sort de l'œuf.
Or, sous ce couvercle, les chercheurs ont découvert deux à trois anneaux internes. Rien de comparable n'avait encore été décrit chez les phasmes, ni même chez leurs plus proches parents. Les autres espèces australiennes d'Anchiale étudiées ne possèdent pas ces anneaux.

Œufs d'Anchiale, vues dorsale et latérale.
À quoi servent-ils ? Pour l'instant, personne ne le sait. Ils pourraient avoir un rôle lors du développement ou de l'éclosion, mais leur fonction reste à déterminer. Leur forme offre déjà aux scientifiques un nouveau moyen de reconnaître Anchiale mabiensis et de la comparer aux autres espèces.
Les œufs sont d'ailleurs très utiles pour identifier les phasmes. Selon l'espèce, ils peuvent changer de forme, de relief, de couleur ou porter différentes petites structures. Chez Anchiale mabiensis, ils sont bruns, fortement sculptés et dépourvus du petit appendice clair présent chez plusieurs espèces voisines.
Cette nouvelle espèce semble également très localisée. Elle est surtout connue dans les forêts humides des plateaux d'Atherton, dans le nord-est de l'Australie. Une autre espèce nouvellement décrite, Anchiale robusta, vit elle aussi dans les régions tropicales du Queensland et peut atteindre environ 16 cm chez les femelles.
Les chercheurs veulent maintenant comparer ces phasmes australiens à ceux de Nouvelle-Guinée et des îles voisines. Leur ADN pourrait révéler comment ces grands insectes se sont répartis dans la région et déterminer si d'autres espèces se cachent encore derrière des phasmes aujourd'hui considérés comme identiques.