L'abbaye de Saint-Amant de Boixe est une ancienne abbaye bénédictine située à Saint-Amant-de-Boixe en Charente.
L'égliseabbatiale fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis 1840.
Histoire de l'Abbaye
Fondation
Le tombeau d'un solitaire, nommé Amantius, retiré dans la forêt de Boixe et mort vers 680, est l'origine de ce monastère, transféré vers la fin du X siècle dans le lieu qu'il occupe aujourd'hui, entre une voie romaine et le Javard, un affluent de la Charente.
Restaurée une première fois par Arnaud Manzer, comte d'Angoulême, en 990, le monastère est doté d'une église où le corps de saint Amant est transféré, d'après le Cartulaire de Saint-Jean-d'Angély, sous Guillaume I qui était abbé dans le premier quart du XI siècle.
L'église aurait été consacrée solennellement le 15 novembre 1170, en présence des évêques d'Angoulême, de Périgueux, de Poitiers, de Saintes, et d'un grand nombre d'abbés.
L'ensemble de la construction, sauf le chœur, appartient au XII siècle, certainement postérieure à 1150. Le chœur, qui date du XV siècle seulement, conserve des parties plus anciennes.
Évolution du statut
L'abbaye bénédictine de Saint-Amant, déjà éprouvée par les guerres de religion, est supprimée dès 1774, faute de moines par un édit royal qui supprime la mense conventuelle. Elle ne s'est jamais agrégée à la congrégation de Saint-Maur. L'abbaye n'existe plus et ses dernières possessions reviennent au Séminaire d'Angoulême, bien que le titre d'abbé de Saint-Amant reste jusqu'en 1791.
Guerres, pillages et destructions
Au XII siècle, un incendie détruit les bâtiments abbatiaux et la partie orientale de l’église.
Le cloître et le chœur sont réédifiés en style gothique.
Elle est ruinée lors de la guerre de Cent Ans.
Perte temporaire de fonction religieuse
Les bâtiments abbatiaux sont vendus comme bien national en 1791, et l’église sert d'église paroissiale.
Architecture de l'Abbaye
L’église abbatiale
Façade
Ensemble des bâtiments
Chœur gothique et bras nord du transept roman
Décor du bras nord du transept
Nef de l'abbatiale
Fresque du bras sud du transept (détail de la Nativité)
Chapiteau
L'édifice, en son état actuel, comprend une nef de six travées, voûtée en berceau et flanquée de deux collatéraux, un carré de transept surmonté d'un clocher qui englobe une coupole sur tambour, deux croisillons dont l'un, celui du nord, est encore garni de deux absidioles, et enfin un grand chœur de trois travées, vouté d'ogives, fortement désaxé et terminé par un chevet plat.
L'ensemble date du XII siècle ; le chœur, lui, date du XV siècle et conserve des parties plus anciennes. Ces vestiges permettent de restituer le plan primitif au-delà du carré du transept : le chœur, terminé par une abside en hémicycle, était flanqué de quatre absidioles, dont les deux plus grandes étaient précédées d'une travée rectangulaire.
Le clocher
Le clocher, très restauré, comprend une souche où s'ouvraient les baies de la lanterne, un étage d'arcatures aveugles sur pilastres, et un second étage percé sur chaque face de trois baies que sépare un mince trumeau: leur archivolte à deux voussures retombe sur quatre colonnes. Des faisceaux de trois colonnes occupent les angles de la tour, surmontée d'une flèche d'ardoises.
Les bâtiments monastiques
L'abbaye possède encore de nombreux bâtiments témoignant de sa splendeur passée.
La grand'cour : autour de cette esplanade située au sud du parvis de l'église, se trouvaient les dépendances telles que la porterie, la buanderie, une écurie, et les bâtiments conventuels à l'est. De l'ancienne porterie, il reste la porte d'entrée, en plein cintre, encadrée par des pilastres garnis d'une imposte. A côté, le logement de l'ancien moine portier est encore conservé. De là, pour se rendre au cloître, on entrait dans le bâtiment conventuel qui a conservé une fenêtre romane et un mâchicoulis par un passage pratiqué au rez-de-chaussée.
Le cloître : Cette cour fermée, située au sud de l'église abbatiale, conserve encore une galerie en élévation montrant les grandes phases de l'évolution de cet espace (XIe, XIIe, XIVe et XVIIe siècles). Ce lieu a été fouillé de 2002 à 2005 et a livré des vestiges architecturaux, mais aussi un grand nombre de sépultures et deux très intéressants dépotoirs comblés l'un au XIIe siècle et l'autre au XVIIe siècle.
Les bâtiments conventuels :
L'aile occidentale : ancienne grande salle commune romane, elle fut en grande partie reprise au XV siècle. À partir de cette époque, cette aile devient le logement du prieur claustral jusqu'à la Révolution. On peut encore y trouver une magnifique cheminée du XVII siècle et deux celliers.
Les cuisines : situées à l'angle sud-ouest, elles conservent encore un évier du XII siècle, et une cheminée du XV siècle.
Le réfectoire : immense volume du XII siècle. Il était destiné à accueillir les 50 moines qui y vivaient au milieu du XII siècle. De cette époque il a aussi conservé la chaire de lecture. Modifié au XV siècle, cet espace a été subdivisé en neuf pièces, puis six au XVII siècle. Au siècle suivant, il devient un appartement pour l'abbé commendataire, comme l'atteste une magnifique cheminée.
L'aile est : possédait l'ancienne salle du chapitre et les dortoirs. Cette aile a été malheureusement entièrement détruite au XIX siècle et remplacée par une modeste habitation.
Le cellier : situé sous le réfectoire et d'une surface de 280 m², il date du XII siècle et possède une voûte de pierre. il était destiné à stocker les denrées et tous les matériaux et autres outils nécessaires aux moines.
L'église a été classée monument historique en 1840, puis le cloître et les bâtiments abbatiaux en 1935.
Activité
Créé à l’initiative de la région Poitou-Charentes, l’Espace d’architecture romane a été inauguré le 19 septembre 2008. Cet espace culturel, installé au cœur des bâtiments conventuels, propose une exposition permanente permettant d’appréhender l’architecture romane et son contexte ainsi que l’histoire de l’abbaye. Maquettes, bornes interactives, panneaux, illustrations, objets archéologiques et autres jeux vous invitent à découvrir l’histoire des pierres romanes. Les différents thèmes abordés sont :
Les origines du monachisme : Parce qu’il s’agit de la première salle d’introduction et parce que le contexte architectural de ce lieu est fort, cette thématique semblait indispensable. Les origines de l’abbaye et la diversité des implantations monastiques en Charente y sont aussi abordées.
Le plan et les formes : Dans l’ancien réfectoire, le plan des édifices romans et leurs diversités, les élévations, les modes de couvrement, les baies, le traitement des façades sont présentés de manière ludique et pédagogique sans altérer ou diluer le contenu scientifique.
La vie monastique : Au cœur du parcours, cet espace rappelle que l’architecture religieuse romane est étroitement liée à ses fonctions liturgiques et à des besoins précis. L’organisation de la vie monastique est donc évoquée à travers l’exemple de l’abbaye de Saint-Amant-de-Boixe.
Les traces archéologiques : Après avoir visionné un film dans l’auditorium, le visiteur peut découvrir dans la mezzanine située au-dessus de l’ancien réfectoire, les découvertes archéologiques issues des fouilles du cloître et de l’ancienne crypte.
Le temps des constructions : Enfin, les modes et techniques de construction sont expliqués depuis le mode opératoire, jusqu’à la mise en place des échafaudages en passant par les outils, matériaux et concept mathématiques utilisés par les constructeurs romans. La visite s’achève par le cloître.
L'abbaye est actuellement un lieu ouvert à la visite et proposant des animations culturelles toute l'année.
Bibliographie
Pierre Dubourg-Noves - Saint-Amant-de-Boixe dans Congrès archéologique de France. 153 session. 1995. Charente - pp. 321-327 - Société Française d'Archéologique - Paris - 1999
Charles Daras - Angoumois roman - pp. 209-238 - Zodiaque (collection "la nuit des temps" n°14) - La Pierre-qui-Vire - 1961